La fièvre catarrhale ovine conserve des zones d’ombre
D’éminents spécialistes de la fièvre catarrhale se sont retrouvés autour d’une table ronde, à l’AG des Groupements de défense sanitaire jeudi dernier à Paris. Ils ont fait part des dernières connaissances sur la maladie. Philippe Vannier, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Afssa, a souligné la menace d’introduction de nouveaux sérotypes via l’Afrique du Nord et la Turquie. « Y a-t-il une stratégie de prévention des risques dans l’Union européenne ? », s’est-il inquiété. Les échanges intracommunautaires représentent aussi un danger. Philippe Vannier s’est ému de l’apparition récente d’un foyer irlandais « importé ». « Comment se justifie l’entrée en Irlande du Nord de génisses originaires d’une ferme infectée aux Pays-Bas ? Cela pose un problème de fond », a-t-il lancé. On sait à quel point le sujet est sensible, dans le contexte actuel de fermeture du marché italien aux broutards français.
Les connaissances sur la transmission de la maladie semblent partielles. Des doutes existent aussi sur l’origine de l’épizootie. « Il y a vraisemblablement un cas d’infection transplacentaire au Royaume-Uni. Cette découverte relance la question sur l’origine de la maladie. La Commission a d’ailleurs lancé un protocole », a signalé Philippe Vannier. De son côté, le directeur du laboratoire national de contrôle des reproducteurs, Bernard Guérin, s’est penché sur la circulation du virus dans les troupeaux. Il a fait état d’une forte proportion d’ovins virémiques dans les régions infectées, ces animaux étant « susceptibles de propager la maladie ». On connaît les sources du virus, telles que les énumère l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) : le sang, la semence, les insectes infectés. Bernard Guérin a aussi évoqué une excrétion dans le lait, par exemple chez la chèvre.
Mystérieux insectes
Tout n’est pas clair au sujet des insectes Culicoides. Emmanuel Albina, responsable d’équipe Virologie au Cirad, a reconnu « l’absence de certitudes sur les vecteurs de la fièvre catarrhale ». Une manière de se protéger est d’agir massivement sur l’environnement. Or, les scientifiques ne connaissent pas le biotope des Culicoides impliqués dans la diffusion de la maladie. « On ne peut pas asperger massivement des insecticides dans l’environnement », a-t-il estimé. L’autre moyen consiste à empêcher tout contact entre les vecteurs et les animaux sensibles. Des molécules sont actuellement testées dans des élevages de Culicoides. Les scientifiques espèrent en tirer des nouvelles solutions avant l’été prochain.
Joëlle Dop, vétérinaire conseil à la FNGDS, a présenté les premiers résultats d’une étude sur la désinsectisation. Des questionnaires ont été envoyés aux éleveurs des régions infectées dans le Nord-Est de la France. Il en ressort que la désinsectisation n’a pas été massive, avec en général un traitement appliqué à une partie des animaux du cheptel. Or, d’après elle, ce type d’intervention n’est efficace que quelques semaines. « Des molécules semblent avoir un effet sur les insectes. Mais, leur durée d’action paraît limitée », a-t-elle insisté.
Alors que la reprise d’activité du virus doit intervenir dans les jours ou les semaines à venir, la fièvre catarrhale conserve donc de nombreuses zones d’ombre. Il faut s’attendre à « une année 2008 très difficile », selon les termes de Philippe Vannier. Pour lui, « la stratégie actuelle ne vise pas une éradication à moyen terme ». La FCO a toutes les chances de persister encore quelque temps.