Aller au contenu principal

Étiquetage trompeur : la Cour de justice apporte des précisions

Dans un arrêt du 4 juin dernier, la Cour européenne de justice vient de confirmer que pour apprécier le caractère trompeur d'un étiquetage, le juge doit prendre en compte l'ensemble de ses composantes et pas seulement la liste d'ingrédients.

Une entreprise avait commercialisé une infusion aux fruits dont l'emballage utilisait la mention « aventure framboise-vanille» ainsi que des images de framboises et de fleurs de vanille, mais dont la liste des ingrédients ne contenait ni framboise ni vanille, mais la référence, entre autres, à de l'arôme naturel aux goûts de vanille et de framboise. Une association de consommateurs a considéré qu'un tel étiquetage était trompeur et de nature à induire en erreur le consommateur, et a saisi le juge. Le tribunal régional de Düsseldorf lui a donné raison mais sur recours de l'entreprise, annulant ce jugement. Il a considéré qu'il ressortait de la liste des ingrédients de l'infusion aux fruits, reproduite sur son emballage, que les arômes naturels utilisés ont un goût de framboise ou de vanille. Ce qui, pour ce tribunal, était exclusif d'ambiguïté de ce que les arômes utilisés n'étaient pas obtenus à partir de vanille ou de framboise, mais qu'ils en auraient le goût. L'affaire est ensuite portée devant la Cour fédérale de justice qui décide de poser à la CJUE la question préjudicielle suivante : L'étiquetage et la présentation des denrées alimentaires ainsi que la publicité faite à leur égard peuvent-il suggérer, au moyen de l'apparence, de la description ou d'une représentation graphique, la présence d'un ingrédient déterminé alors qu'en fait, cet ingrédient en est absent et que cette absence ressort uniquement de la liste des ingrédients qui doit figurer sur l'étiquetage ?

Une information loyale et marchande

L'étiquetage d'un produit se fait sous la responsabilité entière de l'opérateur et doit comporter certains éléments obligatoires comme la liste des ingrédients. Il réserve une part d'arbitraire à l'opérateur qui peut y inclure tout élément de son choix pour distinguer ses produits de ceux de ses concurrents. Mais, la création et plus encore l'exploitation d'une étiquette sont gouvernées par un principe général intangible : l'étiquetage doit fournir aux consommateurs une information loyale et marchande et surtout ne pas l'induire en erreur. La jurisprudence française regorge d'exemples de tels visuels stigmatisés par le juge pour leur caractère trompeur. Mais souvent, la liste des ingrédients ne vient pas corriger cette imprécision qui n'est donc mise au jour qu'au prix d'une enquête poussée. Dans le cas présent, nous avions une liste des ingrédients rigoureusement exacte et qui avait d'ailleurs permis à un juge du fond de considérer que cette information était satisfaisante, et d'autres éléments de ce même étiquetage qui invitaient le consommateur à croire que le produit était aromatisé à partir de « vraies » framboises ou de « vraie » vanille. La Cour de justice rappelle tout d'abord, par son arrêt du 4 juin 2015, qu'il est admis en jurisprudence européenne que le consommateur qui souhaite acquérir un produit commence par lire la liste des ingrédients. Pour autant, une autre mention de ce même étiquetage, parce qu'elle comporte un visuel qui va attirer l'œil, peut avoir plus d'incidences dans la décision d'achat que la liste des ingrédients.

LE CABINET LPLG

LPLG Avocats regroupe une dizaine d'avocats et juristes privilégiant la proximité avec leurs clients et la connaissance de leur métier. Outre son activité plaidante, il fournit des conseils juridiques favorisant la prévention par rapport au contentieux et intervient surtout en droit économique (concurrence, distribution, consommation, propriété intellectuelle, contrats…).

Maître Didier Le Goff a développé une compétence générale en droit économique avec une prédilection pour l'agroalimentaire, et s'est aussi spécialisé en droit des marques qu'il enseigne en master II Droit de l'agroalimentaire de l'université de Nantes.

La liste d'ingrédients ne suffit pas

Dans ce cas, la liste des ingrédients, même si elle est exhaustive et exacte, ne suffira pas à corriger de manière suffisante l'impression erronée du consommateur quant aux caractéristiques ou aux propriétés du produit. Il appartient donc au juge national, chargé d'apprécier le caractère éventuellement trompeur d'un étiquetage, de tenir compte de l'ensemble de ces composantes et de l'attente présumée au regard de cet étiquetage d'un consommateur moyen normalement informé quant à l'origine, la provenance ou la qualité de la denrée alimentaire.

Il est donc parfaitement possible qu'une liste des ingrédients exacte ne suffise pas à dissiper une impression d'ensemble qui prête à un produit des qualités qu'il n'a pas. L'exactitude de la liste des ingrédients dans un tel contexte pourrait d'ailleurs être l'indice d'une certaine mauvaise foi.

Les plus lus

représenant de l'UE et du mercosur
Le Mercosur rejette les clauses de sauvegarde pour protéger les agriculteurs

Puisqu’elles ne sont pas dans l’accord conclu entre l’UE et les pays du Mercosur en 2024, les clauses de sauvegarde ne sont…

Œufs : le bond des importations européennes vient d’Ukraine, mais aussi de Turquie

L’évolution des prix des œufs français, au 19 décembre 2025, expliquée par le journal Les Marchés, qui publie trois fois par…

María Marta Rebizo
Agriculture : Que pensent les exportateurs du Mercosur du report de l’accord ?

Les Marchés a recueilli les réactions à chaud des porte-voix des agriculteurs du Brésil et de l’Argentine à l’annonce du…

des conteneurs peints au couleurs du drapeau brésilien sur un quai d'un port de commerce.
Le point sur la "polémique" Hénaff et Terrena : la France importe-t-elle déjà massivement du bœuf et du poulet brésilien ?

C’est la question qui peut se poser après deux faits divers mettant en scène Henaff et Galliance (Terrena). Mais les…

Christophe Pajot
LDC Sablé: croissance des ventes d’élaborés de volaille mais un taux de service à améliorer

Le pôle Terravenir du groupe LDC affiche une bonne croissance de ses ventes d’élaborés de volaille sur 2025, mais aurait pu…

14,7 millions de tonnes de poulet sur le marché mondial en 2026, l'USDA prévoit un nouveau record

Le marché mondial de la volaille devrait poursuivre sa croissance en 2026. La production de poulet atteindrait des niveaux…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio