Pâturage adaptatif multipaddock : « Au départ, j’étais sceptique »

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Didier Touillon, éleveur de vaches charolaise : « Les croissances des génisses en pâturage adaptatif multipaddock sont comparables à celles des autres lots, alors que le chargement y est plus élevé. » Crédits : © A. Legendre

Didier Touillon, éleveur de vaches charolaises en Saône-et-Loire, teste le pâturage adaptatif multipaddock depuis cinq ans. Au premier abord sceptique quant à ce pâturage haut, laissant du stock à la sortie des animaux, il y voit dorénavant plusieurs avantages et souhaite étendre cette pratique.

« C’est la cinquième année que nous testons le pâturage adaptatif multipaddock (AMP). Nous avons vécu des années sèches et humides, et le système se comporte bien dans tous les cas. Je le trouve plus résilient que les autres types de pâturage », expose Didier Touillon, éleveur de vaches charolaises à Palinges, en Saône-et-Loire.

Pourtant, lorsque l’éleveur découvre cette méthode de pâturage, il est loin d’être emballé. « En tant qu’administrateur de ma coopérative, j’ai été approché pour prendre part au projet Paturond, coordonné par McDonald’s et Pilgrim’s Europe Orléans, indique Didier Touillon. J’ai eu le choix de la méthode de pâturage : continu, tournant ou adaptatif multipaddock. J’ai choisi l’AMP, car, tant qu’à faire, autant tester quelque chose de nouveau. »

Toutefois, l’éleveur ne sait pas exactement à quoi il s’engage : l’objectif, faire entrer les animaux dans un paddock au stade montaison-épiaison, avec une hauteur d’herbe supérieure à 13 cm, les y laisser un à cinq jours, puis les changer de paddock, en laissant 50 % de la biomasse sur pied, avec une hauteur d’herbe supérieure à 7 cm, et assurer un temps de repos de 40 jours minimum, sans fauche des refus.

« Je n’étais pas du tout enthousiaste, et mon salarié non plus, se souvient l’éleveur. Nous essayons de faire consommer l’herbe au meilleur stade, d’éviter d’en gaspiller. L’AMP c’est tout le contraire, cela interroge quand même ! J’avais de grosses craintes concernant la croissance des animaux. »

 

 
<em class="placeholder">clôture fil délimitant parcelle de pâture</em>
Pour changer les animaux de paddocks, « il y a seulement une poignée à ouvrir et une autre à fermer. Le système AMP est plutôt moins chronophage que d’autres ». © A. Legendre

Didier Touillon met en place le pâturage adaptatif multipaddock sur un lot de 12 génisses, et une parcelle de 4 ha, divisée en 17 parcelles d’environ 20 ares. « Nous avons réfléchi aux modalités avec Robin Russias, qui coordonne le projet. Sur quelle parcelle, le nombre d’animaux, comment découper les paddocks. Mon système se situait entre le pâturage libre et le pâturage tournant simple ; je voulais que la gestion reste la plus simple possible, avec des paddocks et des points d’abreuvement fixes. » Finalement, les paddocks sont découpés de façon qu’il n’y ait qu’une poignée à ouvrir et une autre à fermer pour déplacer les génisses. Les quatre premières années, les animaux buvaient directement dans un cours d’eau, un aménagement a été réalisé en cinquième année.

« Ne pas pâturer bas, c’est très dur »

Engagé dans un projet de recherche, avec accompagnement technique et financier, l’éleveur s’attelle à suivre le protocole expérimental. Il appréhende les hauteurs d’entrée et de sortie avec l’herbomètre, « c’était très dur de ne pas faire pâturer bas. À l’instinct, j’aurais laissé les bêtes un jour de plus régulièrement » ; il ne fauche pas les refus, même en fin de saison. « Pendant trois ans, je me suis dit : quel gaspillage ! Lorsque les animaux sortent de la parcelle, il y a plein de matière au sol, cela fait peur. Sans le cadre du projet de recherche, je n’aurais pas osé continuer », confie l’éleveur.

Cependant, le temps passe et Didier Touillon trouve des intérêts dans la méthode de pâturage AMP. « Avec un peu de recul, c’est un système résilient qui améliore la productivité ! Les premiers résultats mettent également en avant un stockage de carbone supérieur. Le sol est protégé, la prairie repart bien en dessous de la biomasse restante. Je gagne des jours sans affourager. L’année dernière, le seul lot que je n’ai pas affouragé, c’est celui-ci, et cette année, j’ai encore du stock sur pied, alors que sur les autres parcelles, je vais bientôt commencer à affourager », expliquait-il le 25 juin 2026. Les croissances des génisses du lot pâturage AMP sont aussi équivalentes à celles des autres génisses. « Avec un chargement plus élevé sur les parcelles en AMP, car, contrairement aux autres lots, je n’agrandis pas les zones pâturées au cours de la saison. De plus, si je n’affourage pas, cela évite une transition alimentaire », précise l’éleveur.

 

 
<em class="placeholder">herbe dans prairie</em>
Sous la biomasse restante en quantité importante, la végétation repart. © A. Legendre

En année humide, Didier Touillon ne note pas de problématique particulière liée au piétinement. « C’est sûr que 12 génisses sur 20 ares, cela piétine beaucoup, mais c’est maximum deux jours, avec un temps de repos long, la prairie s’en remet bien », explique-t-il.

Moins de vulpin, chardon, rumex

Autre intérêt, un temps de travail plutôt diminué comparé aux autres systèmes de pâturage. « Il y a seulement eu un pic de travail en première année, d’une quarantaine d’heures, pour mettre en place le système. Depuis, c’est plutôt moins chronophage : pas d’entretien de la prairie, moins d’affouragement, les clôtures ont cinq ans et elles résistent bien. Nous ne fauchons pas sous les fils », indique Didier Touillon.

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L’éleveur craignait également que le pâturage adaptatif multipaddock aggrave une problématique vulpin et chardon déjà présente. Finalement, il observe plutôt l’inverse. « Les chardons ont quasiment disparu, les rumex ont diminué, le vulpin aussi. Avec une forte concentration d’animaux sur une petite surface, je pense que les génisses n’ont d’autre choix que de consommer le vulpin », explique-t-il. La prairie présente aussi globalement moins de sol nu, plus de diversité, sans grosses zones de refus à gérer. Auparavant, chaque année, l’éleveur gyrobroyait 2 ha.

Didier Touillon souligne aussi le calme des animaux gérés en pâturage AMP. « Les génisses sont dociles, le temps passé à faire les clôtures et à ouvrir les paddocks, on le gagne en manipulation plus tard », estime-t-il.

Ces différents avantages l’ont poussé à revoir sa manière de gérer le pâturage sur d’autres parcelles. « Je garde davantage de stock sur pied, j’allonge les temps de retour, et j’augmente la hauteur d’herbe en entrée et en sortie, confie l’éleveur. J’envisage de réduire la taille de certaines parcelles en pâturage tournant, passer de 1 ha à 0,5 ha. » Didier Touillon souhaite désormais transposer certains principes de l’AMP aux vaches suitées. Il reste toutefois prudent : « Je pense qu’il faudra tout de même lâcher d’abord les animaux en grande parcelle, pour que les jeunes se défoulent, puis passer à des paddocks plus petits, sinon, je crains qu’ils ne cassent tout, tempère l’éleveur. J’attends également de voir comment vont évoluer les croissances des veaux. »

L’accès à l’eau : un facteur limitant pour étendre l’AMP

Les parcelles dédiées au pâturage adaptatif multipaddock sont organisées autour de deux points d’eau fixes, avec des couloirs desservant plusieurs parcelles. « Ni mon salarié ni moi ne nous imaginions bouger des fils ou des abreuvoirs quasiment tous les jours », raconte Didier Touillon. L’éleveur estime que la disponibilité en eau pourrait freiner le développement de cette pratique sur d’autres surfaces de son exploitation : « je pense en particulier à une parcelle de 8 ha, dont le point d’eau est dans un coin. Je ne vois pas bien comment y aménager des paddocks de 20 ares en gardant une distance convenable pour que les animaux aient accès à l’eau ».

 

 
<em class="placeholder">abreuvoir dans pâture</em>
Les paddocks sont organisés autour de deux points d’eau fixes. Un couloir permet aux animaux d’accéder aux abreuvoirs. © A. Legendre

Fiche élevage

SCEA Touillon

190 vêlages en race charolaise

Âge moyen au vêlage : 26 mois

101,6 % de taux de réussite au vêlage

160 ha d’herbe

2 UTH : Didier Touillon et Thibaut Boussand, salarié

 
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