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Camembert AOC : Lactalis déterre la hache de guerre

En évoquant la contamination de fromages fabriqués par Réaux, réfutée par l'entreprise incriminée, le groupe mayennais relance le débat sur le lait cru. La polémique n’a pas fini de s’éteindre.

Lactalis vient de rouvrir brutalement le dossier du lait cru dans un mouvement qui ressemble à s’y méprendre à un règlement de comptes. Le 26 mars, le groupe lavallois a informé la DGAL qu’il avait découvert la présence de bactéries pathogènes dans des camemberts au lait cru fabriqués par la concurrence. Ces bactéries seraient « du même sérotype que celles qui avaient provoqué l’hospitalisation d’enfants il y a 3 ans » cite Lactalis. Cette formulation anxiogène vise certains produits de la fromagerie Réaux à la DLUO fixée au 20 mars, et qui ne sont donc plus en vente depuis plusieurs jours. Aucune entreprise n’a été nommément citée par Lactalis, mais les pouvoirs publics l’ont fait, afin d’identifier les fromages et de permettre de ramener en magasin ceux qui ne seraient pas encore consommés, « à titre de précaution ». Bertrand Gillot, directeur général de Réaux a indiqué aux Marchés que cette manœuvre ressemble « évidemment » à un règlement de comptes, alors que la filière du camembert AOC a maintenu l’utilisation du lait cru dans le processus de fabrication, au grand dam de certains industriels comme Lactalis. « Toutes nos analyses internes (autocontrôles) ont montré que le lot de fromage incriminé est conforme aux normes, y compris sur les échantillons ayant la DLUO concernée » poursuit le dirigeant, qui a reproduit sur son site internet les attestations de conformité délivrées par les laboratoires Asept et AQCM.

La fromagerie Réaux, à qui la DGAL a indiqué n’avoir aucun retour d’éventuels troubles digestifs, s’étonne que Lactalis contacte les autorités au sujet de ses concurrents, et se demande notamment « pourquoi les analyses de Lactalis sont non conformes alors que toutes les analyses réalisées par la Fromagerie Réaux et transmises aux autorités sont conformes ? ». « Comment se fait-il que Lactalis ait alerté les autorités seulement au moment où ces fromages n’étaient plus commercialisés, rendant alors impossibles de nouveaux tests ? Pourquoi Lactalis n’a pas transmis ses informations immédiatement aux autorités mais a attendu 14 jours, alors que selon lui la sécurité des consommateurs était en jeu ? » poursuit-on chez Réaux.

Évolution des contrôles

Par la voix de Luc Morelon, le leader européen du fromage (qui réclame le passage au lait thermisé pour l’AOC) justifie cette alerte auprès de la direction générale de l’alimentation par l’impossibilité de maîtriser totalement le risque bactériologique avec le lait cru. « Cela fait un an que nos concurrents déclarent qu’ils savent le faire, nous nous contentons de vérifier» pointe M. Morelon, pour qui les mêmes défenseurs du lait cru « utilisent la pasteurisation pour les autres AOC normandes comme le Livarot et le Pont l’Évêque sans y voir, comme pour le camembert, une rupture du lien au terroir ».

Après l’épisode du lait, la bataille autour du camembert AOC pourrait dorénavant se déplacer sur le terrain des contrôles, actuellement réalisés sur le produit fini. Bertrand Gillot a indiqué que l’organisme de défense et de gestion du camembert AOC réfléchissait à des contrôles en amont pendant la fabrication. Ce volet aurait « de bonnes chances d’aboutir » compte tenu de la volonté de l’Inao d’avancer rapidement sur le camembert AOC, régulièrement mis sur le devant de la scène depuis qu’Isigny et Lactalis sont sortis de l’AOC. Mais ces contrôles constituent une autre pomme de discorde entre les opérateurs. « Il peut toujours y avoir un problème de contamination sur le lieu de production » juge Luc Morelon, pour qui la vérification en amont n’est pas une garantie assez sûre. « Il n’y a qu’une seule vérité, c’est celle du produit fini » indique le directeur des relations extérieures du groupe, confirmant s’il en était besoin le dialogue de sourds dans une filière ou l’affrontement est latent. Du côté du ministère de l’Agriculture, le sujet est tellement sensible qu’il n’a été évoqué que sur le site internet de la rue de Varenne. Les services de Michel Barnier ont peut-être voulu éviter de braquer les projecteurs sur des résultats d’analyses diligentés par un concurrent direct de Réaux. Dans un mois, quand la lumière aura été faite sur ce dossier, les noms d’oiseaux risquent de voler lors du festival des produits AOC en Normandie, les 3 à 4 mai à Cambremer...

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