Le rôle des leaders
Crise, quelle crise ? Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, les dépenses des ménages devraient rester stables en 2009, notamment grâce à la faiblesse des taux d’intérêt. Mais si les Français consomment, leur façon d’acheter a profondément changé, a rappelé l’Insee dans une copieuse étude publiée la semaine dernière (*). Pour le poste qui nous intéresse, l’alimentation, les statisticiens relèvent une évolution du poids relatif des différentes familles de produits dans le budget des ménages. Les viandes occupent certes toujours la première place, avec 21 % de la dépense totale, devant les produits céréaliers (14,8 %) et les produits laitiers (13,1 %). Mais, entre 2001 et 2006, l’importance budgétaire des viandes s’est effritée. Qui en a profité ? Les produits laitiers, répond l’institut de statistiques, devant les fruits frais et transformés, les produits sucrés et les graisses animales et végétales. Pour les viandes, dont la consommation symbolisait naguère réussite sociale et état d’abondance, cela ressemble fort à un déclassement. Jean-Paul Bigard s’est alarmé mardi dernier de l’« appauvrissement de l’offre » en viandes qui a abouti à la banaliser et à la dévaloriser aux yeux du public (lire page 10). Le président du nouveau Syndicat de l’industrie des viandes (SNIV / SNCP) a mis en cause la guerre des prix entre grandes enseignes et le refus, en France, de faire émerger des leaders internationaux capables de moderniser le secteur, ce que l’Allemagne a réussi à faire. La trajectoire prise par l’industrie allemande ces dernières années est certes spectaculaire. Pas sûr pour autant que le type de distribution qui a accéléré sa concentration, le hard-discount, valorise beaucoup le travail des filières en amont.