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Les Français en difficulté sur l’échiquier européen

Alors que les entreprises de l’agroalimentaire sont appelées à se regrouper et à développer leurs ventes à l’export, elles pointent du doigt des distorsions de concurrence fortes par rapport aux industriels européens et demandent un effort des pouvoirs publics.
«Des distorsions de concurrence importantes existent avec un concurrent qui émerge, l’Allemagne, et qui pourrait nous balayer dans les années à venir. Sur une même période, la production porcine allemande a augmenté de 23 %, alors que celle de la France a diminué de 1 % » a déclaré Emmanuel Commault, directeur général de la Cooperl (numéro un français du porc, avec un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros), lors de la première table ronde du colloque Agrofinance, qui s’est tenu le 29 novembre dernier au Sénat. Il a balayé d’un revers de main l’une des propositions de Philippe Rouault, délégué interministériel aux industries agroalimentaires
et à l’agro-industrie, qui évoquait le besoin d’augmenter la robotisation de l’abattage et des ateliers de découpe. « Nous sommes robotisés depuis des années et des années. Cela est presque vexant d’entendre cela » a-t-il commenté. Le coût de la main-d’œuvre est l’une des premières distorsions
de concurrence évoquées par les participants, qui en appellent à l’État pour diminuer ce frein. « L’Allemagne est entrée en France par les premiers prix car les Français ne voulaient pas le faire », a souligné le seul représentant d’une entreprise allemande présent, Yves Stunic, directeur général d’Arro (groupe Reinert) arrivé dans les grandes et moyennes surfaces françaises (GMS) en 2008. « Les Allemands ont recours très facilement au crédit pour investir dans la mécanisation et avoir des outils très performants. Notre modèle de distribution a également permis de faire croître les PME et d’améliorer leur productivité », a-t-il ajouté.

La taille critique en question

Pour Marc Senoble, PDG du groupe Senoble, le modèle de relation entre les distributeurs et leurs fournisseurs de MDD (marques de distributeur) est inévitablement amené à évoluer. Important fabriquant de MDD, le groupe a décidé en 2002 un investissement en Espagne car le distributeur Mercadona lui a confié la fabrication de sa gamme de produits frais. « Au départ nous étions compétitifs à partir de la France, désormais nous le sommes beaucoup plus en Espagne. Nous avons conclu un accord avec le distributeur russe X5, à l’instar de celui signé avec Mercadona. Aujourd’hui, nous exportons de la France vers la Russie, demain nous le ferons de Slovaquie où nous avons une usine », a détaillé le PDG. La taille critique est-elle ainsi nécessaire pour exporter ou résister à la concurrence ? « Je n’ai pas encore vu d’argument chiffré qui prouve que la taille critique est une solution », a commenté Emmanuel Commault. Pour Alain Le Floch, directeur général de Malteurop, « la question de la taille peut amener des erreurs. La question est de savoir à quoi elle servira. Les avantages se situent au niveau du foisonnement des risques liés aux devises par exemple, de l’accès aux matières premières, de la connaissance des marchés ». De son côté, Éric Terré, président du groupe d’ingrédients Savena, considère que « la taille peut apporter de nouvelles idées d’innovation pour nos clients ». « Il est important de suivre le développement de nos clients ou de les accompagner à l’étranger », a-t-il souligné.

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