La loi LME divise les industriels
Hier, place du Palais Bourbon derrière l’Assemblée nationale, six associations d’industriels (Ania, Ilec), de grossistes (CGI), de PME (CGPME), de coopératives (Coop de France) et d’agriculteurs (FNSEA), ont remis officiellement au député Jean-Paul Charié leur pétition sur le projet de loi de modernisation de l’économie. Le texte intitulé « non à l’asphyxie des PME et à la suppression de milliers d’emplois », lancé le 24 avril, a récolté en moins d’un mois plus de 7 500 signatures. Il demande aux parlementaires de réaffirmer l’obligation de justifier les contreparties accordées aux fournisseurs par la distribution de détail en échange d’une baisse des tarifs.
« Message bien reçu, non pas 5/5 mais bien 7/7 ! », a assuré le rapporteur du projet de loi devant Jean-René Buisson (président de l’Ania), Jean-Michel Lemétayer (président de la FNSEA), Philippe Mangin, (président de Coop de France), Bernard Manhes (président de la CGI) et Olivier Desforges (président de l’Ilec). Annoncés à l’origine, les représentants des PME -Alain Rouleau pour la Feef et Jean-François Roubaud pour la CGPME- n’étaient pas de la partie.
La Feef, divisée, se place en retrait
Contacté par Les Marchés, Alain Rouleau, président de la fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef), a affirmé ne pas avoir personnellement signé la pétition commune. « On ne doit pas dénaturer la Feef en signant cette pétition. Je pense que la Feef doit se situer dans son rôle. C’est-à-dire soigner ses relations avec la grande distribution qui est notre fonds de commerce », a-t-il expliqué. Celui qui a signé la déclaration commune « on ne négocie pas contre rien » du 10 avril aux côtés de l’Ania et de l’Ilec estime désormais que ce sont « les multinationales qui tirent les ficelles ». « On rouvre la boîte de Pandore, plus on aura de discussions sur les tarifs et plus les industriels augmenteront leurs tarifs », ajoute-t-il.
Même son de cloche du côté d’Eric Renard, ex-porte parole de la Feef qui, jugeant les prises de position de la fédération trop timides, a récemment créé l’association Avenir Agir pour la valorisation des entreprises novatrices indépendantes et responsables..
« La loi, telle qu’elle est rédigée aujourd’hui, va créer une différenciation de traitement entre les multinationales et les PME. Un puissant va négocier des contreparties, quand une PME va subir une baisse des tarifs », affirme Eric Renard, président d’Avenir qui regroupe déjà une centaine de PME dont Soléou et Cocorette. Egalement patron de la Phocéenne de cosmétique, il n’est pas opposé à la négociabilité des tarifs en échange d’une augmentation du chiffre d’affaires, si la coopération commerciale disparaît. « Réaliser des prospectus, c’est le problème de la distribution après tout », juge-t-il. Mais étant donné la complexité du dossier, Eric Renard a du mal à se faire entendre du côté des parlementaires. L’amendement de Jean-Paul Charié, adopté en commission des affaires économiques, stipule seulement qu’il faut que « le contrat (entre fournisseurs et distributeurs) indique les obligations auxquelles se sont engagées les parties en vue de fixer le prix convenu ». Un amendement qui satisfait l’Ania, même si pour des questions de sémantique, Jean-René Buisson (Ania) aurait préféré voir inscrit le mot de « contrepartie ».
« Négocier ce n’est pas arnaquer. Quand un client dit, « je m’engage à vous faire plus 10 % de chiffre d’affaires cette année », cela mérite peut-être une contrepartie. S’il dit « ‘je fais 30 % de votre chiffre d’affaires, ça mérite bien une remise’ », non ! », a précisé hier Jean-Paul Charié devant la presse, à propos de l’article 21 du projet LME discuté dès aujourd’hui à l’Assemblée nationale.