Aller au contenu principal

« Passer aux matières premières nous a fait gagner 60 000 € »

Face au coût croissant des concentrés, le Gaec La Touche a choisi depuis deux ans de ne plus acheter que des matières premières. Un changement qui a amélioré sa marge sur coût alimentaire de plus de 60 000 euros.

<em class="placeholder">Jérôme et Sandrine Bodin (ici avec leur fils Clément) : « Nos résultats techniques et économiques se sont améliorés, sans plus de contraintes car tout ou presque est ...</em>

Fin 2024, Jérôme et Sandrine Bodin, associés du Gaec La Touche, à Loge-Fougereuse, en Vendée, ont choisi d’arrêter d’acheter des aliments du commerce pour leurs 550 chèvres et de se tourner vers l’utilisation de matières premières. « Nos résultats étaient stables, alors que le prix des aliments ne cesse d’augmenter, expliquent-ils. De plus, avec les matières premières, on sait ce qu’on apporte et nous pouvons en produire une partie. » Le Gaec, qui élève 550 chèvres alpines et 135 vaches allaitantes, dispose de 121 hectares, dont 35 de prairies temporaires, 12 de prairies naturelles, 28 de maïs ensilage, 29 de blé, 6 de triticale et 11 d’orge.

Des apports adaptés selon la qualité des fourrages

Depuis fin 2024, les éleveurs n’achètent donc plus que des matières premières. « Pour trouver l’équilibre, nous utilisons trois aliments constitués chacun de deux matières premières, précisent-ils : orge et maïs grain, luzerne déshydratée et pulpe de betterave, tourteau de soja et tourteau de pression de colza, riche en matière grasse. Tous les fourrages sont analysés. Nous établissons les rations avec notre consultant nutrition de Seenovia, Maxime Blanchard, et les complétons avec des minéraux, de la matière grasse et des levures» Les quantités sont adaptées selon la qualité des fourrages, les cours, la disponibilité, le lot et le stade physiologique des chèvres. « Fin 2024, nous avons fait la transition quatre semaines avant la mise bas, détaille Jérôme. Il n’y a eu aucun problème. » Le concentré protéique est désormais constitué de 70 % de tourteau de soja et 30 % de tourteau de colza gras. « Il varie peu car la valeur MAT du maïs ensilage est assez stable, autour de 8,2 %. » La part de maïs grain et d’orge du concentré énergétique est plus variable, avec 60 à 80 % de maïs et 20 à 40 % d’orge. La part de luzerne, qui apporte fibres et protéines, et de pulpe de betterave, qui apporte fibres et énergie, varie selon la présence ou non d’enrubannage de ray-grass d’Italie dans la ration.

Un automate sur peson

<em class="placeholder">automate</em>

L’orge est produite sur l’exploitation. Les autres matières premières sont achetées à des négociants. « Nous demandons des devis à deux ou trois négociants, indique Jérôme. Et nous avons toujours au moins deux fournisseurs. Celui à qui nous achetons le maïs nous le livre en mélange avec notre orge qu’il a aplatie. » Les éleveurs utilisant aussi des matières premières pour les bovins, les aliments sont achetés par camions de 25 tonnes, pour limiter le coût. Ils sont stockés pour les chèvres dans quatre silos servant auparavant à stocker les aliments du commerce. Pour la distribution, Jérôme prend l’ensilage de maïs dans un godet désileur peseur, puis vient se placer sous un automate sur peson. « Chaque ration est programmée dans l’automate. C’est lui qui commande l’arrivée des matières premières. Et je verse manuellement dans la trémie les minéraux, la matière grasse et les levures. Le mélange réalisé par l’automate tombe dans le godet désileur où il est mélangé avec le maïs. Pendant que je distribue la ration à un lot, l’automate prépare la ration du lot suivant. »

Améliorations techniques et économiques

En 2025, le troupeau a produit 0,5 kilo de lait par chèvre et par jour de plus qu’en 2024, avec un TP identique, un gain de 2 points sur le TB et moins d’acidoses et d’entérotoxémies, un problème auparavant sur l’élevage. Le coût alimentaire a été de 221 euros les 1 000 litres, inférieur de 99 euros les 1 000 litres à celui de 2024. L’augmentation du TB et la baisse du taux cellulaire (effet de dilution) ayant permis une progression du prix payé du lait 22 euros les 1 000 litres, la marge sur coût alimentaire a ainsi augmenté de 121 euros les 1 000 litres, soit pour une production de 500 000 litres, une amélioration de la marge de plus de 60 000 euros. Et 2026 a également très bien démarré. « Si nous avions su, nous serions passés plus tôt aux matières premières » soulignent Jérôme et Sandrine Bodin.

La ration au pic pour des chèvres à 930 litres par an

 

  • 0,5 kg de foin de ray-grass italien au râtelier
  • 3,6 kg d’ensilage maïs
  • 0,3 kg de mélange à 70 % de luzerne déshydratée et 30 % de pulpe de betterave
  • 0,75 kg de concentré protéique (70 % de tourteau de soja et 30 % de tourteau de colza gras)
  • 0,46 kg de concentré énergétique (60 à 80 % de maïs grain et 20 à 40 % d’orge)
  • minéraux, matière grasse, levures

 

Bien choisir ses matières premières

Différentes matières premières sont utilisables pour les chèvres, avec ou sans transformation.

Les matières premières peuvent être des graines (orge, maïs, blé, épeautre, pois, féverole, lupin, soja, tournesol), des coproduits (tourteau de soja, colza ou tournesol, pulpe de betterave, drêches de brasserie ou de distillerie, son de blé…), des fourrages déshydratés (luzerne, maïs). « Ce sont ces matières premières qui servent à fabriquer tous les aliments du commerce, souligne Maxime Blanchard. Un aliment du commerce contient en moyenne douze matières premières. Et l’écart de prix actuellement entre un correcteur à 42 % MAT et des tourteaux de soja et colza est de 100 euros la tonne. » Le choix dépend des contraintes liées à un éventuel cahier des charges (AOP, sans OGM, sans huile de palme…) et de la disponibilité des produits. « Le mieux est d’avoir plusieurs fournisseurs et d’utiliser la même matière première toute l’année » précise Rémi Couvet, d’Eilyps. Les valeurs alimentaires doivent être adaptées au fourrage majoritaire et aux objectifs de production. Le prix doit se voir au regard des UFL et PDI qu’il apporte. Il faut tenir compte de ses possibilités de stockage et reprise. Et le mode de fabrication des coproduits est important. « Il fait varier les concentrations énergétique et protéique, note Maxime Blanchard. Et si le tourteau de pression de colza est plutôt sain, le tourteau d’extraction contient lui des résidus d’hexane, solvant néfaste à la santé des chèvres. »

Intérêt de l’aplatissage

Les produits peuvent être utilisés bruts ou après un process qui améliore la digestibilité, la conservation et détruit des facteurs anti-nutritionnels : floconnage, maïs grain humide/inerté, maïs épi, broyage, aplatissage, extrusion, toastage, tourteaux fermiers. « L’aplatissage, qui coûte 10 à 25 euros la tonne, rend l’amidon accessible tout en gardant la structure, note Hervé Thomas, d’Innoval. C’est un bon compromis entre digestibilité et rumination. » Le coût du transport est de 20 à 40 euros la tonne, le plus économique étant de commander par camion de 25 tonnes. Les matières premières peuvent ensuite être stockées en big-bag (petites quantités), en cellules ou à plat. « Les matières premières, ça fonctionne, pour les chèvres et pour les chevrettes après la phase à volonté, insiste Rémi Couvet. Il faut juste surveiller la minéralisation, les apports de matière grasse et la fibrosité de la ration. » La minéralisation, essentielle au métabolisme, doit être raisonnée dès le plus jeune âge et sans surtout oublier le sodium ni faire l’impasse sur certains oligo-éléments et sur la vitamine D.

Les plus lus

<em class="placeholder">Au milieu de la garrigue provençale, Jean-Pierre Hueso produit des fromages tout en maintenant vivants des paysages ouverts que les chèvres du Rove façonnent depuis des ...</em>
Dans la garrigue provençale, les chèvres du Rove de Jean-Pierre Hueso entretiennent un territoire fragile
Les chèvres du Rove de Jean-Pierre Hueso produisent fromages et cabris tout en entretenant la biodiversité de la garrigue…
<em class="placeholder">chèvre poitevine</em>
Tour de France des races caprines de pays
À côté de l’alpine et de la saanen, treize* races de chèvres sont reconnues en France. Aux quatre coins de l’hexagone, des…
<em class="placeholder">Chèvres corses</em>
Vers une IGP cabri de Corse
Symbole des traditions pastorales insulaires, le cabri de Corse pourrait bientôt bénéficier d’une indication géographique…
<em class="placeholder">Haras de bouc d&#039;Altiani</em>
Un grand bâtiment pour abriter l’avenir de la chèvre corse
Le haras de boucs corses d’Altiani joue un rôle clé dans l’amélioration génétique de la race. Chaque année, une vingtaine de…
Bûchette Président et crottin Rians dans un rayon de supermarché
Lactalis en passe de racheter Triballat
Le projet de rachat de Triballat par Lactalis pourrait rebattre les cartes de la filière caprine française. En intégrant le…
<em class="placeholder">Chèvres de Savoie</em>
Des pépinières de chevrettes pour lancer les élevages de chèvres locales
Les associations de race tentent d’élever de jeunes caprins pour aider à la création de troupeau. Tour des France des pépinières…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 86,70€/an TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Chèvre
Consultez les revues Réussir Chèvre au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Réussir Chèvre