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Agri sur les réseaux
[#ITV-agri] Lucie Gantier alias @JoliesRousses : parler de l'abattage de ses poules sans tabou sur Twitter

Elles sont, ils sont très actifs sur les réseaux sociaux pour promouvoir et défendre le monde agricole. Pourquoi le font-ils et comment le vivent-ils. Retour sur expérience avec Lucie Gantier @JoliesRousses.

Lucie Gantier #Jolies Rousses, éleveuse de poules pondeuses plein-air en Vendée.
© DR

Lucie Gantier est éleveuse de poules pondeuses, à la tête d’un poulailler de 15 000 volailles plein air en Vendée. Depuis son installation en 2019, l’agricultrice s’est aussi fait une place sur les réseaux sociaux. Connue sous le nom de #JoliesRousses sur Twitter et Instagram, la passionnée de communication anime aussi un blog et une chaîne YouTube baptisée Plein Les Y’œufs. Des activités qui font désormais partie de son métier au quotidien et dont elle a accepté de nous parler.

Réussir - Pourquoi êtes-vous sur les réseaux sociaux ?

Lucie Gantier - Tout simplement pour montrer mon quotidien d’éleveuse de poules pondeuses. C’est un moyen de découvrir ce qui se passe dans des bâtiments qui ne peuvent pas être ouverts au public. J’explique mon métier, pourquoi mon élevage n’est pas gigantesque, pourquoi je n’ai qu’un seul bâtiment… Au départ, c’est le monde agricole qui m’a portée mais j’ai aujourd’hui j’ai plus de 5000 abonnés sur Twitter dont une grosse partie qui ne connaît pas le monde agricole. Je montre, je partage mais j’apprends aussi. Pour moi, c’est un moyen de s’informer sur ce qui se passe en agriculture. J’ai plein de collègues en pondeuses dans des groupes privés sur Twitter. Cela permet des échanges entre professionnels, sur des cahiers des charges différents par exemple… Ceux qui font de la communication sont ceux qui s’intéressent à la communication des autres.

Plutôt Facebook ou Twitter et pourquoi ?

L. G. - Je ne suis pas sur Facebook, je ne suis pas convaincue par ce réseau. Il y a un côté « j’ai fait ci, j’ai fait ça » qui ne m’intéresse pas. Moi, je ne suis pas dans le privé, ce qui m’intéresse, c’est le professionnel.

Le post dont vous êtes la plus fière ?

L. G. - Ce n’est pas un post que j’ai fait. C’est une vidéo qui a été reprise par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie à l’occasion de la journée de la Femme rurale. Il a expliqué que je représentais le vrai visage de l’élevage français. Ce n’est pas mon tweet mais je suis fière d’être dans le sien. Malgré tout, je le masque car les tweets qui marchent bien amènent beaucoup de détracteurs.

Je suis très fière aussi d’un tweet du ministère de l’Agriculture à l’occasion de la Journée mondiale de l’œuf pour me féliciter du prix Coup de cœur que j’ai reçu dans le cadre du challenge Graines d’Agriculteurs.

Votre meilleure audience ?

L. G. - C’est un « thread » qui parlait du départ de mes poules à l’abattoir. Cela ne m’a pas amené que des détracteurs, j’ai eu beaucoup de retours positifs. J’ai exprimé mes sentiments complexes et contradictoires en relayant un article écrit sur mon blog qui s’appelle « Complètement gris », où j’explique que ce n’est ni noir ni blanc, que l’on peut aimer ses animaux et les envoyer à l’abattoir. C’est le cycle de l’élevage.

Le bad buzz que vous n’avez pas aimé ?

L. G. - Je n’en ai pas. Je réfléchis pas mal avant de mettre en ligne. Pour les « thread », j’y pense plusieurs jours avant. Quand je poste, je suis quasi sûre de moi. Le « flop » viendrait d’un tweet qui n’aurait pas de retours et pas de détracteurs. Cela n’arrive pas et il y a finalement plus de personnes qui apprécient que de personnes qui critiquent.

Un post que vous regrettez ?

L. G. - Je n’en ai pas non plus, pour les mêmes raisons. Je ne suis pas dans l’instantané.

Lire aussi « Avec son pseudonyme « Jolies Rousses », la productrice d’œufs Lucie Gantier communique sur les réseaux sociaux ».

Le post qui vous a le plus amusée ?

L. G. - C’est sans doute la série que j’ai faite sur les races de poules dans le monde, où je présentais chaque jour une nouvelle race. Mais de façon générale, je m’amuse. Si je ne prenais pas de plaisir, je ne le ferais pas.

Le post qui vous a marquée ?

L. G. - C’est de nouveau le post où je parle de l’abattoir. J’ai beaucoup réfléchi mais je me suis dit « mes poules vont partir, je n’ai pas d’autre choix que de l’expliquer ». Ce post m’a nourrie même s’il a entraîné énormément de réactions de détracteurs. Mais en fait, ça ne m’a pas atteint comme ça aurait pu. Cela m’a permis de franchir le cap et il le fallait. Je me suis dit : « soit on est solide et apte à continuer, soit on se laisse bouffer et on arrête la communication ». S’ils ne sont pas contents, c’est leur opinion. Moi, je sais que je travaille avec du vivant. En fait, ce tweet a été fondateur. Il m’a rendue plus forte parce que les retours positifs ont été porteurs pour moi. Désormais, je me sens vraiment à ma place.

Le post qui vous a énervée ?

L. G. - Il y en a plein qui m’énervent. Casser l’élevage français, c’est quasiment quotidien. Ce sont souvent les mêmes groupes d’individus. C’est du martellement. Ils sont bien présents et c’est pour ça qu’on doit l’être aussi. Quelque chose de faux répété plusieurs fois peut devenir vrai dans l’esprit des gens. Il y a des bêtises énormes comme par exemple « l’élevage serait responsable du Covid ». Mais je ne réagis pas. Je suis sur Twitter pour montrer ce que je fais. Je n’ai pas pris le parti d’aller titiller quelqu’un qui prétend être animaliste. Je ne suis pas sur les réseaux pour aller constamment embêter les autres mais si les gens me répondent, je peux me permettre de leur répondre.

Votre modèle sur les réseaux sociaux, un exemple à suivre ?

L. G. - Il y en a plusieurs, même si je travaille différemment d’eux. Etienne @agrikol, Antoine @AgriSkippy. Sur l’élevage, ce sont des pionniers, ils ont ouvert la voie pour nous. J’apprécie aussi beaucoup ce que font David Forge, Thierry agriculteur d’aujourd’hui, La VitiBio d’Emilie et Benjamin… Tous ces gens sont devenus des collègues. J’échange avec eux.

Quel a été votre déclic pour vous lancer ?

L. G. - A la base, j’étais plutôt opposée aux réseaux sociaux. Je suis très pudique. Je voulais me préserver. Je découvert l’intérêt de ces réseaux quand j’étais enseignante. C’était un moyen de présenter le travail de mes élèves, de mettre en lumière nos jeunes. On visait aussi le recrutement. C’est là que j’ai vraiment commencé. Je m’y suis mise grâce à un collègue – le plus ancien de l’établissement aujourd’hui en retraite – qui m’a expliqué et donné les clés de lecture, les codes à respecter.

Combien de temps passez-vous quotidiennement sur les réseaux sociaux ?

L. G. - 1h à 1 h 30 le plus souvent. Plus quand je suis sur des vidéos ou des « thread », qui peuvent me prendre 3 à 4 h d’une journée. J’ai prévu prochainement une vidéo de plantation d’arbres. Il y a les séances avec la caméra, le montage… Ca prend du temps.

Quels conseils donneriez-vous à un agriculteur qui veut se lancer sur les réseaux sociaux ?

L. G. - Ne se lancer que dans la mesure où on le souhaite. Il faut avoir le goût de la communication et aimer partager. Ensuite, il faut avoir des choses à dire et trouver le bon équilibre entre s’exposer et se protéger. Mais avant tout, il faut regarder comment fonctionne chaque réseau. Il faut en choisir deux ou trois, créer ses comptes et voir ce qui se passe. Il faut être dans l’observation et la compréhension avant de se lancer.

Lire aussi « Lucie Gantier, la maman éleveuse d’Adèle : "Je veux amener à la découverte" »

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