Nicolas Lemaire, chevrier bio des Hauts-de-France : « Je suis prêt à partager mon expérience »

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Les chèvres entretiennent les abords du château de Fressin trois jours par semaine. Crédits : © D. Hardy
Nicolas Lemaire partage volontiers son expérience pour permettre l’installation d’autres éleveurs dans les Hauts-de-France. Crédits : © D. Hardy

À Fressin, dans le Pas-de-Calais, Nicolas Lemaire élève une cinquantaine de chèvres bio et accueille chaque année plusieurs milliers de visiteurs. Installé en 2020, l’ancien gendarme a appris son métier en échangeant avec d’autres éleveurs. Une expérience qu’il souhaite aujourd’hui transmettre à d’autres éleveurs bio de la région.

<em class="placeholder">Nicolas Lemaire à la traite des chèvres</em>

« On est tous dans le même bateau. » Chez Nicolas Lemaire, cette phrase revient comme un leitmotiv. Elle résume assez bien sa conception du métier de chevrier : indépendant dans ses choix, mais convaincu que les petits élevages ont tout intérêt à partager leurs expériences. C’est précisément dans cet esprit qu’il souhaite s’engager auprès de Louis, jeune éleveur bio de la région, qui vient de démarrer son activité.

Une première rencontre est prévue le 12 septembre chez Louis, accompagné de Lucille Lutun de l’association Bio en Hauts-de-France et de Vincent Lebrun de Virtuoz, le contrôle laitier de la région. Nicolas compte ensuite l’accueillir à Fressin pour poursuivre les échanges. L’objectif : regarder ensemble ce qui fonctionne, ce qui pourrait être amélioré et surtout éviter au jeune installé certaines erreurs que lui-même a pu commettre. « Je ne dis pas que tout ce que je dis est parole d’évangile, mais ce serait dommage qu’il fasse des erreurs que j’ai pu faire », explique-t-il.

Un accompagnement qui ne s’arrête pas à l’installation

<em class="placeholder">Nicolas Lemaire et ses chèvres au château de Fressin </em>

Pour Nicolas Lemaire, l’enjeu est important dans une région où les élevages caprins restent peu nombreux. « Au nord de Paris, on n’est pas forcément les mieux accompagnés », constate-t-il. Lui-même a bénéficié de plusieurs coups de pouce au moment de son installation, notamment d’un conseiller de gestion. Mais il mesure aussi ce que l’expérience acquise sur le terrain lui a apporté.

Son parcours est d’ailleurs atypique. Petit-fils d’éleveurs de chèvres, il a toujours souhaité travailler dans l’agriculture, mais s’est finalement orienté vers la gendarmerie. Il n’a pourtant jamais vraiment quitté le monde agricole, y travaillant pendant ses permissions puis pendant huit ans au service de remplacement, principalement dans des élevages bovins laitiers. « Ça m’a permis de me faire beaucoup d’expérience professionnelle, de voir ce qui est important », raconte-t-il.

En 2020, il franchit le pas, dégotte une maison avec quatre hectares de pâture à côté et crée la Chèvrerie de la Planquette dans une verte vallée du village de Fressin, dans le Pas-de-Calais. Le troupeau d’une cinquantaine de têtes rassemble des chèvres issues de croisements entre alpine, saanen et poitevine. Nicolas recherche avant tout des animaux capables de valoriser le pâturage, avec des chèvres qui sortent près de 300 jours par an. Tout le lait est transformé en fromages frais, affinés, cendrés, aromatisés, tommes, mais aussi mimolettes ou camemberts et vendus en circuit court.

Accueil pédagogique chronophage

La fromagerie est aujourd’hui de plus en plus prise en charge par Mathilde, son épouse professeur de mathématique, qui souhaite progressivement s’associer à lui tout en conservant son emploi. Une manière aussi de sécuriser les revenus du foyer, dans une activité où les deux mois et demi sans rentrée d’argent liée à la saisonnalité peuvent peser lourd. Cette diversification s’accompagne d’une forte activité d’accueil. La ferme reçoit des scolaires, des groupes, des familles et propose des balades avec les chèvres, notamment jusqu’au château de Fressin où les chèvres y sont en écopâturage trois jours par semaine.

Ces activités de visites, ateliers pédagogiques et autres animations autour de la traite sont une véritable composante économique de la ferme. « L’accueil pédagogique, ce sont nos moissons à nous », sourit l’éleveur de 38 ans en ne cachant pas l’aspect chronophage de son système.

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Pragmatismes et petites astuces

<em class="placeholder">Nicolas Lemaire et ses chèvres</em>

C’est justement cette réalité du métier que Nicolas souhaite montrer à Louis. Au-delà des grandes orientations techniques, il souhaite aussi lui partager les petites astuces et investissements qui font gagner quelques minutes chaque jour : une barrière bien placée, un lave-batterie, des cornadis ou une machine à traire qui fonctionne. « Ce n’est pas parce que tu trais avec une machine que tu n’as plus le contact avec tes bêtes. Au contraire, les bêtes finalement, elles ne seront que mieux », défend-il en citant la pénibilité, la santé de la mamelle ou l’organisation du travail.

Même démarche pour l’alimentation. Nicolas ne veut pas opposer bio et performance technique. « Je suis en bio, mais malgré tout j’ai des chèvres d’un certain gabarit et derrière je donne à manger correctement », explique-t-il. Son approche : rechercher une ration adaptée aux objectifs de production, plutôt que de s’interdire certains leviers au nom d’une vision trop rigide du bio.

Partage des données technico-économiques

Le parrainage avec Louis doit ainsi être très concret. Les deux hommes pourront comparer leurs bâtiments, leurs équipements, leur organisation ou leurs débouchés. Nicolas sait toutefois qu’il ne s’agit pas de reproduire à l’identique le système de l’un chez l’autre. « Tout n’est pas transposable, explique-t-il. Mais certaines idées peuvent être adaptées, et surtout discutées. »

Cette logique de transmission, Nicolas l’a déjà mise en pratique en accompagnant une jeune éleveuse installée à une vingtaine de kilomètres de chez lui. Il lui a même partagé ses données économiques lorsque son banquier lui demandait des références locales. Pour lui, la concurrence entre petits producteurs n’a pas de sens si elle empêche de nouveaux élevages de voir le jour. « La région est assez grande pour ne pas se croiser », sourit-il.

Sortir de l’isolement

Le dispositif de parrainage mis en place avec Bio en Hauts-de-France donne à cette démarche une dimension supplémentaire. L’association accompagne les porteurs de projets et les agriculteurs bio dans leurs installations et leurs évolutions. Elle encourage également les échanges entre producteurs, bio ou conventionnels. « Ça fait du bien d’échanger, apprécie Nicolas Lemaire. On se sent un peu moins seul. » Car après six années d’activité, il sait que la réussite d’un petit élevage ne tient pas uniquement à la technique. Elle dépend aussi de la capacité à s’entourer, à se remettre en question et à ne pas rester seul face aux difficultés. « On est tous dans le même bateau », répète-t-il. Une conviction qu’il entend désormais transmettre à la génération suivante.

Un groupe WhatsApp pour relier les éleveurs

Lucille Lutun de Bio en Hauts-de-France a mis en place un groupe WhatsApp des éleveurs de chèvres de la région. Initialement créé pour échanger sur la collecte des chevreaux, son utilisation s’est étendue et chaque éleveur, bio ou conventionnel, peut poser ses questions ou partager ses infos sur le fil de conversation.

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