Lait : l’appel à une interprofession unie
Dominique Bussereau a prononcé son dernier discours officiel comme ministre de l’Agriculture aux Sables-d’Olonne (Vendée) le 22 mars, lors du Congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Avant de rentrer dans un mutisme forcé au nom du respect du droit de réserve des membres du gouvernement Villepin durant la campagne électorale. Les producteurs, eux, l’ont reçu, inquiets.
En raison du prix du lait d’abord. Pour la première fois depuis cinq ans, il a augmenté sur le premier trimestre 2007, une bonne nouvelle qu’Henri Brichart, président de la FNPL, met sur le compte de l’accord interprofessionnel sur le prix intervenu en janvier 2006. Néanmoins, certains industriels n’ont pas respecté les règles du jeu, notamment à l’été 2006. « Criel (Comité régional interprofessionnel de l’économie laitière, ndlr) après Criel, (…) il me revient en permanence des tentatives de sape pour tous les éléments de prix », a déploré Henri Brichart. Mais d’avertir : « soit nous sommes capables de nous mettre autour d’une table pour mettre tous ces éléments au clair, soit l’été sera à nouveau très chaud ».
Dominique Bussereau, lui, a demandé à la filière d’« aller plus loin » que cet accord au travers d’« une contractualisation permanente entre les éleveurs et les transformateurs ». L’accord de janvier 2006 a aussi été conçu pour donner la visibilité nécessaire à l’investissement industriel, préalable à la modernisation du secteur entrepris par le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). C’est dans cet esprit qu’a été créé le 14 mars dernier un fonds d’investissement interprofessionnel destiné à financer l’adaptation de la collecte et de la transformation laitière aux mutations économiques. Il sera doté de 15 millions d’euros sur trois ans par le redéploiement de la cotisation volontaire obligatoire versée à l’interprofession. La production demande que sa gestion soit confiée à Sofiprotéol.
Le ministre de l’Agriculture appuiera de son côté l’initiative auprès de son homologue à l’Économie et aux Finances, Thierry Breton, pour que les pouvoirs publics la valident. Enfin, les éleveurs ont défendu le modèle laitier français et le régime des quotas, dénonçant les récents propos de la commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, selon qui les quotas laitiers n’ont plus de raison d’être au regard de la libéralisation du commerce défendue à l’OMC. Cette remise en cause est d’ailleurs inscrite à l’ordre du jour du « bilan de santé » de la Pac, prévu en 2008-2009. En réponse, une lettre ouverte lancée par la FNPL le 8 mars, signée par plus de 125 parlementaires français et adressée à la commissaire, s’oppose à une suppression pure et simple des quotas. Dominique Bussereau a garanti, lui, qu’il défendrait à Bruxelles et Strasbourg le maintien du régime, qui court jusqu’en 2015.
La FNPL est prête à une « évolution » du système mais ne consent pas à l’abandon du principe de maîtrise de la production. Pour être en mesure de proposer un autre dispositif à la Commission européenne, le ministre a annoncé, à la demande des producteurs, l’organisation d’un groupe de travail sur la question « avant la fin du mois d’avril ».