Pour Bérengère Paquet, le métier d’éleveuse rime avec heureuse
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Son père pensait qu’elle ne pouvait pas y arriver, que ce n’était pas un métier pour une femme. Pourtant, quand celui-ci est décédé en 2011, le métier d’éleveuse a commencé pour elle et elle prouve aujourd’hui que c’était possible. Bérengère Paquet s’est installée officiellement en 2013 sur l’exploitation familiale en polyculture-élevage dans les Ardennes, à Signy-l’Abbaye.
« Aucun regret d'avoir quitté le monde de la finance. »
Pendant 7 ans, elle a été double active, partageant son temps entre son emploi de directrice d’un centre d’affaires dans une banque et son activité d’agricultrice. « Mon mari m’a aidée pendant cette période de double activité et m’aide encore si besoin », témoigne-t-elle. L’agriculteur-cultivateur est ainsi devenu éleveur mais il a sa propre exploitation à une soixantaine de kilomètres. Alors, en 2020, à 39 ans, Bérengère prend la décision de quitter le secteur bancaire. « Ca a été le grand saut pour moi », se souvient-elle. Celle qui avait évolué dans le milieu de la finance et qui s’y était « éclatée » a décidé malgré tout de franchir le pas. « Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais », s’est-elle dit. Et aujourd’hui, elle confie n’avoir « aucun regret ». Le changement a pourtant été radical : elle avait l’habitude de travailler en équipe et s’est retrouvée seule à devoir prendre les décisions pour gérer son exploitation : 130 vaches de race Aubrac et leur suite, 100 ha de culture et un peu plus de 200 ha en pâture. Elle a fait le choix de déléguer les travaux des cultures à une ETA et se dit « moins passionnée par les cultures ». Sa passion, c’est l’élevage et elle y consacre la majeure partie de son temps avec souvent un seul interlocuteur au quotidien : son salarié. Les réseaux sociaux lui ont permis de sortir de l’isolement. Aujourd’hui, elle est bien présente sur Instagram, Facebook et Twitter. Elle est membre de FranceAgriTwittos. Entretien avec une communicante convaincue.
Bérengère Paquet – « Je me suis retrouvée sur ma ferme à ne communiquer avec personne. Mais je me suis rendu compte qu’il y avait des éleveurs qui communiquaient sur les réseaux et ça m’a passionné. Dans mon ancien métier, quand je recrutais des conseillers, j’ai constaté que l’agriculture n’est pas connue du grand public, qu’il y a beaucoup de stéréotypes. Il faut expliquer pour donner une bonne vision de notre métier. Il faut montrer qu’on n’est pas des fermes usines, qu’on prend soin de nos animaux. Oui, on les emmène à l’abattoir mais on les fait vivre dans le bien-être. On traite les cultures et on donne des médicaments à nos bêtes mais c’est comme avec nos enfants, c’est quand il y en a besoin. Tout cela, c’est primordial de l’expliquer au grand public. »
« Il faut montrer qu'on n'est pas des fermes usines. »
B. P. – « Je suis sur Twitter et c’est là ou j’ai le plus d’abonnés. Je suis aussi sur Facebook et Instagram. Mais au départ, c’était pour ma vie personnelle. Maintenant vie privée et vie professionnelle sont mêlées sur ces comptes mais j’envisage de créer un compte Instagram professionnel. »
Tellement fière d’être #agricultrice 😊#père #fille #petitsfils !!!
L’agriculture évolue pour nous et pour vous #consommateurs 😉
Merci #M6 ☺️ #FamillesDePaysans #FrAgTw pic.twitter.com/YSftAApLtn— Bérengère Paquet (@BerengerePaqFai) November 28, 2023
B. P. – « Je suis sur Twitter depuis 2017. Au départ, je n’avais pas d’antériorité. J’hésitais à communiquer, j’avais peur qu’on me rabaisse. Je me mettais des barrières. Et puis on rencontre des gens. C’est virtuel mais c’est sympa. On échange des idées avec d’autres professionnels. Ca fait du bien au moral. Il faut se rendre compte à quel point on est seuls dans ce métier. »
B. P. – « Oui, j’en ai besoin, clairement. Moi, j’ai commencé tard mais pour les jeunes qui s’installent, la nécessité est la même, je pense. On a besoin d’échanger avec des collègues qui font le même métier que nous, de découvrir d’autres pratiques… C’est une manière d’aller chercher de l’information. C’est important aussi pour faire perdurer notre métier. Il faut qu’on puisse se dire " on a expliqué ", " on a convaincu " et qu’il y ait un effet boule de neige. La communication en agriculture, c’est à nous de la faire. »
B. P. – « C’est très variable. Il y a des posts pour lesquels je passe du temps et qui ne font pas d’audience. Et d’autres pour lesquels je passe beaucoup moins de temps et qui marchent bien.
B. P. – « Moi, je poste des brèves de ma journée pour expliquer la problématique sur mon élevage au quotidien. Et ça marche bien. Je suis moins passionnée par les cultures. »
« J’ai réussi à sauver un veau grâce à un message envoyé sur les réseaux. »
B. P. – « La plupart des gens qui font des messages sont hyper-bienveillants. Il y a notamment des éleveurs qui donnent des conseils. Il faut prendre le temps de répondre. Je réponds sauf aux messages de détracteurs antispécistes. Il y en a toujours mais il faut savoir prendre du recul. On ne peut pas convaincre ceux qui sont dans l’idéologie. Ca ne sert à rien de répondre. Ce n’est pas moi qui leur ferai changer d’avis. Je ne réponds que s’il y a des critiques personnelles sur mon élevage. Les commentaires malveillants sont vraiment la minorité et si vous ne répondez pas, la guéguerre cesse. »
« Je réponds sauf aux messages de détracteurs antispécistes. »
B. P. – « Oui, peut-être. C’était un tweet sur le travail d’une femme dans un monde d’hommes. J’ai dit que je ne ressentais pas de sexisme en tant que femme agricultrice. Moi, j’ai 19 ans d’expérience salariée avant mon installation et j’ai un caractère à plutôt rire de certaines réflexions. Mais il y a des femmes qui ne ressentent pas les choses de la même manière, surtout les plus féministes dans l’âme. »
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B. P. – « Je ne sais pas trop. On rentre peut-être moins dans les guéguerres. C’est vrai que par rapport à des collègues hommes qui communiquent, ça fonctionne très bien pour moi. Peut-être que les gens comprennent qu’il y a des femmes agricultrices, qui ne travaillent pas forcément avec leur mari. C’est peut-être la rareté qui fait la différence. »
« La communication en agriculture, c’est à nous de la faire. »
B. P. – « Oui, il y a deux ans, j’ai réussi à sauver un veau grâce à un message envoyé sur les réseaux. J’ai eu plein de conseils en retour. De manière générale, poser des questions sur mon métier, qu’est-ce que c’est enrichissant ! Et les gens voient que ça fonctionne. »
B. P. – « Oui, je me souviens d’un message rigolo posté pendant les manifs sur la réforme des retraites. J’étais en train de trier les bêtes et j’ai écrit un commentaire en faisant le parallèle avec une manifestation en parlant de nombre selon les organisateurs, selon la police… »
Quand tu arrives le matin et que tu le vois comme ça… et bien tu te dis que c’est bon, qu’il est sauvé alors tu le sors au soleil avec ses autres copains et tu le vois courir et jouer ☺️
Bref #onagagné ✌️💪🥳
Bon dimanche et #allezlesbleus 🏉🏉🏉 https://t.co/xAik6FRN68 pic.twitter.com/AiqCts3vNg— Bérengère Paquet (@BerengerePaqFai) October 15, 2023
B. P. – « Pour la culpabilité peut-être. Mais pour la pression, pas du tout. Ca ne permet pas d’évacuer. Les réseaux peuvent même être négatifs pour cet aspect des choses. Si vous n’avez pas le moral, vous avez tendance à lire des messages de gens qui sont négatifs. Il faut savoir déconnecter. Il faut être hyper-vigilant là-dessus. C’est vrai en particulier pour les jeunes. Il faut qu’ils arrivent à se préserver. Il ne faut pas se laisser absorber. Il faut prendre le dessus et gérer son temps. Ce n’est pas notre quotidien. Ce n’est pas notre vraie vie. »
B. P. – « Oui, les gens qui ont des avis sur tout et qui pensent avoir toujours raison. Il faut apprendre à écouter l’autre. On n’a pas tous le même vécu. C’est comme au café du commerce, ce sont les grandes gueules qui ont tendance à m’énerver. »
B. P. – « Je dirais une heure par jour minimum. Si je ne me déconnectais pas, je pourrais devenir addict comme les ados. C’est ma passion mais ce n’est pas une nécessité.
« Il faut savoir déconnecter. Il faut être hyper-vigilant là-dessus. »
B. P. – « Il faut rester hyper naturel, ne pas essayer de faire la même chose que quelqu’un, parler avec ses tripes. »
B. P. – « J’ai suivi la communauté FranceAgriTwittos. C’est une super association pour connaître du monde. Il y a un guide des bonnes pratiques pour les membres mais ensuite il faut trouver son style. On a tous une manière de communiquer différente. Et ça évolue au fil des années. Ca peut passer par l’humour, le déguisement, le coup de gueule… Moi, je suis dans la positivité, je suis incapable de lancer des coups de gueule, de râler sur tout. »
B. P. – « Je dirais quotidien, humour et éleveuse heureuse. Je veux vraiment montrer à quel point faire son boulot peut être du bonheur. Je ne veux pas pour autant que l’on croit que c’est le monde des bisounours. C’est dur d’être à son compte. Quand vous trouvez une bête morte, ce n’est pas simple. Il y a des moments difficiles. Mais il faut se dire qu’il y aura des jours meilleurs et que ce n’est pas en pleurant que ça ira mieux. »
B. P. – « J’adhère. »
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