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Céréales : « la régulation est plus que jamais nécessaire »

Selon Philippe Mangin, le yoyo des céréales rend plus nécessaire que jamais les outils communautaires de gestion de marché. Une étude est lancée sur la manière d'amortir ces chocs pour les coopératives et leurs adhérents.

LM : Après les pics atteints lors de la campagne 2007-2008, la conjoncture céréalière s’est brutalement retournée l’été dernier. Les prix atteignent désormais des seuils critiques, en blé comme en maïs (lire notre analyse du marché). Comment expliquez-vous ces phénomènes ?

PM : La volatilité des prix des céréales ne cesse en effet de se confirmer. Ces évolutions erratiques ne s’expliquent pas seulement par l’état de l’offre et de la demande à un moment donné mais aussi, indéniablement, par des positions spéculatives. C’est l’évidence sur le marché de Chicago. Pendant une période, les volumes échangés ont doublé et presque triplé par rapport à la normale. Avec le recul, on peut dire que, de la même façon que la hausse était exagérée, la baisse de ces derniers mois l’est aussi, par les mêmes phénomènes spéculatifs.

LM : Quel rôle les coopératives peuvent-elles jouer pour en lisser les conséquences sur leur activité, sans remettre en cause le revenu de leurs adhérents ?

PM : La gestion et la maîtrise des risques sont devenus des casse-tête pour les coopératives. Le prix d’acompte versé en début de campagne est devenu de plus en plus compliqué à fixer (Ndlr : les prix fixés en septembre sont d’ores et déjà supérieurs à ceux du marché « spot »). Les organismes stockeurs (OS) sont de plus en plus nombreux à sécuriser leurs prix de vente sur le Matif. Mais il faut avoir pour cela des compétences pointues et une certaine assise financière. Cette insécurité de plus en plus grande met à l’ordre du jour de nouveaux rapprochements entre coopératives, car la crise financière actuelle ne va pas améliorer les choses. Des réflexions sont en cours actuellement entre plusieurs groupes du secteur céréalier. A l’avenir, on voit bien que certains financiers préfèreront spéculer à nouveau sur les matières premières, y compris agricoles, plutôt que sur l’immobilier ou sur les marchés d’action. C’est un secteur qui leur paraît naturellement moins « virtuel ».

LM : Dans ce contexte, quels sont les mécanismes qui permettraient de sécuriser financièrement les coopératives et leurs adhérents ?

PM : Nous menons actuellement une étude sur le sujet, que nous présenterons en novembre, avant le congrès de Coop de France.

LM : Devrait-on interdire aux fonds d’investissements d’intervenir sur le marché des matières premières agricoles, comme certains l’ont évoqué ?

PM : Non, de toute façon, je ne crois pas qu’on le puisse. Ce que je pense en revanche, si l’on doit parler d’intervention des pouvoirs publics, c’est que la situation actuelle rend plus que jamais utiles des filets de sécurité qui ont été abandonnés ces dernières années. Des mécanismes comme l’intervention doivent être maintenus, plutôt que des aides à la production. A la veille de la réforme de la PAC, il est important de dire que ces instruments sont légitimes.

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