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France et Italie doivent être soudés pour faire valoir les valeurs de l’origine

En plein débat sur le Livre vert, nous avons sollicité le ministre italien de l’Agriculture Luca Zaia pour connaître les positions de l’Italie, un allié traditionnel de la France sur les questions de qualité. Si, sur la plupart des sujets, les positions sont très proches, on note néanmoins quelques différences subtiles.

LM : Existe t-il un consensus des différents États membres sur le Livre vert ? Le clivage Europe du Nord/Europe du Sud est-il une réalité ?

Luca Zaia :L’objectif du Livre vert sur les politiques de qualité, qui a été présenté officiellement à la mi-octobre, est de stimuler le débat parmi les États membres. La Commission a entamé un parcours de consultations avec les partenaires sociaux et les États membres, pour identifier les lignes stratégiques et les propositions existantes. L’Italie est très attentive à ce parcours, parce que nous sommes sûrs que des politiques de qualité, pourra et devra venir la réponse adaptée au défi des marchés globaux, dans le cadre des nouveaux accords internationaux et de la prochaine PAC. Dans ce tableau, il y a sans doute des divergences d’intérêts économiques et d’approche culturelle parmi les États membres, mais je suis certain qu’avec un attentif travail diplomatique et technique, la position de l’Italie et des pays méditerranéens - centrée sur l’origine, le lien avec les traditions et le territoire, la qualité certifiée avec un rôle de garantie assigné aux institutions et pas seulement au secteur privé-, on pourra trouver un consensus croissant avec certains pays, de nos jours plus sceptiques.

LM : Quelle est la position de l’Italie face à la proposition de la Commission de créer un nouveau label basé sur le bien être animal ou l’environnement ?

L.Z : Aujourd’hui, l’Italie pense qu’il est important de renforcer les moyens actuels, qui trop souvent sont limités et « usurpés » ou qui ne sont pas adaptés au marché. Avant d’introduire de nouveaux labels, il faut vérifier exactement s’ils répondent aux exigences concrètes des consommateurs, et s’ils peuvent être compris. C’est pour cela, que l’Italie est opposée à la proposition du label « Made in EU ». Pour faire connaître les conditions minimales requises en Europe, il faut faire des campagnes d’information et d’éducation alimentaire. Cela n’empêche pas d’encourager l’introduction de caractéristiques et conduites vertueuses y compris liées au bien-être animal et à l’environnement dans les règlements des produits de qualité.

LM : Quelle est la position de l’Italie sur la « spécialité traditionnelle garantie » ? Aménagement ou disparition ?

L.Z :C’est réducteur de juger l’avenir des STG seulement par le peu d’intérêt suscité jusqu’à présent. Je pense qu’une erreur a été commise dans le projet initial des STG ; le débat sur le livre vert doit permettre de reprogrammer ce moyen. Nous pensons que les STG doivent devenir un outil apte à répondre à la problématique des produits traditionnels liés à l’artisanat et à la petite industrie alimentaire et doivent pouvoir constituer une nouvelle opportunité pour soutenir le développement des territoires.

LM : Quel avenir pour les petites IG (AOP ou IGP) car la Commission trouve qu’il y en a trop ?

L.Z : Nous ne devons pas juger a priori qu’il y en a trop. Leur nombre actuel fait apparaître l’absence, au niveau communautaire, de moyens de reconnaissance des spécificités géographiques adaptés aux petites unités de production locales. Pour cette raison, l’Italie est en train de promouvoir la définition d’une voie institutionnelle distincte de la protection internationale et fondée sur des procédures et des critères simplifiés pour les productions locales traditionnelles. Cela pourrait constituer, pour beaucoup de dénominations, une alternative aux exigences des AOP-IGP.

LM : L’Italie souhaite-t-elle un programme de communication européen sur la définition des AOP et IGP ?

L.Z : L’Italie est déjà activement engagée dans l’information de tous les consommateurs sur les AOP-IGP. Celle-ci a été menée aussi bien à travers les actions du ministère, que par l’intermédiaire d’instruments communautaires existants. Toutefois, c’est vrai que la connaissance qu’ont les consommateurs européens des AOP et des IGP est insuffisante. Nous sommes donc favorables à un programme spécifique de l’UE qui diffuse auprès du public la valeur de ces dénominations.

LM : Quels sont les espoirs de voir se concrétiser, un jour, la protection internationale des IG par le biais de l’OMC ?

L.Z : Nous ne savons pas combien d’années seront nécessaires avant d’atteindre le but final. Mais la création du registre multilatéral auprès de l’OMC sera notre objectif prioritaire. Pour cette raison, il faut une action de négociation, forte et soudée, menée par tous les États membres. Nous pouvons atteindre ce but même à travers des étapes intermédiaires, soit dans le cadre l’OMC ou à travers la poursuite des accords bilatéraux.

LM : Quand prévoyez-vous la mise en œuvre du « Livre vert », sachant que la présidence française s’arrête en décembre et que les élections européennes ont lieu en juin ?

L.Z : L’Italie formulera ses positions officielles avant la fin décembre 2008. Nous estimons que jusqu’à la conférence de Prague, qui se tiendra en mars 2009, la Commission travaillera à la définition des préliminaires pour un accord. Dans cette phase, le travail transversal parmi les États membres sera indispensable, pour converger vers des positions et projets communs. Je crois que l’on pourra aboutir à la définition des conclusions et aux démarrages opérationnels avant la fin de la présidence tchèque.

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