Accords de modération des marges : « Ce mécanisme n’enthousiasme personne », estime Daniel Sauvaitre d'Interfel
Pour le président d’Interfel, Daniel Sauvaitre, les accords de modération des marges n’ont que peu d’effets. Il mise plutôt sur un travail en amont et des mobilisations collectives pour anticiper ou surmonter les crises. Interview.
Pour le président d’Interfel, Daniel Sauvaitre, les accords de modération des marges n’ont que peu d’effets. Il mise plutôt sur un travail en amont et des mobilisations collectives pour anticiper ou surmonter les crises. Interview.
« Toute notre stratégie, explique à Réussir Fruits et Légumes Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, vise à éviter, en amont, le déclenchement du mécanisme de modération des marges. Celui-ci n’enthousiasme personne et il n’est pas suffisant pour amener les consommateurs au rayon et faire remonter les prix. Mais je n’en tire pas la conclusion qu’il faudrait le rendre plus contraignant, et je n’invite pas non plus les opérateurs à perdre trop de temps à rechercher des améliorations. »
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Mieux voir venir les crises
« Si la notification de crise conjoncturelle permet d’objectiver les crises, nous devons être en alerte permanente pour voir venir ces crises. L’idée est de mobiliser tout le monde, quand se profile une production forte et, de l’autre côté, une consommation un peu difficile, en raison par exemple de l’extrême météo-sensibilité à la vente comme à la production. Interfel est ainsi beaucoup plus mobilisée sur le fait de favoriser des actions volontaires en dehors du dispositif de modération des marges. »
Un exemple de solidarité en légumes bretons
« Cet hiver, on a vu ce chaînage de solidarité fonctionner quand les Bretons ont annoncé une difficulté en chou-fleur, en poireau [deux légumes par ailleurs déclarés en crise conjoncturelle cette campagne]. La distribution a pris le sujet à bras-le-corps, sans passer par la modération des marges. On l’a vue dire : “Je vais faire tout ce que je peux pour promouvoir ces produits”. C’est ça qui marche : une réactivité collective entre producteurs, grossistes et distributeurs. La formation des prix est d’une telle complexité qu’on ne peut pas avoir des réponses standards, il faut des hommes et des femmes à tous les étages, qui connaissent les produits. »
Des échanges constants entre acteurs
« En cas de crise, nous adressons des communications aux consommateurs, par exemple via des campagnes radio portant sur au moins deux fruits ou légumes, car l’interprofession n’a pas vocation à s’immiscer dans le marché d’un produit en particulier. Surtout, on constate à quel point il est efficace de consacrer tous les moyens possibles à multiplier les échanges et les alertes entre les différents acteurs pour qu’ils soient mobilisés. Ce travail d’animation est moins spectaculaire qu’un chèque de 150 000 euros pour un spot radio, mais c’est très important. Plus généralement, il n’y a pas de meilleure façon d’améliorer un marché que d’avoir des producteurs très organisés. »