De Baltard à Gamma 115 en passant par Rungis
« Rungis, c’est aujourd’hui. Et à quelques heures de l’inauguration, tout est officiellement prêt alors que c’est, en fait, la confusion. Les réfractaires sont au pied du mur ; quelques-uns – beaucoup même- ont « raccroché », souvent dans les pires conditions ; certains acceptent maintenant à contrecoeur ce qu’ils appellent leur « déportation » à Rungis. Les autres, les satisfaits de la première heure, sont fin prêts. Dans la mesure, naturellement, où leurs locaux sont agencés, leurs frigos en place, la climatisation convenablement réalisée, les points d’eau suffisants ; dans la mesure où les téléphones et les télex sont en bon état de fonctionnement ; dans la mesure où les voies d’accès sont praticables, et les parkings accessibles (à tous points de vue) ; dans la mesure enfin, où ils ne se posent pas trop de question. Car Rungis leur coûte cher, très cher. Et quelle que soit la compréhension dont font preuve les établissements de crédit, il faudra bien un jour rembourser les sommes investies dans ces installations ultramodernes ; et d’ici là, payer les loyers (à titre indicatif, le loyer d’un magasin coûte 132 F le m2, celui d’un bureau 103 F, celui d’un sous-sol 66 F, tous les frais d’agencement étant à la charge du locataire), acquitter les impôts et taxes diverses, régler les intérêts des prêts, faire face à toutes les charges annexes afférentes au fonctionnement du nouveau marché. Il faudra, pour cela, multiplier par X… le chiffre d’affaires que l’on réalisait dans les bons vieux pavillons des Halles où les droits d’abris étaient si abordables, et les frais accessoires si minces. Beaucoup de grossistes, mandatés, négociants, devant cette situation nouvelle, se sont groupés ; cette fusion met dans un même creuset leurs marchandises, leurs expéditeurs, leurs personnels et leurs frais divers ; et aussi leur clientèle. Mais quelle sera, justement leur clientèle de demain ? Et qui leur fournira les débouchés supplémentaires qu’ils escomptaient pour accroître leurs recettes ? »