Céréales : des Français investissent à l'Est
L’Europe de l’Ouest n’est plus porteur ? Qu’à cela ne tienne, AgroGénération, société française « de production de matières premières agricoles » créée en 2007, s’est lancée dans la production agricole à l’Est. Elle a acheté 30 000 hectares répartis en quatre fermes en Ukraine : deux en nom propre et deux en partenariat avec Champagne céréales qui y produit notamment de l’orge pour sa filiale Malteurop. « Notre objectif est de parvenir assez vite à 150 000 hectares en Ukraine »précisait son directeur général, Charles Vilgrain lors de la session matières premières organisée par l’Aftaa, le 2 décembre. Il a créé cette société de production de matières premières agricoles début 2007 avec Pierre-Antoine Grislain, ancien secrétaire général de Total Raffinage-Distribution, et ancien dirigeant de Casino et Beghin-Say.
Le conseil de surveillance est présidé par Charles Beigbeder, président de Powéo (énergie) et du courtier en ligne Selftrade. Leur volonté est de remettre en culture des terres non -ou mal- exploitées pour y produire des céréales et des oléagineux, puis, dans un second temps, de développer la production de matières premières à destination d’usages non alimentaires (énergie, chimie verte). Ils sont notamment épaulés par Olivier Tonneau (directeur de la stratégie) et Pierre Bordenave (agronome, directeur de la production agricole qui a travaillé chez Ralston Purina et Roullier).
Objectif : des centaines de milliers d’hectares
L’entreprise voudrait, à l’horizon 2013, exploiter plusieurs centaines de milliers d’hectares. Ils devraient se répartir entre une centaine de fermes de 5 000 hectares minimum chacune, dans 4 pays (notamment le Kazakhstan) pour une production annuelle cible de 1,5 million de tonnes de céréales et d’oléagineux. Les dirigeants misent aussi sur le développement du jatropha en Afrique, en partenariat avec le Cirad. Cet arbuste oléagineux (35 % d’huile dans les graines) pousse dans les régions tropicales et subtropicales, sur des sols trop arides et trop pauvres pour les cultures vivrières, et présente un très bon potentiel de transformation en biodiesel.
Une ferme type compte 25 salariés locaux (dont 4 gardiens) dirigés par un agriculteur occidental. Les cultures se succèdent : orge de printemps, colza d’hiver, blé d’hiver et maïs. Les principes du développement durable permettent de minimiser les intrants grâce à cet assolement (gains d’apport en azote pour le blé suivant le colza) et de limiter les superpositions entre les dates de semis et les dates de récolte. « Le développement durable n’est pas un vœu pieux mais une réalité économique : l’agriculture ukrainienne doit être rentable sans subvention et sans être aussi intensive qu’en Europe de l’Ouest » souligne Charles Vilgrain. La question de la sécurisation des débouchés est cruciale : sans être impliquée dans le stockage et la logistique, la société sécurise néanmoins certains de ses débouchés en contractualisant par exemple pour l’orge de brasserie avec Soufflet. Mais cette première année de fonctionnement ne sera pas forcément représentative : ainsi sur les 5 000 t d’orge de brasserie produites, 3 000 ont été déclassées.