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Les accords de libre-échange au menu d'Inaporc

La négociation d'accords commerciaux bilatéraux inquiète la filière porcine. Explications sur les enjeux des accords entre l'Union européenne, les États-Unis, le Canada et l'Asie recueillies lors de l'assemblée générale d'Inaporc le 1er juillet.

À l'occasion de son assemblée générale, le 1er juillet, l'Interprofession nationale porcine (Inaporc) a tenu une table ronde sur les impacts des accords de libre-échange pour la filière. En ligne de mire, les négociations à venir sur le fameux TTIP, le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, qui ouvrira les marchés entre l'UE et les États-Unis, ainsi que l'accord économique et commercial global (AECG), son équivalent avec le Canada, déjà négocié.

Si faciliter les échanges avec ces pays peut présenter une opportunité pour certains produits, cela n'en demeure pas moins une source d'inquiétude pour la filière porcine, qui va se retrouver en concurrence directe sur le marché français avec les exportations nord-américaines. «Dans ces négociations, on sait que la filière porcine peut être mise à mal. Elle est donc traitée comme un produit sensible. Mais nous sommes aussi conscients que nous allons devoir admettre un certain quota de porcs américains sans droit de douanes. Il faut anticiper ce risque », a tenu à ex-primer Claire Cheremetinski, sous-directrice de la politique commerciale et de l'investissement au sein du service des affaires multilatérales et du développement de la Direction générale du Trésor.

Dans le cadre de l'AECG, 75 000 t vont être ouvertes au Canada pour exporter du porc dans l'Union européenne, ce qui « n'est pas jugé comme satisfaisant par les autorités françaises », indique la sous-directrice. «De notre point de vue, cela ne doit pas être pris comme exemple dans les négociations du TTIP, il faut considérer les choses avec les États-Unis sur des bases nouvelles », a-t-elle ajouté, précisant que l'accord avec le Canada devrait entrer en vigueur d'ici à la fin de l'année et appelant la filière française à « s'y préparer ».

Un volet sanitaire très discuté

« Il y a plusieurs enjeux en cours dans cette négociation», a rappelé Yves Trégaro, chef d'unité produits animaux, pêche et aquaculture de FranceAgriMer, en préambule de la table ronde. « Des négociations tarifaires bien sûr, avec la réduction des droits de douane, mais aussi des négociations non tarifaires, portant sur le bienêtre animal par exemple, ainsi que des négociations sanitaires et phytosanitaires (SPS, ndlr) ».

Parmi les sujets chauds, on retrouve tout d'abord les indica-tions géographiques (IG), non protégées aux États-Unis, qui fonctionnent avec les marques déposées. « Les indications géographiques, c'est du football politique », s'est exclamé Ralph Ichter, président d'Euroconsultants, une société de conseil en politique agricole et relations commerciales internationales, basée à Washington. « Il n'y a pas d'enjeux pour la France. C'est surtout pour les IG italiennes. On va crier victoire parce que les États-Unis auront accepté nos conditions, mais on risque d'échanger du vent contre des vraies conditions. » Les « vrais sujets » auxquels fait référence Ralph Ichter, ce sont les hormones, les antimicrobiens ou encore les OGM. « Nous aimerions que l'interdiction de la viande aux hormones disparaisse », a déclaré Laurie Bryant, président du Conseil américain des importateurs de viande. « C'est au consommateur de choisir ce qu'il achète, par un étiquetage positif qui indique “ sans hormone ” lorsque c'est le cas. Concernant l'usage d'antimicrobiens, seul l'acide lactique est approuvé en Europe pour le bœuf. Nous pensons qu'il faudrait l'étendre au porc et à tous les antimicrobiens. Il faut ouvrir des contingents pour la même viande que celle consommée aux États-Unis. »

Face à ces sujets de société en France, ce sera à la l'Union européenne de se positionner. « La Commission a conscience que c'est une ligne rouge. Les préoccupations sur le volet SPS sont partagées par l'ensemble des États membres, avec toutefois certaines nuances, a répondu Claire Cheremetinski. C'est un sujet avec lequel on ne joue pas. »

Nous aimerions que l'interdiction de la viande aux hormones disparaisse

Pour Laurie Bryant, « il n'y aura aucune offre tarifaire sérieuse de la part des Américains sans proposition intéressante sur le volet SPS ». Les négociations s'annoncent donc tendues. « Les choses évoluent beaucoup aux États-Unis, constate Ralph Ichter. De toute façon, ce n'est pas Obama qui va négocier ces accords. Madame Clinton s'est d'ailleurs démarquée des positions actuelles du gouvernement. » Selon le consultant, l'Europe pourrait continuer à interdire le bœuf à la ractopamine mais éventuellement faire des concessions sur les antimicrobiens et ouvrir des contingents de filières propres en échange.

Se tourner vers l'Asie

Mais pour l'heure, « la priorité des États-Unis, c'est l'accord de partenariat transpacifique (TPP, ndlr), car c'est là que se trouve la croissance », explique Ralph Ichter. Un accord qui doit également permettre de contenir la Chine. « Pour les Américains, c'est aussi important qu'une flotte de porte-avions en mer de Chine. Obama veut absolument conclure ce partenariat pour en faire le point d'orgue de son second mandat. » Un accord qui n'est pas sans conséquence pour l'Union européenne. « Le Japon importe 1million de tonnes. On ne peut pas laisser courir un accord transpacifique sans rien faire », déclare Thierry Meyer, président du comité export d'Inaporc et directeur de la filière porc du groupe Bigard. Pour Ralph Ichter, «les Japonais ne concluront pas d'accord avec les Européens avant les Américains», ces derniers exportant 450000tonnes de cochons sur le Japon. «On a intérêt à emboîter rapidement le pas aux Américains, il ne faut pas que la France loupe le coche», prévient Thierry Meyer. Et Laurie Bryant de compléter, « je crois que le TPP va être conclu avant la fin de l'année, alors préparez vous-y. »

L'ORIGINE DE LA VIANDE SOUS TENSION

L'interprofession de la filière porcine, Inaporc, a mis en place en 2010 un accord volontaire pour étiqueter l'origine de la viande vendue aux consommateurs. D'après son dispositif de suivi, basé sur l'utilisation des Gencod (groupement d'études de normalisation et de codification), 35% des références mentionnent une indication d'origine française du porc, dont la moitié est issue du cahier des charges VPF. Près de 50% des références n'indiquent toutefois aucune origine. Un sujet sensible pour la filière. Lors de l'assemblée générale d'Inaporc, le 1er juillet, un producteur mayennais a ainsi âprement interpellé le président de la Fict, Robert Volut, sur l'origine de sa viande. «85% de nos approvisionnements sont français», a répondu ce dernier, sans préciser toutefois si ce chiffre ne concernait que la viande de porc.

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