Le troupeau de blondes d’Aquitaine d’Amélie Legroux et Sébastien Duant vêle sur deux périodes : le printemps et l’automne. Dans l’optique de supprimer les vêlages de printemps, ils misent sur les semences sexées afin d’obtenir davantage de femelles à mettre à la reproduction en hiver.
Au Gaec des Blondes, dans les Ardennes, Amélie Legroux et Sébastien Duant élèvent une centaine devaches blondes d’Aquitaine et leur suite en système naisseur-engraisseur. Les mâles sont conduits en taurillons, les génisses vont soit pour le renouvellement, soit pour la vente directe en caissettes ; environ 25 bêtes sont vendues en caissettes par an, génisses ou jeunes vaches de moins de 6 ans.
Le couple gère deux périodes de vêlage : une principale, entre septembre et décembre, où vêlent 80 % des vaches, inséminées. Une autre, au printemps, entre mars et juin, pour les 20 % restants, au taureau. « Nous aimerions faire disparaître les vêlages de printemps », expliquent les éleveurs.
« Le mieux serait d’avoir des vêlages du 15 septembre au 15 novembre, ce serait intense, mais ensuite, ce serait fini. Et puis, quand on est dedans, on est dedans », précise Amélie Legroux.
Des veaux d’automne plus calmes
Les éleveurs voient des avantages aux vêlages d’automne : des interventions plus faciles à réaliser en bâtiment sur les jeunes veaux, et surtout des veaux plus faciles à canaliser, pour des éleveurs chez qui le tempérament calme est un critère de sélection important. « Les veaux d’automne, on est tout le temps avec eux, indique Amélie Legroux. Au sevrage, je passe au moins trente minutes matin et soir avec les broutardes. Je m’assois, je reste. » Ensuite, l’éleveuse fait suivre un seau de granulés aux quarante broutardes. « Je deviens leur repère, je les connais toutes. Après, c’est plus simple pour gérer les changements de parcelle dans notre système de pâturage tournant, mais aussi pour les inséminer. C’est un gain pour toute la carrière », renchérit l’éleveuse.
Supprimer les vêlages de printemps, c’est aussi pour les éleveurs le moyen d’arrêter de recourir aux taureaux. « Nous avons eu des déboires par le passé avec des taureaux qui ont dégradé les index du troupeau, notamment la production laitière. Les veaux ne poussaient pas. Nous préférons recourir à l’IA », explique Amélie Legroux.
Seulement voilà, pour l’instant, les éleveurs n’arrivent pas à augmenter le nombre de vêlages d’automne. Alors l’année dernière, les éleveurs ont décidé de mettre en place une nouvelle stratégie : utiliser des semences sexées pour obtenir davantage de femelles lors des vêlages d’automne et, à terme, plus de femelles à mettre à la reproduction pour cette période.
« Aujourd’hui, nous subissons le fait de n’avoir pas assez de femelles, il nous manque de la marge de manœuvre pour atteindre nos objectifs », estiment Sébastien Duant et Amélie Legroux.
40 génisses et vaches inséminées en sexé
Quarante doses sexées ont été utilisées, sur presque toutes les génisses, et quelques vaches. Lorsqu’il y a eu des retours en chaleur, le couple est passé en semences conventionnelles, à la fois pour une question de coût, les semences sexées sont environ deux fois plus chères que des semences conventionnelles, et pour ne pas perdre de temps, car leur période de reproduction est serrée.
Malheureusement, les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du couple. À l’issue des 40 inséminations en semences sexées, seules 14 femelles portaient un veau. Un chiffre en deçà des 50 % de réussite généralement observés.
« Il faut dire que cet hiver a été un peu particulier, précise Sébastien Duant. Les vaches ont eu des poux, et nous ne nous en sommes pas rendu compte tout de suite. Elles se chevauchaient, nous pensions qu’elles étaient en chaleur, mais il est probable que certaines cherchaient juste à se gratter, ce qui peut expliquer des échecs des premières inséminations, et donc, des semences sexées. »
Les éleveurs se demandent également si la FCO, qui les a durement touchés en 2024, n’a pas encore entraîné des répercussions sur la campagne d’insémination 2025-2026.
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Malgré ce revers, le couple ne baisse pas les bras, et compte réitérer l’expérience l’année prochaine. « Nous travaillons aussi avec un vétérinaire-conseil pour identifier d’éventuelles pratiques à améliorer », indique Amélie Legroux. Gestion du parasitisme, prépa vêlage ou prépa repro, rien n’est laissé de côté.
Transmettre un bon troupeau
Et si la gestion des périodes de vêlage est la raison principale du recours aux semences sexées femelles, il en existe une autre : avoir davantage de choix pour le renouvellement du troupeau. « Pour moi, plus on a de femelles, plus on a envie d’avoir des vaches, explique Sébastien Duant. Une de nos filles souhaite s’installer. Nous voulons lui transmettre un troupeau calme, avec un bon potentiel génétique ; qu’elle puisse ensuite faire ses choix dans le renouvellement. »
Les 14 vaches dont l’insémination en semences sexées a fonctionné devraient donner naissance à 90 % de génisses, une première étape à conforter dans les années à venir.
Fiche élevage
Gaec des Blondes à Givron (Ardennes)
90 vêlages par an en race blonde d’Aquitaine
85 % d’IA
379 jours d’IVV moyen
1,47 IA/IF pour les vaches ; 1,66 pour les génisses (campagne 2025-2026)
3 ans au premier vêlage
180 ha de SAU, dont 155 ha d’herbe et 25 ha de cultures, principalement autoconsommées
« Cela fait une dizaine d’années qu’Amélie et Sébastien ont recours à l’insémination pour la quasi-totalité de leur troupeau. La reproduction est bien gérée, avec des échographies tous les 15 jours en hiver. Ils arrêtent les inséminations au 15 mars, le dernier lot est échographié le 15 février, et pour donner une dernière chance aux vaches vides, ils font une synchronisation de chaleurs, suivie d’une dernière dose d’IA. La stratégie d’utiliser davantage de semences sexées est cohérente avec leur objectif d’avoir plus de femelles nées à l’automne, plus dociles. Sur génisses, favoriser des femelles devrait aussi signifier de plus petits veaux et donc des vêlages plus faciles. »