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« Nos relais de croissance sont dans les pays tiers » affirme Emmanuel Bernard

Le marché européen sera en régression dans les années à venir. Pour maintenir le cheptel français à l’identique, il conviendra d’orienter une part croissante des volumes en vif ou en viande sur les pays tiers. Analyse d'Emmanuel Bernard, président de la commission commerce extérieur d’Interbev.

. Dans le contexte franco-français, on a l’impression que seules les ventes sur pays tiers sont en mesure de faire progresser le prix des bovins…

Emmanuel Bernard - Il est évident que les relais de croissance se situent désormais dans les pays tiers. Dans les années à venir, si on se contente du marché français et européen, il faudra diminuer la voilure et labourer des prairies jusque-là valorisées par des cheptels allaitants. Il y a deux scénarii possibles : soit on gagne des parts de marché dans ces pays et on maintient la dimension de notre cheptel. Soit on se replie sur nos débouchés habituels et il faudra ajuster nos effectifs en conséquence.

Sur les pays tiers, il y a deux principales destinations : le pourtour méditerranéen pour le vif ou la viande et l’Asie pour la viande et les abats. Sur le premier marché, nous avons l’avantage de la proximité. Pour le vif, les bateaux utilisés (1200 à 5000 têtes) permettent d’être plus souple que nos concurrents sud-américains ou australiens qui utilisent de plus gros navires. La proximité fait que l’on a aussi la possibilité d’envoyer de la viande fraîche en moins de sept jours sur les principales villes du pourtour méditerranéen.

En 2015, nos abatteurs devront prouver qu’ils ont la capacité d’aller chercher de nouveaux marchés sur les destinations précédemment évoquées en traduisant ces évolutions par une progression des prix. Si ce n’est pas le cas une partie des éleveurs vont cesser de produire. Ce serait dommage. Quand on voit la progression de la demande mondiale, on se dit qu’il y a quand même des perspectives.

. Comment expliquer qu’en Turquie un JB soit vendu autour de 8,5 euros du kilo carcasse ?

E. B. - La Turquie, c’est 80 millions d’habitants dont le pouvoir d’achat est en progression. Les niveaux de consommation demeurent modestes (4 à 5 kg/h/an) mais toute une frange de la population dispose d’un pouvoir d’achat confortable.

Comme d’autres pays musulmans, la Turquie privilégie la viande de mâles. Elle est en cela complémentaire du marché français. Dans ce pays, comme au Maghreb, l’intégralité de l’animal est valorisé. Il ne reste que des os parfaitement nettoyés et une forte proportion des muscles est consommée sous forme de boulettes.

Rappelons aussi que ces pays n’ont pas à composer avec les mesures liées à la prévention du risque ESB. En France, le retrait des Matériels à Risques Spécifiés représente actuellement 190 000 tonnes. Non seulement ces tonnages ne sont pas valorisés, mais leur élimination est coûteuse. À partir du moment où notre pays va passer du statut de risque maîtrisé à risque négligeable et que l’on arrive à valoriser au moins une partie de ces 190 000 tonnes, cela changera forcément les données du problème

. L’offre française est-elle adaptée à la demande asiatique ?

E. B. - En Asie, il faut jouer la carte viande à la française : nos races, la dimension de nos élevages, l’absence d’activateurs de croissance, le bocage, l’herbe, les élevages familiaux et la bonne réputation de notre gastronomie. Dans l’offre agroalimentaire française, vins et autres produits haut de gamme sont bien connus, pas nos viandes.

Pour les faire connaître, Interbev a organisé ces derniers mois des rencontres dans plusieurs de ces pays pour les présenter et les faire apprécier. Et ce, sans oublier les abats. Ces pays en sont friands.

Il faut aussi avoir des entreprises ambitieuses sur ces marchés. Certaines le sont et ont déjà obtenu des résultats. Évidemment, les pays asiatiques représentent un potentiel considérable de par leur population,même si on n’y est présent que via quelques marchés de niche.

Si les Chinois se mettent à consommer 1 kg de plus par habitant et par an cela représente 1,3 million de tonnes, soit l’équivalent de 1 an de production française ! Rappelons que la France a exporté 289 400 tec (1) en 2012 toutes catégories et pays confondus et 263 500 tec (1) en 2014. Dans ces conditions, faire progresser un tant soit peu nos exportations ne semble pas insurmontable, surtout dans la mesure où bien des pays importateurs souhaitent diversifier leur approvisionnement pour le sécuriser dans un contexte de tension géopolitique accru.

(1) Source service des douanes Françaises.

Emmanuel Bernard est depuis novembre 2014 le président de la commission commerce extérieur d’Interbev. Il est éleveur dans la Nièvre sur une exploitation en système naisseur-engraisseur.

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