Heineken est devenu le premier brasseur français, juste devant Kronenbourg. Pour améliorer sa compétitivité, il ferme la brasserie Fischer de Schiltigheim à la fin de l’année et augmente les capacités de production de son site nordiste de Mons-en-Baroeul.
L’année 2008 aura été décisive pour Heineken en Europe. Le brasseur hollandais a repris avec le groupe danois Carlsberg le dernier brasseur anglais indépendant, Scottish & Newcastle. Une acquisition qui lui a permis de se hisser à la troisième place mondiale, juste derrière AB-InBev et SAB Miller. En outre, Heineken Entreprise, qui regroupe au sein d’Heineken France ses trois brasseries françaises (Mons-en-Baroeul, Schiltigheim et Marseille), est devenu le leader du marché brassicole français juste devant Kronenbourg. Ce fleuron de la brasserie française, autrefois propriété de Danone, a été racheté par Carlsberg à l’occasion de l’acquisition commune de Scottish & Newcastle par Heineken et Carlsberg.
Heineken possède désormais en France une part de marché dans la consommation hors domicile (CHD) de 36 %. Leader en GMS avec 17,3 % de parts de marché en 2008, le groupe s’appuie sur ses trois marques phares : Heineken bien sûr, mais aussi Desperados (« une marque moderne et branchée de spécialité ») et Pelforth. Cette dernière, « d’origine nordiste mais d’envergure nationale », vient de connaître une croissance de 15 % entre 2007 et 2008, « même si elle n’a pas encore retrouvé ses volumes de fabrication des années 1980-1990. » Heineken France possède une double activité : celle de brasseur (Heineken Entreprise) et celle de distributeur (France Boissons), contrairement à son concurrent direct qui vient de revendre sa filiale de distribution (Elidis).
« C’est un atout stratégique qui constitue la force de l’entreprise, non seulement par la complémentarité de nos deux métiers, mais également par le maintien d’un maillage national dense de nos centres de distribution », précise Frans Eusman, président d’Heineken France, à l’occasion d’un point presse tenu à Mons-en-Baroeul le 30 juin dernier.
Réorganisation des trois sites de production
En mai 2008, Heineken France avait décidé un plan de restructuration (124 M€) de ses activités brassicoles à trois ans (2008-2010) lui permettant de restaurer sa compétitivité dans un marché européen en décroissance. Il s’est notamment traduit par la réorganisation de ses trois sites de production (Mons-en-Baroeul, Schiltigheim et Marseille), mais aussi par la vente de la brasserie de Saint-Omer à la famille Pecqueur, ses anciens propriétaires.
« Ce projet de grande envergure nous permettait de sauvegarder notre compétitivité », expliquait Frans Eusman. Ce plan de restructuration prévoyait la fermeture de la brasserie Fischer, l’un des deux sites de production de Schiltigheim. Implantée dans « la cité des Brasseurs » depuis 1854, elle a été rachetée par Heineken en 1996 (600 000 hl brassés en 2008). Elle devrait cesser de brasser dès la fin de l’été et fermer définitivement en décembre 2009 avec la suppression prévue de 114 emplois.
Le deuxième site de Schiltigheim, la brasserie de l’Espérance, où certains matériels devraient être transférés, poursuivra seul ses activités de brassage (1,8 Mhl pour 188 salariés). 30 M€ doivent y être investis.
Le groupe avait également annoncé en mai 2008 la suppression de 62 emplois à Mons-en-Baroeul dans le Nord, sur une période allant de janvier 2009 à octobre 2010. « Nous avons réussi à ramener ce chiffre à 57 grâce à un dialogue continu avec nos partenaires sociaux », expliquait Matthew Wheatley, directeur du site monsois, qui précise « être parvenu aujourd’hui à un taux de reclassement de la moitié du personnel » (dont 20 cessations anticipées d’activité).
Une présence historique dans le Nord
À Mons-en-Baroeul, ce sont 35 M€ dégagés pour les seules années 2008 et 2009 qui sont investis, notamment pour la création d’une ligne ultramoderne de « boîtes » d’une capacité de 65 000 unités/heure. « Ce sera la seule ligne « boîtes » pour le groupe Heineken en France », vient de confirmer Matthew Wheatley. Malgré la présence de trois unités de production en Belgique (Alken, Kobbegem, Opwijk) et de trois brasseries en Hollande, dont la plus importante d’Europe (Zoeterwoude qui brasse 12 Mhl par an) et celles de Den Bosch et Wijlre, Heineken ne remet pas en cause son implantation nordiste. « Notre présence dans le nord de la France est à la fois historique et stratégique », a souligné Frans Eusman. C’est en 1986 qu’Heineken a racheté la brasserie Pelforth qui bénéficie d’excellents accès par autoroute et par fer lui permettant l’optimisation de ses approvisionnements (que ce soit en malt ou en « boîtes » provenant de Dunkerque et de Pologne). Un avantage logistique qui permet à Heineken de desservir ses marchés de la grande région Nord et de l’Ile-de-France et d’exporter dans le nord de l’Europe !