Face aux dépérissements, les producteurs de kiwis verts Hayward regardent du côté des nouveaux porte-greffes dont le Bounty, qui ne fait pas l’unanimité.
Le kiwi vert Hayward est à un tournant. Avec le changement climatique, les excès d’eau favorisent l’anoxie racinaire, et donc les dépérissements. Sur les sols difficiles, les nouveaux porte-greffes en cours de test pourraient aider à lutter, mais les données manquent encore. Nous avons interrogé des expertes sur le duo Hayward-Bounty, qui s’avère clivant sur le terrain, ainsi que des kiwiculteurs.
Les résultats sont très variables avec Hayward sur Bounty, selon le BIK
« Selon nos parcelles d’essais, explique Laudine Marchive, ingénieure recherche et expérimentation au Bureau national interprofessionnel du kiwi (BIK), nous avons obtenu des résultats très variables avec Hayward sur porte-greffe Bounty. » En 2022, sur la première parcelle, le BIK a ainsi eu près de 60 % de pertes à la plantation, contrairement aux parcelles suivantes. Il peut selon l’experte s’agir d’un problème de greffe ou d’une réelle incompatibilité, car Bounty débourre plus précocement que Hayward. Sur le terrain, les kiwiculteurs font part d’une variabilité énorme d’un verger à l’autre et certains pépiniéristes font signer des décharges lors de la vente de Hayward greffés sur Bounty. Si un producteur veut malgré tout se lancer, il pourrait se tourner vers des plants plus âgés proposés par certains pépiniéristes ; il y aurait ainsi moins de probabilité qu’ils lâchent.
« Les références bibliographiques sont peu nombreuses et les sources néo-zélandaises déconseillent ce couple porte-greffe/variété qui, dans leurs expériences, causerait une importante chute de fleurs, précise Laudine Marchive. L’utilisation du porte-greffe Bounty pour les variétés jaunes est plus largement plébiscitée, avec plus de recul en production et de bons résultats observés par les producteurs. »
Sur ses trois parcelles d’essais, le BIKteste d’autres porte-greffes plus prometteurs en termes de résistance à l’anoxie, comme Spice24, Jackson ou Roki, qui se comportent bien pour l’instant, ainsi qu’un intersem Tomuri entre Hayward et Bounty pour contourner la possible incompatibilité. « Les plantations sont récentes et nous aurons les premiers résultats sur les données de floraison et de récolte d’ici trois ans », prévoit l’ingénieure.
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Le Bounty convient au Hayward, selon la Scaap Kiwifruits
Si la variabilité évoquée par le BIK invite à la prudence, les résultats observés par Emmanuelle Pancou, responsable technique vergers à la Scaap Kiwifruits, dans les Landes, sont plus positifs. Les producteurs de cette coopérative ont planté 106 hectares de Hayward sur Bounty, dont 10 ha dès 2023, et une cinquantaine d’hectares de kiwis jaunes Soreli et Haegeum sur Bounty. « Nous n’avons pas observé de pertes supérieures à 5 % à la reprise des plants et en N + 1 et N + 2, ce qui est équivalent aux plantations avec d’autres racinaires, explique-t-elle. Ceci bien sûr en dehors d’accidents agronomiques identifiés (technique inappropriée de plantation, problème d’irrigation ou de protection contre les dégâts de gel…). Par conséquent, ce porte-greffe nous paraît adapté au Hayward comme aux kiwis jaunes. »
Cette technicienne évoque un racinaire plus épais et rustique que Hayward, qui atteint rapidement une zone de prospection importante. À ses yeux, les arbres plantés en 2023 se sont bien développés et donnent « du joli fruit, du joli calibre ». Elle juge le porte-greffe vigorisant dans les conditions pédoclimatiques dans lesquelles les producteurs de la Scaap l’ont planté, à savoir des sols limoneux, qui retiennent l’eau et sont sujets aux asphyxies. « Lors des tests que nous réalisons, ajoute-t-elle, le Bounty accepte une plus longue période d’immersion totale sans air, comparé au racinaire Hayward. »
Elle pointe un inconvénient : il est fastidieux de le regreffer en verger en cas de problème sur la greffe car ses repousses sont très fines, et le suivi de greffage est très technique. La Scaap achète le Bounty déjà greffé à des pépiniéristes français, italiens, grecs ou autres, sachant que la forte demande entraîne des délais. « Il peut y avoir une attente d’un à deux ans, prévient Emmanuelle Pancou. Mais c’est le temps nécessaire pour pouvoir fabriquer des plants de qualité. On ne leur laisse pas toujours le temps de pousser, ils restent souvent un an seulement en pépinière. Ainsi les plants livrés sont plus petits et donc plus fragiles et exposés à tout type d’accident. »