Transition agroécologique : « J’ai trouvé un écosystème favorable pour engager mon exploitation du Pas-de-Calais dans l’agriculture de régénération »

- - 6 min
Avec le projet Covalo et le PSE, Agathe Mullie apprécie l'accompagnement technique, mais aussi les moments de formation et les échanges avec d'autres agriculteurs. Crédits : © V. Charpenet

Installée depuis 2023 sur la ferme familiale à Foncquevillers, dans le Pas-de-Calais, Agathe Mullie souhaite faire évoluer son système de production vers davantage d’agroécologie. Grâce au paiement pour services environnementaux (PSE) régénératif porté par le projet Covalo, elle bénéficie d’un accompagnement financier et technique pour sécuriser cette transition.

Concilier cultures industrielles et agriculture de régénération, c’est l’objectif d’Agathe Mullie, agricultrice à Foncquevillers, dans le Pas-de-Calais. Cette pharmacienne de formation a travaillé pendant dix ans dans l’industrie pharmaceutique avant de s’installer sur la ferme familiale en 2023. La ferme Mullie est tournée vers des cultures intensives pour le sol : pommes de terre (industrie et plants), betterave, lin textile, pois de conserve, céleri-rave.

Valoriser la réduction du travail du sol

Pour préserver durablement la fertilité de ses terres, l’agricultrice cherche à limiter le travail du sol et à développer les couverts végétaux. « Mon but était, d’une part, de trouver un moyen de valoriser certaines de nos pratiques déjà en place, comme le non-labour avant la plantation des pommes de terre et, d’autre part, de diminuer encore le travail du sol lorsque cela est possible, en bénéficiant d’un accompagnement technique », explique-t-elle.

Lire aussi | L’agriculture régénératrice commence à se traduire en engagements concrets

Elle entend alors parler du projet Covalo et du PSE régénératif, pilotés par l’association Pour une agriculture du vivant (PADV). À l’issue du premier bilan réalisé en 2024, l’exploitation obtient un score de 41/100 à l’indice de régénération, suffisant pour prétendre au dispositif (minimum 40).

Parmi les indicateurs du PSE, elle mise beaucoup sur la réduction du travail du sol. Elle pratique déjà le non-labour sur ses pommes de terre. En 2025, elle a également implanté une partie de ses betteraves en non-labour avec de bons résultats. Le non-labour lui semble pertinent pour son exploitation en raison des économies financières et de main-d’œuvre qu’il peut aussi générer.

Les couverts végétaux comme levier de fertilité

Aux côtés de la réduction du travail du sol, l’agricultrice a placé les couverts végétaux au cœur de son système. « C’est devenu une culture à part entière », explique-t-elle. L’objectif est clair : nourrir le sol, améliorer sa structure et favoriser la biodisponibilité des éléments nutritifs comme l’azote, le phosphore et la potasse. Plusieurs des cultures de l’exploitation sont, en effet, exigeantes en ces éléments. Elle estime le coût des couverts à environ 150 euros par hectare. « En contrepartie, j’essaie de diminuer les doses d’azote sur blé, mais ça reste empirique, avance-t-elle. Cette année, j’ai fait l’impasse sur le dernier apport, sauf pour mes blés de betterave. Au final, l’azote a minéralisé au bon moment avec un taux de protéines satisfaisant à la récolte. »

Pour Agathe Mullie, l’intérêt du dispositif ne réside pas uniquement dans la rémunération. Dans l’objectif de sécuriser les changements de pratiques, les agriculteurs engagés dans le PSE ont l’obligation d’être accompagnés par un expert technique. Ils peuvent le choisir parmi une liste de conseillers (coopératives, chambres d’agriculture, indépendants…).

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pas-de-Calais
Suivi
Suivre

L’agricultrice a opté pour un suivi avec la société de conseil indépendante Gaya. Deux journées annuelles de formation sont également prévues, ainsi que des rencontres collectives. Les participants doivent aussi réaliser un retour d’expérience (REXAgri) sur les essais menés, qu’il s’agisse de gestion des couverts, de fertilisation ou encore de matériel agricole. Un formalisme qui demande, selon elle, un peu de temps.

Un accès à des financements complémentaires aux PSE

Grâce aux pratiques mises en place, l’indice de régénération de la ferme Mullie a progressé de 41 à 54/100 en 2025, ouvrant accès à une rémunération (voir les montants moyens de rémunération ci-contre). L’indice de régénération ouvre également l’accès à plusieurs avantages complémentaires proposés dans le cadre du projet Covalo. Pour la campagne 2025-2026, la ferme Mullie a ainsi perçu une prime de la part de Tereos pour les betteraves et de McCain pour les pommes de terre. Elle a aussi bénéficié de l’offre de prêt à taux préférentiel « Transition + » du Crédit agricole ainsi que d’une aide à la location de matériel. « Nous avons essayé le pulvérisateur de précision Ecorobotix sur le céleri-rave et le binage sur des haricots. Le PSE nous pousse à expérimenter », explique-t-elle.

Malgré ces soutiens, l’agricultrice rappelle que la transition agroécologique reste un défi. « Les changements de pratiques représentent un risque technique et économique, d’autant plus lorsqu’on est en phase de reprise d’exploitation avec un fort taux d’emprunt. Cela ne laisse pas beaucoup de place à l’erreur », conclut-elle.

SCEA Mullie, 400 ha de SAU, dont 170 de blé tendre, 90 de pomme de terre (industrie et plants), 45 de betterave, 35 de colza, 35 de lin fibre, 13 de pois, 10 de céleri-rave (assolement 2027).

Une association créée pour diffuser l’agriculture de régénération

Créé en 2018, Pour une agriculture du vivant est un mouvement associatif qui se définit comme un tiers de confiance, fédérant toute la chaîne de valeur – agriculteurs, distributeurs, chercheurs, industriels, financeurs, coopératives et institutions – pour construire un modèle d’agriculture tourné vers la régénération des sols et la préservation des écosystèmes. Pour mesurer, piloter et valoriser la transition agroécologique des exploitations, PADV a créé un outil open source de notation agronomique (de 0 à 100) : l’indice de régénération. L’IR a fait l’objet en décembre 2025 d’une publication scientifique dans la revue Sustainable Futures.

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires