Face au recul de la production laitière dans le Cantal, FDSEA et JA veulent remettre toute la filière autour de la table. Objectif : redonner de la valeur au lait cantalien et un avenir à ceux qui le produisent.
JA et FDSEA du Cantal donnent rendez-vous le 15 octobre aux Assises laitières
Les ingrédients sont là, répartis au sein de la filière. Pour que la recette prenne et que le soufflet laitier ne retombe pas, et avec lui tout une économie, encore faut-il les assembler correctement et que chacun mette la main à la pâte. C’est tout l’enjeu de la feuille de route rédigée par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs et qui sera présentée le 15 octobre lors des Assises départementales laitières. Une démarche unique en son genre à l’échelle régionale et nationale, qui n’attend plus que l’engagement de l’aval de la filière et la bénédiction de l’État. Cette feuille de route, de survie même de la production et de la filière laitière cantalienne, s’articule autour de quatre axes, déclinés en thématiques et plan d’actions millésimés, que détaille Valentin Delbos, lui-même producteur de lait et président des JA du Cantal.
Valeur ajoutée à tous les étages
Premier enjeu, la performance économique de la production et de la transformation. “Notre objectif majeur est de valoriser à sa juste valeur le lait cantalien, c’est-à-dire au-delà de son prix de revient, qu’il soit bio, AOP ou conventionnel”, affiche le responsable JA. Outre l’application de la loi Egalim, plusieurs actions prioritaires sont avancées. D’abord, la mise en place d’une véritable grille de qualité du lait spécifique aux AOP (notamment avec des critères de fromageabilité) à l’horizon 2031.
Parallèlement, en capitalisant sur un département intégralement classé en zone de montagne, il s’agit de créer une marque “lait de montagne” cantalien, basée sur des pratiques d’élevage différenciées, afin de valoriser une production jusqu’alors considérée comme conventionnelle. “Produire du lait chez nous coûte bien plus cher qu’ailleurs et souvent, c’est notre image de marque qui sert à d’autres produits ; il faut pouvoir aller chercher cette valeur ajoutée”, plaide Valentin Delbos. Une valeur qui échappe aussi aux éleveurs dans la sphère des marques de distributeurs (MDD) : pour y remédier, “on demande à ce que ces MDD soient intégrées dans la loi Egalim pour une construction du prix à partir des coûts de production, car pour l’instant, il n’y a aucune transparence”.
AOP : en finir avec l'opacité
Cette exigence de transparence porte tout autant sur les filières AOP : “Il nous faut un véritable observatoire sur les volumes, les prix, les débouchés et la valorisation des sous-produits, on a vraiment besoin de ça pour retrouver un lien de confiance avec les industriels”, affiche Valentin Delbos. Cette transparence doit aller de pair avec la revalorisation du taux de transformation du lait AOP : “À 38 %, c’est une honte pour la filière, on le dit clairement, notre ambition est de se rapprocher le plus possible du 100 % !”
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“Sans réel soutien, on voit bien que l’élevage laitier peut disparaître de notre territoire.”
La performance des exploitations laitières de montagne passera aussi par des aides européennes renforcées au regard des contraintes spécifiques du territoire. Aussi, les deux syndicats militent pour le maintien des soutiens existants et la restauration de l’aide à la vache laitière de montagne. Ces aides “sont d’autant plus légitimes qu’on répond à toutes les attentes politiques et sociétales : élevage à l’herbe, respect du bien être animal, de l’environnement” argumente-t-il. Pour compléter ce pack économique, les producteurs réclament un dispositif fiscal facilitant l’embauche de salariés dans cette production exigeante en main d’œuvre, ainsi qu’une mesure d’amortissement du cheptel à l’image de celle en vigueur en allaitant : “Aujourd’hui, on fait vieillir davantage les vaches laitières, aussi, on a besoin d’un outil fiscal comme celui-là”, expose le syndicaliste. Cette fiscalité favorable (sous forme de crédit d’impôt) doit également servir aux investissements productifs des sites industriels en zone de montagne.
Objectif : le “un pour un” en 2040
Deuxième axe, le renouvellement des générations et l’attractivité des métiers dans la filière. Objectif : parvenir au “un pour un” en 2040 (une installation pour un départ), grâce à une politique renforcée d’installation. Cela passe, pour FDSEA et JA, par l’instauration d’une DJA laitière dans le Cantal, d’un bonus lait et le maintien du chèque avenir interprofessionnel. “Il faut aussi permettre aux exploitations laitières d’investir dans des systèmes contribuant à réduire la charge de travail et à améliorer l’ergonomie des postes : traire est un geste répétitif, qui génère, avec l’âge, des troubles musculo-squelettiques, il existe des solutions qu’il faut démocratiser pour éviter ces soucis”, milite Valentin Delbos.
Autonomie en eau et énergie
Le troisième enjeu est celui de la durabilité environnementale et climatique, que l’été 2026 est venu encore fragiliser. Avec une priorité : sécuriser la ressource en eau dans le cadre d’un équilibre entre les besoins du monde agricole, des transformateurs et de la population. “L’élevage laitier a besoin d’eau pour fonctionner, c’est pourquoi il nous faut trouver les moyens d’être davantage autonomes en eau. Cela passe par le stockage dans des retenues collinaires, par des systèmes de récupération et recyclage des eaux de toiture et de lavage, par des forages pour capter des sources... autant de dispositifs qui doivent être aidés”, appuie le responsable professionnel. Autonomie en eau comme en énergie : à ce titre, il est demandé le retour d’un tarif d’achat attractif de l’électricité produite par les centrales photovoltaïques sur les bâtiments agricoles. “Nos bâtiments ne sont plus adaptés aux aléas climatiques actuels, indique l’éleveur. Cet été, c’était de véritables fours et les vaches laitières ont beaucoup souffert, il faut donc en amont revoir leur conception et aider à la modernisation et à l’adaptation des bâtiments existants avec des outils comme les climatiseurs, les brasseurs d’air, les brumisateurs...” Et Valentin Delbos de conclure : “Des jeunes candidats à l’installation on en a, mais on a besoin d’une vision à long terme et d’une ambition, de retrouver du lien entre producteurs et industriels.” Ces Assises sont une occasion unique en ce sens, “mais on veut en faire quelque chose d’officiel, pas un truc dans un coin de table”.