Mylène et Cédric Sanial valorisent 130 hectares sur deux sites, l’un dans le Velay et l’autre dans le Mézenc, avec un troupeau de 70 vaches conduit en bio. En pointe sur la génétique sans cornes en race limousine, ils vendent des reproducteurs. La vente directe est l’autre pilier du système.
« Notre système d’élevage est basé sur la cohérence entre le fourrage produit et les besoins du troupeau », présentent Mylène et Cédric Sanial du Gaec Limousine safranée à Saint-Germain-Laprade, en Haute-Loire. Les éleveurs travaillent sur deux sites, l’un à 750 mètres d’altitude, près du Puy-en-Velay, avec le bâtiment construit en 2007 qui loge tout le troupeau en hiver, et l’autre dans le massif du Mézenc entre 1 200 et 1 300 mètres d’altitude. Une partie du troupeau y pâture de fin mai à, en général, début novembre et 20 à 25 hectares de foin y sont récoltées en balles rondes. « Le fait d’être sur deux sites est un atout pour le décalage des pousses de l’herbe, qui peut allonger le pâturage et étaler la récolte du foin. » Bien que les prairies soient situées dans l’aire géographique de l’AOP « fin gras du Mézenc », le Gaec n’a pas accès à cette filière, car les bovins n’y sont pas hivernés. « On estime que la distance de 25 km entre les deux sites nous coûte l’équivalent d’un mi-temps en temps de travail sur l’été, parce qu'on y va tous les jours, et cela fait donc augmenter les frais de structure. »
Mylène et Cédric Sanial font partie d’un groupement d’employeurs, et un salarié est avec eux 40 heures par mois, soit un jour et demi par semaine sur l’année. « On peut partir ces jours-là, et on s’arrange avec les autres employeurs pour pouvoir grouper des jours de travail et partir une semaine entière plusieurs fois dans l’année. »
Pour donner de la souplesse au système d’élevage par rapport aux ressources fourragères, mais aussi pour répartir les ventes de viande de veau en direct plus facilement sur l’année, et réduire les risques sanitaires, les 75 vêlages sont calés sur deux périodes. Ils se partagent entre mi-août à mi-octobre et mi-mars à mi-mai. Toute l’alimentation est basée sur le foin de prairies naturelles. Il est complémenté avec du méteil grain, cultivé sur 7 à 10 hectares (épeautre triticale orge blé pois avec un rendement autour de 35 q/ha). La culture de lin oléagineux (22 % MAT et 1,45 UFV) est en essai sur 1 hectare depuis deux ans pour entrer dans les rations d’engraissement sous forme aplatie à raison de 500 grammes par jour. « Nous pensons essayer une année de plus, car un éleveur pas très loin de chez nous a des rendements de 2 tonnes par hectare en bio. » Il y a environ 200 euros de semence à l’hectare et la récolte est réalisée par une entreprise. Les éleveurs achètent 10 à 12 tonnes d’aliment par an, dont les deux tiers sont un correcteur à 30 % MAT qui est distribué aux reproducteurs surtout, et un tiers est un aliment pour les petits veaux les années où la récolte d’épeautre n’est pas suffisante. Vingt-cinq à quarante tonnes de paille sont achetées, en local ou un peu plus loin, sans difficultés particulières jusqu’à présent.
Mylène et Cédric Sanial ont fait le choix fort d’investir en 2019 dans un séchoir à foin en vrac. L’air se réchauffe naturellement sous la toiture. Le foin est ramassé à l’autochargeuse et trois cellules (2 300 m³ soit environ 250 tMS stockées) permettent de trier selon leurs qualités (premières coupes de prairies naturelles, premières coupes de prairies temporaires et les coupes les plus haut de gamme dont les deuxièmes coupes). Cette année, les premières coupes sont intervenues entre le 20 et le 27 avril. « Le foin en vrac a une valeur alimentaire bien supérieure à celle d’un foin stocké en balles rondes et un fourrage de pH 6,2, exactement celui du rumen », explique Cédric Sanial. Depuis 2008, les deux éleveurs se forment sur l’approche globale de la santé sol, fourrage, troupeau avec Pierre-Emmanuel Radigue. « Notre réflexe est de chercher d’où vient tel problème et d’agir pour faire évoluer continuellement notre façon de travailler. » Ils ont acquis des connaissances sur l’ostéopathie, l’acupuncture, la géobiologie, les micro-organismes efficaces ou EM… « Beaucoup de nos choix sont faits pour favoriser le bien-être animal. » Ils ont aussi choisi de passer au bio en 2010. C’était un défi technique toujours dans leur logique de cohérence entre productions végétales et productions animales. Cela a aussi été un levier pour la vente directe. « Avec le bio, on a la certification UE qui donne accès à certains débouchés. Ici, les collectivités territoriales sont engagées dans la démarche 'territoire bio engagé' », relève Mylène Sanial. Le bio est aussi différenciant sur le marché des reproducteurs : 40 à 50 % de leurs animaux partent dans des élevages bio. « Des repros élevées en système bio s’adaptent probablement mieux à leurs conditions d’élevage. »
Le Gaec qui est à la pointe de la génétique limousine sans cornes (voir ci-dessous) vend chaque année pour l’élevage une dizaine de vaches pleines ou vêlées, parfois des génisses d’âge divers selon les demandes, ainsi qu’une vingtaine de mâles pour la reproduction. Des semences sont aussi proposées et peuvent, certaines années, apporter un chiffre d’affaires important. Elles représentent un bon levier de rentabilité malgré des frais élevés, pour l’étranger notamment.
L’autre débouché du Gaec est la vente directe de 25 bêtes par an – vaches de réforme et veaux rosés âgés de 6 ou 7 mois, sous la mère sans tantes, avec accès à du foin et des céréales. « On travaille avec un petit abattoir de proximité, à Yssingeaux, et on loue à la journée l’atelier de découpe du lycée agricole George Sand à Yssingeaux, qui emploie des bouchers. » Les éleveurs participent au conditionnement. « On sert la cantine de notre commune, une Amap, beaucoup de particuliers, une moyenne surface spécialisée bio… Deux types de colis sont proposés : un estival et un hivernal », détaille Mylène Sanial. « Mes parents faisaient de la vente directe de produits laitiers, et dès l’installation on avait le souhait de s’émanciper de l’aval le plus possible pour maîtriser nos débouchés », explique Cédric Sanial.
Dans cette optique, du safran avait été planté – 10 000 bulbes sur 1 500 m2 – mais il y a trois ans, il a été détruit en deux nuits par des sangliers sans que depuis, une solution pour relancer cette activité ne se présente. « Le système est loin d’être parfait et une perpétuelle remise en question est nécessaire, les prochains chantiers : amélioration des quantités et de la qualité physique de l’eau d’abreuvement. »
Approche globale sol, fourrage, santé du troupeau
Fiche élevage
70 vêlages
131 ha en deux sites dont 113 ha de prairies naturelles, 9 ha de luzerne et 9 ha de méteil grain
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Philippe Halter, conseiller bovins viande et animateur filière viande bovine de la chambre d’agriculture de Haute-Loire : « Le séchoir a trouvé sa place »
« Le Gaec Limousine safranée obtient de très bons résultats économiques. Les frais d’élevage et charges de structure sont élevés, mais la recherche de plus-value permet de les dépasser. La double période de vêlages sécurise le système par rapport aux aléas climatiques, sanitaires et économiques, et permet un premier vêlage à l’âge de trente mois. Le niveau d’autonomie alimentaire est haut, à hauteur de 90 % de la production brute de viande vive, avec plus de 4 tMS/UGB stockées en moyenne de 2020 à 2024 (alors qu’elles étaient de 2,66 tMS/UGB les 5 années antérieures). La mise en route du séchage en grange a coïncidé avec une année de récolte importante, et par rapport au potentiel fourrager de l’exploitation, les années très sèches se sont bien passées jusqu’à présent. La rentabilité du séchage en grange qui a remplacé l’ensilage et l’enrubannage se retrouve à travers la qualité du fourrage et le niveau d’autonomie.
Le troupeau présente une bonne productivité numérique (IVV moyen de 369 jours, taux de mortalité des veaux de 8 %) et la production brute de viande vive était de 342 kgV/UGB en 2024. »
Créer de nouvelles lignées sans cornes en race limousine
Au Gaec Limousine safranée en Haute-Loire, 100 % des accouplements sont construits de façon à potentiellement faire naître un veau sans cornes. La sélection sur le gène sans cornes a commencé il y a vingt ans et désormais, l’objectif est de diversifier les souches porteuses.
Le Gaec Limousine safranée est un des pionniers du gène sans cornes en race limousine. Deux jeunes taureaux sans cornes en 2006 après un stage d’étudiant de Cédric Sanial chez Louis de Neuville (président fondateur du Herd Book limousin dans les années 80). Dès son installation, il a mis le focus de la sélection dans cette ligne et les éleveurs ont acheté encore, il y a deux ans, trois taureaux et deux femelles porteurs du gène sans cornes au Luxembourg, en Slovénie… « Cette stratégie n’a pas été un long fleuve tranquille dans le milieu de la sélection, même si une petite évolution est en train de se faire », relèvent les éleveurs. Ils se rappellent qu’à leurs débuts, un reportage pour la télé avait participé à faire comprendre leur point de vue.
Aujourd’hui, cinq taureaux limousins ont quatre à sept générations de sans cornes diluées derrière eux. « Nous sommes à l’étape de créer de nouvelles lignées à partir de nos 25 meilleures vaches porteuses du gène sans cornes en les accouplant avec de nouveaux taureaux cornus haut de gamme. » Cent pour cent des 80 à 85 accouplements sont construits soit côté mâle soit côté femelle de façon à potentiellement faire naître un veau sans cornes. Sur les 65 à 75 vêlages de l’année, dix vaches sont homozygotes.
Mylène et Cédric Sanial travaillent en réseau avec plusieurs groupes d’éleveurs. Avec 23 collègues du GIE Lim’avenir 43, ils achètent des taureaux en copropriété (comme celui en photo : Obiwan) et ils font aussi partie du GIE Lauv’Lim qui rassemble une cinquantaine d’éleveurs de limousines d’Auvergne. « Depuis dix ans, nous avons constitué le groupe « sans cornes des Sommets ». Nous sommes dix élevages de limousines à promouvoir la génétique sans cornes », expliquent les éleveurs. Une vente d’animaux sans cornes est organisée depuis onze ans en septembre en présentiel dans un élevage et en ligne.