Salade : quelles distorsions de concurrence dans lutte contre le puceron?

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Les produits de contact, notamment les biocontrôle, ont peu d'efficacité sur le puceron Nasonovia ribisnigri. Le produit n'arrive pas a atteindre les colonies généralement nichées au cœur du légume. Crédits : © J-C. Saingier
Tableau : Etat des lieux des familles chimiques et substances actives autorisées en France et en Europe contre le puceron en salade. Crédits : © CTIFL

Avec le retrait des substances actives en salade contre le puceron, la distorsion de concurrence avec les autres pays européens producteurs inquiète les maraîchers qui risquent de se retrouver avec peu de solutions efficaces. À l’occasion de la journée salade, le CTIFL fait le point.

« Presque tous les pays européens producteurs de salade possèdent plus de familles chimiques pour lutter contre le puceron que la France », alerte Élisa Gergaud-Soulier, ingénieur de recherche salade au CTIFL. La journée nationale salade organisée par le CTIFL, à Châteaurenard, le 1er octobre a été l’occasion de faire le point. On dénombre onze familles chimiques pour la Belgique et l’Allemagne et huit pour l’Espagne. La France arrive derrière avec sept familles chimiques à égalité avec l’Italie, dont une en dérogation (Movento).

Contre le puceron, la France privilégie le biocontrôle

« Sur l’usage laitue – puceron en traitement des parties aériennes, la France compte trois substances actives hors biocontrôle et quatre substances de biocontrôle », indique Élisa Gergaud-Soulier. En comparaison, les autres pays européens disposent de cinq à huit substances actives hors biocontrôle qui s’ajoutent à cinq substances actives de biocontrôle pour la Belgique, six pour l’Allemagne, trois pour l’Espagne et deux pour l’Italie.

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Une substance active sur la sellette

Parmi les substances actives hors biocontrôle encore autorisées, l’une d’entre elles est sur le point de voir son autorisation de mise sur le marché retirée : le pirimicarbe. En conséquence, la firme Syngenta a d’ailleurs déjà arrêté la fabrication du Karate K, composé d’un mélange de lambda-cyhalothrine et de pirimicarbe. Après son retrait, seulement deux substances actives hors biocontrôle seront autorisées : la deltaméthrine et la lambda-cyhalothrine.

Moins de modes d’actions disponibles en France

Sans le pirimicarbe, tous les produits encore autorisés, biocontrôle et hors biocontrôle, sont des produits de contact, en dehors du Karate Zeon (lambda-cyhalothrine). Or, « les pucerons, et surtout Nasonovia ribisnigri, s’installent généralement au cœur des salades. L’action des produits phytosanitaires de contact est donc presque inefficace », précise l’ingénieure de recherche. Ce manque d’efficacité a de quoi compliquer sérieusement la lutte contre le puceron en France. Par comparaison, les pays européens concurrents disposent encore de plusieurs produits à action systémique : le cyantraniliprole en Belgique et la flonicamide dans l’ensemble des autres pays par exemple.

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Des solutions disponibles sous certaines conditions

« En plus de la distorsion de concurrence déjà mise en avant précédemment, il faut aussi prendre en compte le fait que tous les produits utilisables ne sont pas autorisés sur tous les types de salade de l’usage », ajoute Élisa Gergaud-Soulier. L’exemple le plus flagrant est probablement la chicorée, type de salade qui n’est couvert par aucun produit dit conventionnel. Si on retire de l’équation le pirimicarbe pour les raisons évoquées précédemment, il ne reste que la lambda-cyhalothrine, seule substance active systémique, qui n’est autorisée qu’en roquette ce qui exclut donc la laitue, la chicorée, la mâche et toutes les autres salades.

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En plus des différenciations d’autorisation en fonction des types de salades, des différentiations sont aussi observables selon les modes de production. Ainsi, en plus de n’être autorisée qu’en roquette, la lambda-cyhalothrine (Karate Zeon) n’est autorisée qu’en production de plein champ. Les quatre solutions de biocontrôle ne sont pas autorisées pour tous les modes de production non plus. En effet, seules la maltodextrine et Beauveria bassiana souche ATCC74040 sont autorisés à la fois en plein champ et en sous-abri. Petite précision concernant la maltodextrine, seul le produit Eradicoat est autorisé en sous-abri et seul le produit Majestik est autorisé en plein champ. L’huile essentielle d’orange douce et l’acide gras/sels de potassium ne sont autorisés qu’en production sous-abri.

Les producteurs de salades français risquent donc de devoir gérer les pucerons avec moins de solutions efficaces et moins de modes d’action que leurs concurrents européens, ce qui alimente les inquiétudes de la filière.

Des conséquences sur la production de salades françaises ?

« Aujourd’hui, le taux d’auto-approvisionnement de la salade est de 60 % », indique Xavier Vernin, expert de l’économie de la filière fruits et légumes au CTIFL. En 2025, la production française de salades, tous types confondus, s’élevait à un peu moins de 300 000 tonnes. C’est 150 000 tonnes de moins qu’en 2012, ce qui traduit une baisse progressive de la production depuis plus de dix ans. Si cette diminution peut être attribuée en partie à la disparition progressive des solutions phytosanitaires, entraînant des pertes de rendement voire un arrêt de la culture par de nombreux producteurs, il n’est toutefois pas possible d’en mesurer précisément l’impact.

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<em class="placeholder">Tableau : Etat des lieux des familles chimiques et substances actives autorisées en France et en Europe contre le puceron en salade.
Etat des lieux des familles chimiques et substances actives autorisées en France et en Europe contre le puceron en salade.

Le Movento sauve 2026

« Les dérogations Movento ont clairement comblé un vide pour la saison 2026 et ont sauvé une grande partie de la production », reconnaît Elisa Gergaud-Soulier, ingénieure de recherche salade au CTIFL.

Produit à base de spirotétramate et autorisé sur un grand nombre de cultures, le Movento a perdu son autorisation de mise sur le marché à l’échelle européenne en octobre 2025, faute de demande de renouvellement par le fabricant Bayer. Plusieurs raisons à cela : des exigences réglementaires trop strictes, un coût économique pour les études de toxicité complémentaires dissuasif et la classification de la molécule comme substance toxique pour la reproduction.

Face au peu de solutions disponibles, deux dérogations ont été autorisées du 19 mars au 17 juillet et du 14 août au 12 décembre 2026. Ces dérogations, uniques en France à l’échelle européenne, sont autorisées en laitue, chicorée – scarole, chicorée – frisée, mâche, roquette et autres salades. Elles concernent également à la fois le sous-abri et le plein champ.

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