Face à une l'instabilité géopolitique, le marché mondial de la volaille connaît d’importantes mutations. Entre hausse du coût des intrants, évolution des échanges commerciaux et recherche d’une plus grande souveraineté alimentaire, la filière avicole s’affirme pourtant comme l’une des productions animales les plus dynamiques.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient perturbent les flux mondiaux de la volaille et freinent le développement des pays exportateurs de volailles. Ces tensions engendrent également une forte hausse des coûts de production dans les élevages, notamment avec la flambée des prix de l’énergie, du transport et l’alimentation animale.
“Malgré ce contexte, les échanges mondiaux de volaille continuent de progresser en 2026, portés par de grands exportateurs comme le Brésil et l’Ukraine” explique Mohamed Bouzidi, agroéconomiste à l’Itavi, lors d’une conférence au Space.
Face à ces incertitudes politiques, s’ajoutent les différents accords commerciaux européens, notamment avec le Mercosur, et les risques sanitaires qui sont susceptibles de bouleverser les échanges et les approvisionnements des pays importateurs.
Une forte concurrence internationale qui s’intensifie
Le Brésil s’impose comme l’un des principaux exportateurs mondiaux de volaille, grâce à des coûts de production et d’alimentation animale particulièrement compétitifs, mais aussi à des exigences réglementaires moins strictes qu’en Union Européenne.
Au premier semestre 2026, les exportations brésiliennes de volailles ont progressé de 13,8 %. Près d’un tiers de la production brésilienne est destinée aux marchés extérieurs. A noter, l’interdiction mise en place par l’Union européenne pour les importations en provenance du Brésil à cause de l’utilisation des antibiotiques non conforme aux normes communautaires.
Dans le même temps, « les clients d’hier sont devenus nos concurrents » explique Clément Do, doctorant en sciences économique à l’ITAVI, évoquant le cas de l’Arabie Saoudite. Longtemps importateur de poulet en provenance d’Europe, le pays vise l’autosuffisance sur le marché de la volaille à l’horizon 2030.
Les crises sanitaires, un facteur clé de compétitivité sur le marché de la volaille
Les enjeux sanitaires occupent une place importante et croissante dans les échanges avicoles mondiaux. L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) s’est fortement développée depuis 2020 et tend désormais à s’installer durablement dans plusieurs grands bassins de production (en Europe et aux États-Unis). « Le statut sanitaire constitue désormais un véritable enjeu commercial », souligne Mohamed Bouzidi.
« Le statut sanitaire constitue désormais un véritable enjeu commercial »
La dégradation du statut sanitaire d’un pays entraîne la fermeture de certains débouchés à l’export. Cette pression renforce un réel intérêt de la vaccination contre l’IAHP.
Sur le plan sanitaire, en Europe de l’Est (Allemagne, Pologne mais aussi quelques cas en Espagne), c’est le retour de la maladie de Newcastle, depuis 2025. Elle a entraîné des pertes importantes dans des élevages de poules pondeuses et de volailles de chair.
La maîtrise des risques sanitaires est un enjeu primordial pour préserver les volumes de production, sécuriser les échanges commerciaux et maintenir une forte compétitivité des filières avicoles.
Le commerce mondial de la volaille dirigé par les plus performants
Le commerce mondial de la volaille se concentre autour de six grands exportateurs : les États-Unis la Chine, l’Union européenne le Brésil, la Thaïlande, l’Ukraine.
Les principaux exportateurs de volailles dans le monde en 2025, en milliers de tonnes équivalent carcasse
Etats-Unis
Chine
Union européenne
Brésil
Thaïlande
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La hausse des coûts de production accentue les écarts de compétitivité entre les principaux pays exportateurs de volailles. La flambée des prix des céréales pèse directement sur le coût de l’alimentation animale, avec des répercussions variables selon les pays. Dans l’Union Européenne, les producteurs de volailles sont confrontés à la concurrence du poulet brésilien, ukrainien ou encore thaïlandais, issus de modes de production et de cadres réglementaire différents. Les exigences européennes en matière de normes sanitaires, d’alimentation, de composition et de traçabilité pèsent directement sur les coûts de production des volailles et renforcent les écarts de compétitivité sur le marché mondial.
L’Asie accélère ses exportations de volailles
“Lorsque l’on regarde les chiffres, on constate aujourd’hui que l’Europe importe environ 60 000 à 80 000 tonnes de volaille en provenance de Chine” souligne Jean-Michel Schaeffer, président d’Anvol, interprofession française de la volaille.
En Thaïlande, le marché de la volaille se distingue par sa forte orientation vers l’export, avec 71 % de sa production destinée aux marchés extérieurs. Actuellement, les perturbations du trafic maritime en mer Rouge compliquent les flux vers l’Europe, débouché important de la volaille thaïlandaise. A noter, les résultats d’un récent audit laisse entendre que les contrôles sont mal réalisés en Thaïlande et poussent les acteurs européens du secteur à demander à la Commission de suspendre les autorisations pour la Thaïlande.
En 2026, dans l’UE, 8 pays seulement sont autosuffisants en poulet. Seulement 5 pays de l’UE réalisent 75% des échanges en Europe. En 2025, la Pologne a représenté actuellement 20% des abattages dans l’Union européenne contre seulement 5% pour la France.
“L’UE autosuffisante en apparence mais déficitaire en filets” explique Mathieu Désolé, de l’Itavi. Les importations européennes de volailles ont progressé sur les cinq premiers mois de 2026. Entre janvier et mai, l’Union européenne a importé près de 449 518 tonnes de volailles, soit une hausse de 6,1 % par rapport à la même période en 2025. Les importations en provenance d’Ukraine affichent une progression encore plus marquée, avec +13,8 % sur un an
Malgré une compétitivité fragilisée par la montée en puissance de producteurs à moindre coûts comme la Pologne, la France veut améliorer sa souveraineté en volaille.
La production française de volaille pourrait progresser de 3 à 4 % en 2027, soutenu par une consommation dynamique et le renchérissement du bœuf. Cette croissance représente une opportunité pour la filière française de réduire sa dépendance aux importations et de mieux valoriser sa production à travers la qualité, la traçabilité, le statut sanitaire et les produits à forte valeur ajoutée.