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Export : les ambitions face à la réalité du terrain

À Lyon, le 30 janvier, Nicole Bricq et Guillaume Garot ont détaillé les différents dispositifs pour accompagner les IAA tricolores à l'international. Les entreprises présentes, elles, se sont montrées plutôt sceptiques sur l'aide réellement apportée par l'État.

Une balance commerciale excédentaire de 12 milliards d'euros et 60 milliards de chiffre d'affaires : l'agroalimentaire se positionne à la deuxième place des industries tricolores exportatrices derrière l'aéronautique. « Un fleuron économique et industriel précieux pour relancer l'économie française », aux yeux de la ministre Nicole Bricq, mais qui cache de grandes difficultés. En effet, si l'on soustrait de l'équation les vins et spiritueux, la balance commerciale reste déficitaire.

C'est pour soutenir cette filière d'excellence que les ministres du Commerce extérieur et de l'Agroalimentaire ont annoncé un plan de soutien à l'export pour 250 entreprises spécialisées en agroalimentaire, le 30 janvier dernier à Lyon. « Nous avons tous de gros efforts à fournir. Sur les 13 000 IAA françaises, seulement 450 ont une activité à l'international. En Rhône-Alpes, deuxième région productrice de denrées alimentaires, seulement 3 % des IAA exportent. Notre ambition est donc de simplifier la vie des chefs d'entreprises en mettant à leur disposition des soutiens techniques », déclare Nicole Bricq.

Concrètement, l'État va mettre en place plusieurs outils pour les aider dans leurs démarches : un accompagnement personnalisé par Ubifrance, des plateformes régionales d'aides administratives et commerciales, et un nouveau service en ligne baptisé « Exp@don 2 », qui devrait être complètement opérationnel début 2015. Ce service permettra aux entreprises d'obtenir des certificats sanitaires en ligne.

Des chefs d'entreprises rhônalpins critiques

Si l'État met le paquet pour impulser les IAA françaises à l'export, sur le terrain, les chefs d'entreprises déplorent les len-teurs administratives, le manque d'aides financières et les lourdeurs de la réglementation française. Plusieurs patrons de Rhône-Alpes étaient présents lors de cette visite ministérielle à Lyon.

Philippe Dumas, président de la coopérative Sicarev (42), spécialisée dans la transformation de viande, enregistre un chiffre d'affaires de 730 millions d'euros dont un tiers à l'export. Il commente : « La France peut se targuer d'avoir de très bons produits, mais nous sommes très peu compétitifs sur le terrain face à des pays en Europe où la main d'œuvre est moins chère. Pour être plus réactif sur les marchés et donc gagner en compétitivité, la règlementation française ne devrait pas aller au-delà de la réglementation européenne ».

Autre doléance de chef d'entreprise : l'accompagnement financier des projets à l'export. C'est le cas, par exemple, de Charles & Alice, implanté dans la Drôme et ” spécialisé dans la transformation de fruits et légumes. L'entreprise réalise un chiffre d'affaires de 135 millions d'euros, dont 15 % à l'export. « Notre prochaine étape de croissance est de franchir le cap des 200 millions d'euros. Pour cela, nous allons attaquer le marché de l'export avec la création d'une usine aux États-Unis cet été. Nous avons déjà restructuré notre capital en septembre en vue de cet investissement. Mais la France peut-elle nous accompagner au-delà de ses frontières ? », s'interroge Thierry Goubault, président-directeur général de Charles & Alice.

Charles & Alice créera une usine aux États-Unis cet été

S'implanter plutôt qu'exporter

Même stratégie chez Eurexia (43 personnes, 24 millions d'euros de chiffre d'affaires), spécialisé dans la charcuterie tranchée, qui ne réalise que 2 % de ses ventes à l'export. Plutôt que d'exporter ses produits à l'étranger, l'entreprise a fait le choix, il y a dix ans, de contourner l'ensemble des problèmes administratifs et financiers français en s'implantant directement en Europe de l'Est, en Pologne. « Aujourd'hui nous envisageons de nouveaux développements vers l'Asie, avec le même type de montage, mais les pays comme la Chine, sont bien plus fermés que l'Europe de l'Est », commente Caroline Liucci, directrice générale de la société.

DES MARCHÉS PROMETTEURS EN 2014

La France exporte l'équivalent de 57,6 milliards d'euros (Mds €) de denrées alimentaires dans le monde, pour une importation de 45,7 Mds €. L'agroalimentaire est donc la deuxième industrie française dont la balance commerciale est excédentaire avec 12 Mds €, derrière l'aéronautique (20,3 M€). Les premiers clients de la France sont, dans l'ordre : l'Allemagne ; la Belgique ; le Royaume-Uni ; l'Italie ; l'Espagne ; les Pays-Bas ; les États-Unis et la Chine. Selon le comité sanitaire et phytosanitaire de FranceAgriMer, les perspectives d'ouverture des marchés les plus prometteuses en 2014 sont l'Afrique du Sud ; l'Australie ; le Mexique ; la Roumanie ; la Turquie et le Vietnam.

Enfin, dans la salle était aussi présent Michel Chapoutier, dirigeant de la maison éponyme, référence dans le domaine viticole en vallée du Rhône, qui a rappelé que pour exporter, il valait mieux former les jeunes commerciaux. « Les grandes écoles de commerce apprennent aux jeunes à diriger, à faire du marketing ou de la finance, mais peu deviennent des vendeurs internationaux. Quant au BTS commercial, il est considéré en France comme une voie de garage. Nous manquons de personnel compétent, motivé et complètement bilingue. », détaille-t-il.

Lancement d'« Up Rhône-Alpes »

Pour aider toutes ces entreprises régionales dans leurs démarches à l'international, la région Rhône-Alpes et la CRCI (Chambre régionale de commerce et d'industrie) viennent de lancer, en collaboration avec l'Erai (réseau de développement à l'international), l'Ardi (Agence régionale pour le développement et l'innovation) et Ubifrance : Up Rhône-Alpes. Il s'agit d'une plateforme qui centralise et mutualise toutes les informations nécessaires à l'exportation : innovation, financement et internationalisation. Up Rhône-Alpes accompagnera les PME et ETI durant 24 à 36 mois.

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