En quelques années, la SCEA Des Sables, en Loire-Atlantique, a profondément revu ses pratiques de maraîchage. Objectif : améliorer la vie du sol pour moins dépendre des intrants et préserver son potentiel de production.
En cinq ans, la SCEA Des Sables, qui exploite 70 hectares de maraîchage et 80 hectares de grandes cultures et courges à La Planche, en Loire-Atlantique, a fortement modifié ses pratiques de maraîchage. Elle a réduit le travail du sol. Elle planifie désormais ses rotations sur deux à trois ans. Elle déploie des couverts végétaux, des apports de matière organique ou encore sème de la mâche sans sable. « Dans le maraîchage nantais, les sols, sableux, étaient considérés jusqu’ici comme un support favorisant la précocité et permettant de faire plusieurs cultures identiques à suivre en y apportant l’engrais au bon moment, avec l’irrigation, la désinfection des sols au métam-sodium… », analyse Régis Chevallier, associé de la SCEA Des Sables avec David Dubois. La situation a commencé à changer en 2017-2018, avec le retrait du métam-sodium. « Nous avons alors commencé à réfléchir à l’agroécologie, à voir le sol autrement, se rappelle le maraîcher. Nos collègues serristes nous parlaient déjà de sol vivant, de vers de terre, de matière organique… Alors que nous, qui produisons en sol, en parlions très peu. Puis la guerre en Ukraine a entraîné l’explosion du prix des engrais, de l’énergie, du plastique, des pesticides… Nous nous sommes rendu compte que nous étions très dépendants d’intrants venus surtout de l’étranger, que notre modèle sans le métam-sodium était trop fragile, qu’il y avait trop de risques de maladies du sol… »
L’arrêt de la désinfection vapeur
La diversification des cultures a été la première évolution. Alors que l’exploitation reposait par le passé sur le poireau et la mâche, les 70 hectares de maraîchage, dont 14 hectares de grands abris plastiques, se répartissent aujourd’hui entre de la mâche et des jeunes pousses (épinard, roquette, salade) produites toute l’année, du poireau primeur et du radis équeuté. Et les 80 autres hectares accueillent des grandes cultures, des courges butternut, du potimarron, des mini-pastèques et du melon. Mais leur réflexion sur le sol a amené les deux associés à de plus fortes modifications encore, il y a cinq ans. Un premier axe a été d’arrêter le labour, néfaste à la vie du sol.
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Un autre a été l’arrêt de la désinfection vapeur. « La désinfection vapeur était faite surtout pour la maîtrise de l’herbe, explique le maraîcher. Mais elle détruit la vie du sol et elle est devenue hors de prix. » Un point important a aussi été de planifier l’assolement à la parcelle sur deux à trois ans. « Cela permet de prévoir assez tôt une diversification des espèces et des familles, pour casser les cycles des maladies, capter les nutriments à différentes profondeurs… » Autre levier désormais généralisé : l’apport massif de matière organique (composts de déchets verts, de champignonnière, de marc de raisin, mélanges intégrant des fientes de volailles…). « Nous faisons deux apports par an en alternant les composts, à raison de quinze à vingt tonnes par hectare par apport, au printemps avant les couverts et en fin d’été sur toutes les parcelles. »
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Ne plus retourner le sol
La mise en place de couverts du 1er mai au 30 juin fait également partie des changements de pratiques. Il s’agit en général de moha semé dense et réincorporé au sol. « Comme nous manquons d’eau, nous ne les irriguons pas, précise Régis Chevallier. Mais ils apportent de la matière organique et restructurent le sol. Nous en semons vingt hectares par an. » Le travail du sol a été fortement réduit. « Nous ne labourons plus et évitons le plus possible de retourner le sol. » Pour remplacer le rotovator, la SCEA a acheté un fissurateur, aux dents droites, qui cassent la semelle de labour sans retourner le sol. Et pour la destruction des couverts, auparavant faite au rotovator, elle a acquis un Disc-O-Mulch, outil doté de deux rangées de disques qui broient les racines, mais ne retournent pas le sol. « À l’automne, nous utilisons quand même une rotobêche et une fraise pour refaire les planches, intégrer le compost, la fumure de fond… », admet le maraîcher. Enfin, une évolution importante a été de réduire les apports de sable. « Dans la région, du sable est traditionnellement apporté lors des semis de mâche, radis, jeunes pousses… pour faciliter la germination, réchauffer le sol, faciliter la récolte de la mâche…, explique Régis Chevallier. Mais avec cinquante tonnes par hectare et par an pour la mâche et des apports en radis et jeunes pousses, cela représente de gros volumes qui “diluent” les apports de matière organique. » Tous les radis et jeunes pousses sont donc désormais cultivés sans sable. Et la SCEA s’est équipée d’un nouveau semoir et d’une nouvelle récolteuse permettant de produire de la mâche sans sable.
Une démarche sur le long terme
Au total, plus de 300 000 euros de matériel ont été investis pour ces nouvelles pratiques. Mais avec l’arrêt du sablage en radis, jeunes pousses et pour la moitié de la mâche, l’exploitation est passée de 10 000 tonnes par an de sable utilisé à 2 000 tonnes par an, soit, à raison de 15 euros la tonne, une économie de 120 000 euros par an, sans compter le temps et le carburant utilisés pour le sablage. « Cultiver sans sable est favorable aux sols et a un vrai intérêt économique », insiste Régis Chevallier. S’y ajoute une économie d’environ 100 000 euros par an en fuel liée à l’arrêt de la désinfection vapeur, là encore sans compter le temps passé. L’impact sur les sols est encore peu visible. « Le rendement n’a pas augmenté, le besoin en eau n’a pas diminué et le taux de matière organique n’est encore que de 1 à 2 %, alors que l’objectif est de 4 %, note le maraîcher. La matière organique se minéralise très vite en sol sableux. » L’évolution des pratiques a toutefois permis de réduire la fertilisation minérale d’environ 10 %. Les analyses montrent aussi qu’il y a plus de vie dans les sols. Il y a moins de maladies liées, par exemple, à Olpidium virulentus, responsable de la transmission de virus, ou à Thielaviopsis basicola qui entraîne la pourriture noire des racines. « Nous avons moins d’échecs aujourd’hui, assure Régis Chevallier. Alors que sur le long terme, des parcelles seraient devenues improductives à cause des maladies qui s’expriment davantage dans des sols faibles. »
Produire de la mâche sans sable est plus technique
Pour la SCEA Des Sables, cultiver des radis ou des jeunes pousses sans sable est assez facile. « Les levées sont un peu moins bonnes, admet Régis Chevallier. Il faut plus arroser. Mais globalement ça fonctionne. Produire de la mâche sans sable est en revanche plus délicat, les graines ne germant pas facilement. » La mâche étant en général produite sans sable en Italie, la SCEA s’est donc équipée d’un « Pack sans sable » italien distribué en France par Axion, constitué d’un semoir Agricola et d’une récolteuse Hortech. Onze unités de semis triple ligne assurent un semis très précis. Un rouleau arrière en caoutchouc crénelé forme ensuite des microbillons de terre qui recouvrent les lignes de semis. « Les graines se retrouvent sur le haut du microsillon et profitent du drainage et de la chaleur qu’il apporte. » Des arrosages plus fréquents avant et après semis sont en revanche nécessaires pour maintenir l’humidité autour des graines et assurer la germination. « Le semis est plus technique, admet le maraîcher. La première année a été laborieuse. Mais nous y arrivons aujourd’hui sous abri. Nos essais en extérieur n’ont en revanche pas été concluants pour l’instant, l’humidité du sol étant plus difficile à maîtriser en plein champ. »