OGM : les productions « qualité » préservées
Personne ne peut présager de l’issue définitive du débat sur les OGM dans les filières qualité, mais il aura au moins révélé une certaine cacophonie dans la majorité. À ce jour, l’amendement Chassaigne «préserve» les filières qualité des organismes génétiquement modifiés. Plus facile à dire qu’à faire. D’abord, qu’entend-on par productions de qualité ? De quoi s’agit-il ? D’AOC, de label ? Si l’on suit bien le compte rendu analytique des débats, c’est bien de l’ensemble des productions qu’il s’agit. Mais si, dans la théorie, l’amendement est applicable, il en sera bien différent dans la pratique. Quand on regarde une carte d’implantation des filières qualité toutes productions confondues, on constate qu’elles occupent près de 65% du territoire français ! L’affaire n’est donc pas terminée. L’urgence n’ayant pas été déclarée sur ce texte, le projet de loi va être rediscuté par le Sénat, puis retour à l’Assemblée nationale et en cas de conflit entre les deux assemblées, par la Commission mixte paritaire.
« Toutes mesures nécessaires »
Philippe Merillon, directeur du service des stratégies agricoles et industrielles à la DPEI précise : « il existe déjà dans le code rural l’article n° L 251-1 point 5, qui permet aux pouvoirs publics et à l’Inao de prendre toutes mesures nécessaires sur la protection des AOC. » Philippe Merillon rappelle également que les organismes de défense et de gestion (ODG) décident sur une base volontaire de s’engager ou non en fonction de leurs cahiers des charges. Les filières qualité restent quant à elles sur leur position : c’est aux ODG de décider. « Nous avons toujours dit que c’est de la volonté de chaque ODG de décider du principe à appliquer ou pas, précise Eric Cachan, président du Synalaf. Après, comment accomoder ce principe avec la question des contaminations, cela reste un vrai problème. »
Du côté des viandes sous Label Rouge, on adopte aussi une position prudente : « l’amendement est très imprécis. S’agit-il de toutes les filières qualité ? s’interroge Henri Baladier, président de Fil Rouge. Pour l’instant ce qui prévaut dans notre filière, c’est la liberté de chaque organisme de défense et de gestion.
« Mais si, aujourd'hui, aucune décision nationale n'est prise, il n'empêche que l'on ne pourra pas éviter le débat, poursuit Henri Balladier. Le pire serait de ne pas décider. D'autre part, chaque cas est spécifique en fonction de la région dans laquelle il travaille et de ses commandes à l'export. Pour nous par exemple, nous expédions des broutards en Italie et ils doivent absolument être non OGM. »
Mais certaines régions peuvent être plus touchées que d'autres. Le Sud-Ouest par exemple avec l'IGP canard à foie gras et dont la culture la plus importante est le maïs. La filière reste attentive, mais ne souhaite pas s'exprimer tant que le projet de loi n'aura pas suivi son cours normal au Sénat. « Nous réagirons lorsque la situation sera plus claire et que le projet de loi aura avancé, déclare Marc Roose, directeur du Palso. Pour l'instant, nous observons. » Une chose paraît acquise aujourd'hui, il y aura du monde au créneau lors de la navette !