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Christelle @LaVacaPreciosa : « j’arrive à montrer une belle image de l’agriculture aux gens »

Eleveuse dans les Pyrénées-Orientales, en Gaec avec son mari, Christelle Bousquet est connue sur les réseaux sociaux. La Vaca preciosa est présente sur Instagram, Twitter et Facebook. Au travers de vidéos et photos, l’agricultrice montre ses élevages et la réalité de son travail. Être positive et montrer ce qu’elle fait, c’est sa ligne de conduite.

Christelle Bousquet : « Si on caresse les bêtes, c’est qu’elles se laissent approcher ».
© C. Bousquet

Christelle Bousquet est éleveuse avec son mari à Mosset et Finestret dans les Pyrénées-Orientales. Elle est arrivée en 2013 sur l’exploitation où Sébastien s’était installé en 2006.  Sur la ferme, se côtoient les brebis Rouge du Roussillon, des porcs de plein air et des vaches Aubrac. Mais sa préférence va à l’élevage ovin. L’arboriculture de son père, elle n’en voulait pas même si « en vieillissant », elle reconsidère le métier. « L’élevage, c’est fait pour moi » dit celle qui communique sur les réseaux sous le nom du Gaec : La Vaca preciosa. Aujourd’hui, elle est suivie par environ 4000 personnes sur Twitter, 1200 sur Instagram et 600 sur Facebook. La jeune femme de 35 ans nous parle de cette facette de son métier qu’elle a initiée en s’installant et qui évolue au fil des années.

Pourquoi êtes-vous sur les réseaux sociaux ?

Chritelle Bousquet - « Au départ, il y a 7 ou 8 ans, j’avais une page Facebook pour communiquer sur ma ferme et développer la vente directe. Je voulais me faire connaître des gens autour de moi et ouvrir les portes virtuellement. Ensuite, c’est allé au-delà de ça. Si ça n’avait été que pour ça, j’aurais arrêté car la vente fonctionne bien à présent. Aujourd’hui, je suis sur les réseaux sociaux pour montrer mon métier. Parfois, j’aimerais bien expliquer plus en détail mais je ne veux pas saouler. Avec les vidéos, on ne peut pas tricher. Si on caresse les bêtes, c’est qu’elles se laissent approcher. Je ne veux pas que les gens pensent que les éleveurs ne travaillent pas bien. Je ne veux pas que les gens aient l’impression qu’on les empoisonne. Quand on voit les choses, ça devient la normalité. » 

Sur quels réseaux sociaux êtes-vous ?

C. B. - « Je suis sur Instagram, sur Twitter et Facebook. Sur TikTok, j’essaie un peu mais j’ai passé l’âge. Je trouve que les moteurs de recherche sont mieux faits sur Instagram et Twitter que sur Facebook. Si quelqu’un cherche à connaitre des éleveurs dans mon département, c’est beaucoup plus facile de me trouver via Instagram ou Twitter. Sur Facebook, il faut avoir le nom précis. Je prends plaisir à y aller. Sur Instagram, il y a beaucoup de femmes de mon âge, beaucoup d’éleveuses qui ont les mêmes pratiques que moi. Sur Twitter, c’est plus des agriculteurs du Nord, sur Instagram, ce sont plus des gens du Sud. Je suis surtout les éleveurs et éleveuses et il y en a beaucoup d’intéressants. Je découvre beaucoup de producteurs. On voit leurs techniques. C’est grâce aux réseaux sociaux qu’on a pu discuter par exemple avec un autre éleveur de brebis qui avait le modèle de tracteur qu’on voulait acheter. On peut voir autre chose, d’autres façons de produire dans des régions différentes. Cela permet même de se rencontrer réellement quelquefois. » 

Le post dont vous êtes la plus fière ?

C. B. - « Je ne sais pas trop. Ce que je trouve bizarre, c’est que quelquefois, je me prends la tête à essayer d’expliquer les choses et ça ne fonctionne pas forcément. Ce qui me fait plaisir, c’est qu’on habite dans un village de 160 habitants et pourtant il y a beaucoup de gens de grandes villes qui nous suivent. Je me dis que j’arrive à montrer une belle image de l’agriculture aux gens. »

Votre meilleure audience ?

C. B. - « C’est une vidéo où je n’explique rien justement. Je marche avec les brebis qui me suivent. Elle a fait 24 000 vues très rapidement sur twitter, c’est étonnant. » 

Le bad buzz que vous n’avez pas aimé ?

C. B. - « Sur Facebook et sur Instagram, je n’ai que des commentaires de gens qui m’aiment bien. Sur Twitter, il y a parfois des commentaires négatifs mais je bloque les détracteurs. Quelquefois, je me demande si ce ne sont pas des gens payés. J’ai l’impression qu’ils viennent d’une autre planète. Je ne réponds pas sinon ça leur fait de la pub. Si vous rentrez dans leur jeu, vous perdez du temps. »

Un post que vous regrettez ?

C. B. - « Non, je n’ai pas de regrets. J’essaie de ne pas trop alpaguer. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on trouve l’agriculture belle, qu’on la voit avec les mêmes yeux que moi. »

Le post qui vous a le plus amusée ?

C. B. - « Je n’en ai pas un en mémoire en particulier. J’aime bien faire des post en commun avec le groupe FranceAgriTwittos. On partage nos images. Il y a tous les types d’agriculture. Ca se passe bien. Dans ce groupe, quand on reçoit des critiques, d’autres agriculteurs viennent à la rescousse. Ca remet un peu de vérité. »

Le post qui vous a marquée, voire énervée ?

C. B. - « Un post qui disait qu’il fallait 10 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande bovine. J’ai fait un tweet pour donner d’autres chiffres sur la consommation publiés par l’Inrae. Les 10 000 litres comprenaient l’eau de pluie qui tombait sur les cultures, l’eau pour nettoyer le matériel… En tant qu’agriculteurs, on est souvent soupçonnés de mentir. Si un vétérinaire dit quelque chose, on ne demande pas la source, les agris si. »

S’il n’y a personne pour montrer, la vérité n’est pas rétablie.

Votre modèle sur les réseaux sociaux, un exemple à suivre ?

C. B. - « J’adore les histoires sous forme de thread. Il y a un éleveur de porc qui est très fort pour ça : Luna De Kereonnec (@kereonnec ). Et aussi Dr Toudou (@DrToudou), un vétérinaire. Ce sont des jolies histoires. On a l’impression de lire un livre. L’éleveur de porcs Adrien de La Croix Triquet, également, est super intéressant. Il nous a expliqué son parcours quand il est venu sur notre ferme nous rendre visite tout comme Marie-Amélie Viargues dans l’Aveyron. En élevage ovin, il  y a Guillaume éleveur de brebis ou Jeremi J sur Youtube par exemple. Je m’intéresse surtout à l’élevage mais je suis aussi des maraîchers, céréaliers ou vignerons comme Emilie et Benjamin de la Vitibio dans l’Hérault. Ils sont très suivis sur YouTube. Même quand on n’y connaît pas grand-chose, on peut comprendre. »

Quel a été votre déclic pour vous lancer ?

C. B. - « On ne peut pas dire " Je laisse faire les autres ". Il faut que tout le monde communique. S’il n’y a personne pour montrer, la vérité n’est pas rétablie. Aujourd’hui, les gens, même à la campagne, ne connaissent pas les réalités de l’agriculture. Il y a une grosse déconnexion. Une question comme " pourquoi tu ne te contentes pas de faire du lait ? ", pour quelqu’un du métier, c’est choquant. Les gens n’imaginent pas que s’il n’y a pas de petits, il n’y a pas de lait, et que pour faire du lait, il faut aussi abattre des animaux pour leur viande. Et si leurs enfants leur posent des questions, qu’est-ce qu’ils vont répondre ? Je me dis que les générations futures pourront voir mes post. » 

Les gens ne connaissent pas les réalités de l’agriculture. Il y a une grosse déconnexion.

Combien de temps passez-vous sur les réseaux sociaux ?

C. B. - « Beaucoup trop, c’est ce que pense mon mari. Il aime bien que je lui montre mes vidéos mais il n’est pas sur les réseaux sociaux. J’y vais le matin. Au petit déjeuner, je regarde. Ensuite dans la matinée, j’essaie de ne pas y aller, pour être bien concentrée sur mon travail. L’après-midi, avant de reprendre, j’y retourne un peu et ensuite j’y reviens le soir. A chaque fois, j’ai l’impression que c’est rapide. Mais avec trois réseaux, on y passe quand même du temps. »

Quels conseils donneriez-vous à un agriculteur qui veut se lancer sur les réseaux sociaux ?

C. B. - « De faire attention à la qualité des images. Les jolies images, ça marche toujours mieux. Ne pas vouloir en faire trop pour ne pas risquer de dire des bêtises. Si je ne sais pas, je ne vais pas dire que je sais. Rester calme et prendre du recul. Faire avec du bon sens et bien sûr prendre du plaisir. » 

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