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« Le lapin n'est pas vendu à son juste prix »


> Des industriels ont annulé la prime de compensation de la hausse de l'aliment.
Malgré une demande qui reprend des couleurs, les difficultés s'aggravent pour la filière cunicole française. En cause, selon l'interprofession, une valorisation insuffisante de la viande.

La crise gronde dans la filière cunicole française. Pour Dominique Le Cren, animatrice du Comité lapin interprofessionnel pour la promotion des produits (Clipp), « les entreprises souffrent trop, ce qui pèse sur le maillon production. Le risque de fermeture est grand ». En cause, un manque à gagner chronique qui met en péril l'ensemble des opérateurs. Une santé précaire aggravée depuis peu par l'arrêt des achats de peaux de lapin par la Chine. Les contrôles fiscaux réalisés par Pékin auprès des entreprises chinoises du secteur du traitement des peaux ont engendré un coup de frein de l'activité, une hausse des stocks et la suspension des importations.

À ce problème s'ajoutent la hausse des coûts d'équarrissage en France et, surtout, une valorisation insuffisante de la viande. Or, « on est là pour vendre de la viande », rappelle Dominique Le Cren. « Le lapin n'est pas vendu à son juste prix », précise-t-elle, certains distributeurs n'ayant accordé que peu ou pas de hausse tarifaire depuis plusieurs années.

La situation est jugée d'autant plus insoutenable que l'heure est aux velléités de baisse de la part de la grande distribution. Avec le recul des cours des matières premières et la détente des prix de l'aliment, certaines enseignes appuient sur les tarifs de la viande. Mais « si la grande distribution demande une baisse, nous, nous réclamons une hausse », précise le Clipp, car les marges sont sous pression.

La conjoncture resserre l'étau autour des entreprises de l'aval et les incite à revoir à la baisse le prix payé à l'éleveur. Selon le Clipp, certains intervenants auraient d'ores et déjà diminué voire annulé la prime de compensation de la hausse de l'aliment, octroyée lors de la flambée des matières premières et estimée aujourd'hui entre 10 et 15 centimes du kilogramme. Une baisse d'une dizaine de centimes que l'amont ne peut supporter, estime-t-on à l'interprofession, la disparition de cette plus-value revenant à amputer les revenus de 75 %.

Mobiliser la grande distribution

Si le Clipp et le ministère sont mobilisés sur le dossier chinois, la filière sait qu'elle ne peut miser sur ce débouché pour sortir la tête de l'eau. La viande doit retrouver ses lettres de noblesse. Selon Dominique Le Cren, « on aimerait remettre sur la table la place du lapin dans le rayon », que les enseignes considèrent les spécificités de cette viande – plus chère à produire et à transformer que les volailles – sans pour autant la vendre à des prix dissuasifs. Le Clipp vient d'envoyer un courrier à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution pour faire valoir ses arguments, et espère rapidement rencontrer les différentes enseignes. Des démarches qui pourraient être aidées par un marché de la viande qui reprend des couleurs.

Les actions de communication du Clipp pour rappeler aux Français l'existence du lapin et tenter de rajeunir ses amateurs, stimulent la demande. Selon FranceAgri-Mer-Kantar Worldpanel, les achats des ménages ont grimpé de 1 % en cumul de janvier à début octobre par rapport à 2013, dont +6 % pour les découpes. Le tonus des exportations est aussi un signe positif. Selon l'Institut technique de l'aviculture, en cumul de janvier à juillet, les volumes expédiés ont grimpé de 42 % en un an.

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