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OCM Vin : le projet européen indigne les producteurs d’AOC

Devant le succès des vins de qualité, Bruxelles propose de libéraliser les surfaces de plantation. Les producteurs d'AOC s'opposent à ce projet « dangereux » qui provoquerait d'importants déséquilibres.

Les échanges verbaux ont été riches et plutôt vifs ce mardi, lors du congrès annuel de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées (Cnaoc), à Paris. Russell Mildon, représentant de la Commission européenne, a précisé les grandes lignes de la réforme de l'OCM vin, qui prévoit, compte tenu du «succès» des vins de qualité, de libéraliser les surfaces de plantation pour permettre d'accroître la production et regagner des parts de marché face à la concurrence internationale. Cette analyse ne cadre pas avec les attentes de la Cnaoc, dont le président Christian Paly estime qu'une telle proposition pourrait conduire à la plantation de plus d'un million d'hectares supplémentaires dans les appellations à l'échelle européenne. « On imagine facilement les conséquences : surproduction, chute des prix, remise en cause des efforts qualitatifs, etc. De quoi déstabiliser totalement le marché du vin, c'est inconscient ». Dans le même temps, M. Mildon, directeur de l'Economie des marchés agricoles à la DG Agri, a confirmé la volonté de Bruxelles d’encourager des arrachages pour permettre aux exploitations les moins compétitives d'arrêter leur activité. De 400 000 ha dans le projet initial, les surfaces concernées devraient finalement représenter 200 000 ha dans le projet qui sera communiqué aux 27 ministres européens de l'Agriculture le 4 juillet prochain.

Un projet « dangereux et peu ambitieux »

Plutôt que ces mesures qualifiées d'incohérentes, les professionnels des AOC réclament une véritable ambition pour le volet promotion sur le marché intérieur, qui représente 75% de la consommation mondiale. L'exemple anglais est significatif, puisqu'il devient difficile d'y trouver des vins du continent, entre les crus chiliens, américains ou sud-africains.

Des désaccords se sont également exprimés mardi sur le domaine de la chaptalisation, la limitation puis la fin de l'ajout de sucre étant inscrites dans le projet présenté par Mariann Fischer Boel l'an dernier. « Nous n'avons pas reçu d'arguments pertinents pour remettre en cause cette suppression » a affirmé M. Mildon, provoquant d'important remous dans la salle où se tenaient plus de 80 présidents de fédérations et syndicats d'AOC. Pour la Commission européenne, la sauvegarde des appellations s'effectuerait par l'intermédiaire d'un cahier des charges, délimitant l'aire géographique, le rendement, les cépages et les pratiques œnologiques. Mais ce dispositif n'a guère convaincu Christian Paly ou ses homologues de la Federdoc, la Cnaoc italienne.

L'absence d'outils de gestion de marché inquiète sérieusement le monde de la production, qui, s'appuyant sur le modèle australien, craint la surproduction et la chute des prix entraînées par la dérégulation. Le désaccord a été persistant tout au long de l'après-midi entre la salle et le représentant européen qui a cumulé les déclarations contre les aides à la distillation (elles seront maintenues, « mais sans budget communautaire », laissant le choix aux Etats membres de statuer), ou sur la nécessité de changement. Toutes ces évolutions du cadre réglementaire ont été qualifiées de « projet dangereux et peu ambitieux » lors de la clôture de la rencontre, ce projet de réforme bien avancé représentant « un appel d'air extraordinaire pour des gens étrangers à la viticulture » pour le président de la Cnaoc.

Rédaction Réussir

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