Éleveur de charolaises en Saône-et-Loire, Guillaume Lavesvre réalise des analyses de sang sur un échantillon de génisses et de vaches quelques semaines avant vêlage pour doser les corps cétoniques, le taux d’urée et les acides gras non estérifiés. Si besoin, il peut à ce stade rééquilibrer la ration.
« Cela fait des années que nous perdons 10 à 12 % des veaux. Mon objectif, c’est d’atteindre 95 % de veaux sevrés », plante Guillaume Lavesvre, éleveur naisseur-engraisseur en race charolaise à Tavernay en Saône-et-Loire. Pour cela, il travaille sur plusieurs leviers, dont la bonne adéquation de la ration de préparation au vêlage aux besoins des animaux.
« Nous définissons la ration à trois, mon marchand d’aliments, ma vétérinaire Karine Durrey, de la clinique vétérinaire de Monestoy et moi, explique-t-il. Je vise entre 11 et 12 UF. » En 2025, la ration était la suivante, en brut : 15 kg d’ensilage d’herbe, 7 kg d’ensilage de maïs, 5 kg de foin et 200 g d’aliment à 40 % de MAT.
Deux à trois semaines avant vêlage, la vétérinaire a réalisé des prises de sang sur un échantillon d’animaux, surtout des génisses, mais également quelques vaches, pour s’assurer de l’adéquation de la ration aux besoins des animaux. En tout, sur la saison, une quinzaine d’animaux ont été prélevés. La vétérinaire a vérifié les corps cétoniques, un marqueur tardif de la mobilisation des réserves graisseuses, et le taux d’urée, qui donne une idée du taux de protéines biodégradables dans la ration. « Il était un peu bas, nous avons rajouté des protéines »,explique Karine Durrey. La part d’aliment à 40 % de MAT est montée à 500 g. « Nous pouvons aussi mesurer les AGNE, acide gras non estérifiés, qui sont un marqueur précoce de mobilisation des réserves graisseuses. L’idée, c’est de ne pas taper dans les réserves en fin de gestation, au risque de mettre en stand-by la reproduction, voire de limiter la production de lait et de colostrum, entraînant des risques sur la santé des veaux », indique la vétérinaire.
D’abord vérifier les fondamentaux
La vétérinaire peut aussi vérifier l’albumine et le taux protéique, marqueurs d’inflammation, ainsi que le phosphore, le calcium et le magnésium. « Lors d’apports incorrects en minéraux, carences ou excès, les vêlages risquent d’être plus lents, avec des contractions moins efficaces, plus de non-délivrances et plus de problèmes de matrices », estime-t-elle. Les résultats des analyses sont disponibles en maximum 24 heures grâce à leur nouveau boîtier d’analyse biochimique Bovilab. Toutefois, « le but n’est pas de faire des analyses de sang ni en priorité, ni sur toutes les vaches en systématique, assure la vétérinaire. Il faut vérifier d’abord les fondamentaux : y a-t-il assez à manger, assez d’accès à l’auge, assez d’eau, le rumen est-il plein ? Il faut aussi avoir analysé les fourrages et calculé la ration. Ensuite, si nous avons un doute, car il y a un mauvais transfert d’immunité sur les veaux, ou si l’éleveur veut se conforter, nous pouvons réaliser les analyses sur un échantillon de vaches. La suite logique est de mesurer la qualité du colostrum, et de faire des prises de sang sur les veaux de 1 à 7 jours, pour voir si le transfert d’immunité est bon. »
Même si Guillaume Lavesvre manque encore de recul pour estimer pleinement les effets de la méthode, il observe quelques améliorations. « L’année dernière, avec la ration de prépa vêlage corrigée, je n’ai pas aidé beaucoup de génisses, et leur production de lait a été bonne, estime-t-il. Les veaux ont bien démarré et ils ont tété tous seuls. J’en ai encore perdu douze, dont six de la FCO, qui nous a bien secoués. » Quelques vêlages ont eu lieu au mois de mai, une période de rattrapage, et les deux génisses ayant vêlé à cette période, sans avoir eu la ration de préparation au vêlage, ont eu plus de difficultés.
Avec les analyses de sang, Guillaume Lavesvre a également vérifié l’état des génisses au moment de la reproduction. Il aimerait à l’avenir évaluer celui des mâles en début d’engraissement. « Je pense que c’est un bon outil pour caler les rations », résume-t-il.
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Guillaume Lavesvre a choisi de contractualiser avec son cabinet vétérinaire en suivi.« Je paie 400 euros par mois ; en pleine saison des vêlages, de novembre à mars, avec une pause en décembre, la vétérinaire vient toutes les semaines, explique Guillaume Lavesvre. Je suis seul sur l’exploitation, être en suivi me permet d’échanger autour de mes objectifs et de conforter mes choix. C’est un appui à la fois technique et moral qui m’apporte de la sérénité. »