Aller au contenu principal

Publicité pour le vin : une application très rigoureuse de la loi Évin

C’est un arrêt d’une extrême sévérité qu’a rendu la Cour de cassation le 23 février dernier, en cassant un arrêt de la cour d’appel de Paris en date du 26 février 2010 qui avait validé sept publicités par voie d’affichage élaborées sous l’égide du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB). Le conflit portait sur le contenu même des affiches qui mettaient en scène des personnages levant un verre de vin « avec une impression manifeste de plaisir ». Analyse.
La publicité en faveur des boissons alcoolisées fait depuis longtemps débat. La loi du ministre de la Santé Michèle Barzach avait restreint le contenu de telles publicités, en visant notamment à limiter les incitations envers les mineurs. Mais en 1991, l’ambition de la loi Évin est bien plus grande. Elle réglemente le contenu que doit respecter la publicité autorisée, et impose un message sanitaire précisant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
Cette loi est un véritable carcan pour les publicitaires qui ne peuvent plus avoir recours aux mises en scène permettant au consommateur de s’identifier.
La publicité licite se limite au produit lui-même et aux informations nécessaires pour l’identifier.
Dans un tel contexte, une question taraude les publicitaires : faut-il considérer que tout ce qui n’est pas expressément autorisé est interdit, ou que tout ce qui n’est pas expressément interdit est autorisé ? Jusqu’à une période récente, la jurisprudence va massivement pencher pour la première approche, c’est-à-dire une approche fermée, et ce n’est qu’en 2004 que le Bureau de vérification de la publicité (BVP) adopte une recommandation perçue par la pratique comme un élément d’ouverture.

L’usage professionnel

C’est sur la base de cette recommandation, qu’elle assimile à juste titre à un usage professionnel qui n’a pas la force d’une loi mais dont le juge peut être amené à tenir compte, que la cour d’appel de Paris valide la représentation figurative de professionnels appartenant à la filière de l’élaboration, de la distribution et de la commercialisation des vins de bordeaux. Et ce, dès lors qu’elle considère que cette représentation n’est pas par elle-même de nature à inciter à une consommation abusive et excessive d’alcool et que les autres exigences de la loi sont respectées.
La cour d’appel ponctue son raisonnement en indiquant que, par essence, la publicité s’efforce de présenter le produit concerné sous un aspect favorable pour en capter la clientèle et non pour l’en détourner, ce qui, effectivement, semble de pur bon sens.
Mais cela était beaucoup trop pour la Cour de cassation qui se fonde sur la représentation des professionnels dans les publicités litigieuses pour reprocher à la cour d’appel de n’avoir pas tiré les conséquences de ses propres constatations.
L’arrêt de la Cour de cassation confirme donc que c’est l’approche fermée qui doit être privilégiée : tout ce qui n’est pas expressément autorisé par la loi Évin est rigoureusement interdit.
Cet arrêt pose ou repose plusieurs questions. Tout d’abord, comment faire œuvre de création pour communiquer sur les alcools ? Faut-il distinguer d’ailleurs le vin (qui est un aliment) des alcools dits forts pour la réglementation sur la publicité ? Ne faut-il pas réfléchir à une réglementation en ce sens ? N’est-il pas en outre paradoxal de présenter le vigneron comme une sorte de délinquant primaire, alors que la balance commerciale du secteur vitivinicole est bénéficiaire dans un contexte général de lourds déficits ?
Enfin, l’arrêt de la Cour de cassation confirme que dans les rapports entre professionnels, le respect d’un usage professionnel n’est pas toujours un blanc-seing. En revanche, le manquement à un tel usage par un professionnel dans son rapport au consommateur est systématiquement synonyme de condamnation. Dura lex, sed lex.
Rédaction Réussir

Les plus lus

drapeau turc qui flotte au vent
Volaille : la Turquie suspend ses exportations pour le Ramadan

Les exportations de volailles turques sont suspendues depuis le 9 février. Cette mesure prise par l’État turc, vise à contenir…

petit veau dans sa niche
Petits veaux : « les intégrateurs s’attendent à des prix très élevés en mai »

Les prix des petits veaux laitiers ont connu une évolution historique en 2025, sous l’effet du manque d’offre. Les…

drapeau turc
Broutards : la Turquie annonce un quota d’importation de 500 000 têtes sur 2026

Le gouvernement turc a publié ses quotas d’importation de broutards dans un contexte d’inflation toujours élevée et de prix de…

zone de contention en abattoir
Quels sont les abattoirs de boucherie récemment en difficulté, en infographie

La France a perdu un abattoir sur 5 depuis 2010. En s’appuyant sur la presse locale, Les Marchés a tenté de dresser une carte…

camion devant quais de déchargement, de nuit
Viande bovine : le déficit commercial divisé par deux en 2025 en volume

Les exportations de viande bovine de la France ont progressé en 2025 ; notamment vers l’UE, tandis que les importations…

Les administrateurs de l'interprofession Anvol
Poulet : « Le rythme de construction de nouveaux bâtiments reste très éloigné des objectifs fixés »

 2 200 poulaillers et près de 2,8 milliards d’euros d’investissements, c’est ce qu’il faudrait à la France pour…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio