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Les profils nutritionnels tiennent les IAA en haleine

Les profils nutritionnels vont conditionner le droit d'utiliser des allégations nutritionnelles ou de santé. L'innovation agroalimentaire est suspendue à ces choix. L'enjeu est considérable : un discours normatif a envahi les débats sur l'alimentation et la santé.

Sur leurs messages publicitaires, les industriels seront bientôt obligés d'inscrire le contenu calorique de leurs produits. C'est en tout cas ce que les députés viennent de voter en 1 ère lecture de la loi « hôpital ». La mesure peut paraître anecdotique ; elle symbolise pourtant un mouvement qui s'impose fortement aux IAA. Initiée dans les pays anglo-saxons, la préoccupation nutritionnelle inspire de plus en plus le législateur français, tenté de promouvoir des messages, parfois simplistes, pour endiguer l'épidémie d'obésité.

Si les géants de l'industrie ont déjà anticipé ce virage et l'abordent sans complexe, à l'exemple de McDonald's ou de Coca-Cola, très présents au dernier Congrès des médecins généralistes à Paris (Medec 2009), les PME appréhendent l'utilisation abusive de futures réglementations européennes. Au coeur du débat actuel : la définition des profils nutritionnels. «Dans l'esprit de la réglementation communautaire, les profils devaient conditionner l'utilisation d'allégations nutritionnelles ou de santé. Il ne faudrait pas qu'ils soient utilisés de manière abusive pour d'autres fins qui ne se justifient pas», déclare Catherine Goavec, déléguée générale de la Fédération française des industriels, charcutiers, traiteurs, transformateurs de viande (Fict). La crainte serait par exemple de voir des produits surtaxés en fonction de leur profil nutritionnel.

L'aliment, un médicament à reformuler

« On va vers un modèle anglo-saxon où l'aliment devient un médicament qui doit être reformulé », poursuit la représentante de la Fict. A l'heure où la France milite pour que son patrimoine gastronomique soit reconnu par l'Unesco, les produits traditionnels ont peur de perdre leur intégrité. Car derrière les profils nutritionnels, l'enjeu est bien de voir un nombre conséquent de produits alimentaires reformulés, comme José Manuel Barroso le reconnaît lui-même dans une lettre aux députés européens.

Face à la pression des états membres, les produits bruts et les produits transformés traditionnels comme la viande et les fromages auraient obtenu un traitement particulier. « Notre proposition se concentrera dès lors sur les produits transformés qui offrent le plus d'opportunités d'innovation et de reformulation pour l'industrie alimentaire », assure le président de la Commission européenne.

Les services R&D au point mort

En attendant ce fameux règlement, la majorité des départements R&D des IAA ont bloqué leur projet. « L'innovation dans le futur est complètement dépendante du règlement », confie une représentante de l'Ania. François Attali, directeur recherche et innovation de Sodiaal, confirme par exemple avoir beaucoup de projets en attente. Venu présenter son produit « Silhouette » (augmentant la satiété) au Medec à Paris, François Attali exprimait la nécessité des industriels de développer des produits à promesse nutritionnelle tout en pointant les discordances du système. « Dans quelques mois on n'aura le droit de parler de vitamines que si elles représentent au moins 15 % des apports journaliers quotidiens. Résultat : des industriels vont augmenter le taux de vitamines pas chères dans les produits. On va arriver à des surdosages », commente-t-il. Ces dérives mises à part, les industriels s'impliquent de plus en plus dans la nutrition. L'Ania a répertorié 250 actions engagées par les IAA sur le sujet. La Fict travaille actuellement sur une charte nutritionnelle visant à fixer des taux maximum de gras et de sel dans les jambons et saucissons. PME et interprofessions comme le Cniel (lait) engagent aussi des fonds dans la recherche publique, via l'Agence nationale de la recherche, sur des sujets aux enjeux importants comme l'impact sur la santé des acides gras trans naturels.

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