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Protéagineux : un potentiel à reconquérir

La campagne 2009/2010 promet un retour en grâce du pois et de la féverole. Mais pas de quoi combler le déficit en protéines végétales en France. Le président de l’Union nationale interprofessionnelle des protéagineux (Unip) mise sur un objectif de l’ordre de 500 000 ha en 2013.
Les Marchés : Pour la première fois, après une chute verticale ces cinq dernières années, les semis de pois protéagineux retrouvent une évolution positive en 2009, avec une progression de 7,5 %. Y voyez-vous le signe d’un véritable redémarrage de cette culture ? Si oui, quelle en est l’origine ?
Pierre Cuypers : En 1993, au moment de la première réforme de la Pac, les surfaces de protéagineux (pois, féverole, lupin) couvraient en France plus de 750 000 hectares ; ces cultures étaient bien ancrées. Au début de l’actuelle décennie, elles tombaient à moins de 480 000 hectares, dont 415 000 hectares de pois et 44 000 hectares de féveroles. Les cultures de pois entamaient alors une chute vertigineuse pour tomber à 100 000 hectares en 2008. La superficie consacrée aux féveroles s’était dégradée beaucoup moins brutalement, pour aboutir néanmoins à 53 000 hectares en 2007, mais entamait une remontée en 2008 à 61 000 hectares, tandis que le ministère de l’Agriculture annonce 73 000 hectares pour cette année, la féverole retrouvant ainsi pratiquement sa dernière moyenne quinquennale. Pour le pois, il aura fallu attendre la récolte 2009 pour enregistrer une remontée qui est pour l’instant estimée à 108 000 hectares. Le rattrapage peut paraître modeste car le retard reste encore de 55 % par rapport à la moyenne quinquennale, mais il constitue un signe encourageant. La sole totale de protéagineux augmenterait donc, selon le ministère, de 10 à 15 %. Pour 2010, nous pouvons raisonnablement tabler sur une progression de 15 à 20 %.
LM : Et pour quelles raisons ?
P.C. : Les causes du redressement sont multiples. En premier lieu, avec l’augmentation des charges, les agriculteurs ont pris en considération les avantages agronomiques des pois dans les rotations de cultures ; on ne doit plus raisonner les assolements sur une année mais sur deux ou trois. Le pois améliore le rendement des cultures qui le suivent, il est peu exigeant en intrants ; après trois années décevantes, les rendements de 2008 ont été bons, des variétés nouvelles – moins sensibles à la verse notamment – ont fait leur apparition et les utilisateurs ont manifesté un regain d’intérêt pour les pois, qui apportent un bon équilibre dans les formules d’aliments du bétail. Des débouchés à haute rentabilité se sont consolidés ces dernières années, particulièrement pour la féverole avec l’alimentation humaine et l’exportation vers les pays tiers, les deux se trouvant étroitement liées. Et, surtout, le différentiel de prix s’est élargi par rapport aux céréales.
LM : Précisément, par rapport à la grande volatilité des marchés des matières premières agricoles ces deux dernières années, comment le pois a-t-il réagi ?
P.C. : Il est difficile d’analyser objectivement l’évolution relative des prix des matières premières agricoles depuis l’année 2007, compte tenu de l’amplitude exceptionnelle des fluctuations intervenues depuis cette date. Au cours de la campagne 2007/2008, les prix des pois ont accompagné la hausse spectaculaire des cours des céréales et des oléagineux avec, cependant, un certain décalage, si bien qu’en septembre 2007 l’écart de prix entre le blé et le pois était devenu quasi nul. La tendance s’est inversée sur la première partie de la campagne 2008/2009 avec la chute du cours du blé et du tourteau de soja et, sur le marché français, l’écart est devenu beaucoup plus important que pour les campagnes précédentes. En moyenne, sur les dix premiers mois de la campagne actuelle, l’écart entre le pois jaune et le blé meunier rendu Rouen a atteint + 56 € la tonne, contre + 25 € en 2007/2008. Entre le pois standard et le blé fourrager, départ Eure-et-Loir, il est de 41 € contre 27 l’an passé. Cet accroissement du différentiel avec les céréales en général constitue évidemment un stimulant majeur pour le producteur. Néanmoins, si le différentiel doit être incitatif pour le producteur, il ne doit pas compromettre la compétitivité du pois par rapport aux autres matières premières.
LM : Les décisions prises en matière d’aides communautaires et nationales vous permettront-elles d’accompagner efficacement la relance souhaitée ? Quels objectifs vous fixez-vous en surface, et combien de temps pour y parvenir ?
P.C. : Dans la négociation sur le « Bilan de santé » de la Pac, le dossier des protéagineux n’a pas toujours été facile à défendre vis-à-vis de nos partenaires européens. Néanmoins, la délégation française a obtenu que le découplage de l’aide spécifique de 55,57 € par hectare, que la Commission voulait imposer dès 2010, soit repoussé à 2012. Je me félicite aussi que la France ait obtenu le principe d’une « boîte à outils » que les Etats membres pourront utiliser pour renforcer le soutien spécifique à certaines productions, en l’occurrence les protéagineux. On attend les modalités pratiques d’application de ce plan national, dont on sait déjà qu’il atteindra 40 millions d’euros par an à partir de 2010. Ces démarches des pouvoirs publics français démontrent une prise de conscience de l’intérêt de nos productions, tant sur le plan environnemental qu’économique. Notre marge de débouchés est large. L’industrie française de l’alimentation animale utilise chaque année 9,5 millions de tonnes de matières riches en protéines, dont seulement 50 % d’origine nationale. Au niveau européen, le déficit en matières riches en protéines est encore plus important, puisqu’il atteint 73 %. Le potentiel de développement de nos cultures est donc très étendu, et nous tablons sur un objectif de l’ordre 400 000 hectares en 2012 et 500 000 hectares en 2013, sans gêner les autres cultures.
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