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Anne-Laure Gaffuri

Les Marchés : Est-il souhaitable que l’offre biologique se développe autant en France, sachant que la production ne suit pas ?

Anne-Laure Gaffuri : La demande de produits biologiques augmente chaque année de 10 % depuis 6 ans, tandis que les surfaces cultivées en agriculture biologique stagnent à 2 % de la surface agricole utile (SAU). C’est problématique car nous sommes obligés d’importer 50 % des produits consommés. Il faut plus de volonté des pouvoirs publics en France. De pionnière dans les années 1980, elle est aujourd’hui très loin de l’Autriche (13 % de la SAU), de l’Italie (9 %) ou de l’Espagne qui exporte plus qu’elle ne consomme.

LM : La nouvelle réglementation européenne ne risque-t-elle pas de créer une « bio » à deux vitesses ?

A.-L. G. : Dans la nouvelle réglementation biologique entrée en vigueur au 1 er janvier 2009, les fondamentaux de la bio sont maintenus. Mais le règlement est insuffisant par rapport aux attentes des consommateurs. Les professionnels et consommateurs ont notamment fortement réagi au seuil de tolérance de présence fortuite de 0,9 % d’OGM dans les produits bio. Cela revient à accepter la coexistence des cultures biologiques et OGM, or nous savons que nous ne pouvons pas contrôler les disséminations. Que se passerait-il si ce seuil était relevé de nouveau ? L’association Alternative Bio 2009 veut défendre une agriculture biologique cohérente, s’appuyant sur la réglementation européenne et en y ajoutant des critères issus de l’ancien cahier des charges AB, dans une démarche de progrès social et environnemental.

LM : La France a-t-elle les moyens de rattraper son retard ?

A.-L. G. : En France, nous pourrions atteindre le niveau d’autres pays européens, mais il faut une véritable volonté des pouvoirs publics et en particulier des syndicats agricoles dominants. Pour que les agriculteurs conventionnels se convertissent en bio, il faut plus que des mesures comme le déplafonnement des aides et le crédit d’impôt. C’est tout un ensemble de pratiques à modifier en profondeur, et notamment l’utilisation de produits phytosanitaires, fortement encouragée par leurs fabricants et malheureusement encore systématique dans l’agriculture conventionnelle.

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