Même si elle est encore loin d´être terminée, on peut affirmer sans prendre beaucoup de risques que l´année 2008 ne sera pas un grand cru pour les producteurs de viande bovine. Fièvre catarrhale, blocage de la frontière italienne, hausse considérable du prix des intrants incontournables pour le fonctionnement au quotidien des exploitations. Cela, alors que les tarifs des animaux finis ne décollent toujours pas. En ce début de printemps, on guette avec impatience le petit rayon de soleil qui pourrait redonner un peu de baume au coeur à un secteur dont la plupart des acteurs ont actuellement le moral en berne.
« Cela fait 20 ans que je côtoie les éleveurs de l´Allier et je ne les avais encore jamais vus ainsi. Disons qu´ils sont entre dépités et dégoûtés, et surtout angoissés du manque de lisibilité sur le devenir de leur profession dans les mois et années à venir », souligne Raphaël Colas, responsable de la production à Socaviac, une importante organisation de producteurs du département de l´Allier et dont la zone d´activité déborde sur les départements limitrophes. Si la FCO et ses répercussions ne font qu´aggraver le phénomène, le problème est pour lui avant tout lié à la hausse des charges auxquelles il est bien difficile d´échapper. « On se demande où ça va s´arrêter ! Pour une exploitation d´élevage moyenne pour la région (150-180 ha), entre la hausse du fioul, des engrais et des aliments, ça fait autour de 12 000 euros en plus à sortir sans avoir pour autant davantage de marchandise ou de carburant disponible. Du coup on voit actuellement des impasses sur certains engrais, et beaucoup d´éleveurs ont fait le choix d´un aliment d´entrée de gamme pour la complémentation de leurs broutards. Les aliments haut de gamme désormais à plus de 300 euros la tonne sont de plus en plus délaissés. »
Très attractive céréaliculture
Pour remédier à cette hausse du prix des aliments composés et des céréales achetées, la tendance serait très nettement à la hausse des surfaces semées en céréales par les éleveurs, même s´il est encore impossible de confirmer cette tendance par de véritables données statistiques. Même en Corrèze, département pourtant herbager par excellence, le 100 % herbe semble être remis en question dans de nombreuses exploitations dès l´instant que l´altitude et le potentiel agronomique des sols permet raisonnablement d´envisager de semer quelques parcelles en céréales. « Ce n´est encore qu´une impression impossible à chiffrer. Il y a bien entendu la volonté d´améliorer l´autonomie en aliments concentrés, mais aussi le problème de la paille qui a généré de grosses factures l´an dernier », estime Christian Delmas, en charge du suivi du réseau de fermes de référence pour ce département. Cette tendance est confirmée par Raphaël Colas dans l´Allier. « Dans des zones comme le sud du Cher, on voit aussi des agriculteurs qui avaient déjà semé davantage de céréales à l´automne et qui ont labouré quelques prairies supplémentaires cet hiver pour semer du tournesol. Entre contraintes de chargement et besoins de trésorerie, on sent venir une vague de décapitalisation dans certains cheptels », estime le technicien de Socaviac qui s´attend à voir arriver plus de vaches de réforme sur le marché de la viande dans les mois à venir.
Le côté décidément très attractif de la céréaliculture tendrait aussi à séduire des engraisseurs spécialisés. Ce serait le cas en Haute-Vienne. « Avec un comportement très opportuniste, certains vont faire du maïs sur des terres où ils n´en avaient jamais fait auparavant quitte à arrêter ou diminuer l´engraissement cette année. Les gens sont dans l´attente. Mais beaucoup s´interrogent encore », explique Frédéric Pierre, directeur d´Opalim, une organisation de producteurs non commerciale du Limousin. Dans le grand berceau allaitant du Massif central, la fermeture momentanée de la frontière italienne ne devrait pas se traduire par un développement massif de l´engraissement des animaux sur les exploitations herbagères qui les ont vus naître. « Compte tenu du coût actuel d´une ration d´engraissement et même si les animaux sont vendus 3,80 euros du kilo est-ce vraiment rémunérateur d´engraisser ses broutards s´il faut acheter à l´extérieur la totalité de leur alimentation ? », s´interroge Frédéric Pierre, pas vraiment convaincu de l´intérêt économique de cette opération pour un éleveur jusque-là naisseur.
Quand des stocks de céréales ou d´ensilage de maïs sont disponibles, l´engraissement devrait malgré tout concerner un nombre accru d´animaux chez des éleveurs jusque-là principalement naisseurs. « Nous avons aussi vendu en ce début de printemps des animaux pour des faire des mises en place dans les principales zones habituelles d´engraissement : le Grand-Ouest, le Nord et la Champagne », indique Thierry Picaud, responsable commercial de Creuse Corrèze Berry Elevage, dans la Creuse.
Seule, l´augmentation du prix de la viande...
Après vaccination, la plupart des animaux qui en temps normal auraient du être exportés ces dernières semaines, sont toujours chez leurs naisseurs qui attendent avec une impatience non dissimulée le feu vert italien. « On conseille aux éleveurs de bien les nourrir. De respecter une courbe normale de croissance. Il faut garder des animaux qui correspondent bien à ce débouché italien. Des bêtes bien faites, qui peuvent monter jusqu´à 500 kilos, mais qui ne soient pas grasses », soulignent Didier Ratery et Serge Rieutort, exportateurs en Lozère. Même remarque de la part de Thierry Picaud qui craint cependant de voir arriver en juin, quelques lots d´animaux de très mauvaise qualité, maigres, légers et mal préparés par leurs propriétaires confrontés à de gros problèmes de trésorerie. « Les fourrages ont dans l´ensemble été de mauvaise qualité et beaucoup d´éleveurs, démoralisés risquent d´avoir mal complémentés leurs animaux. » Malgré toutes les déclarations faites en haut lieu sur l´impact de la hausse du coût des produits alimentaires pour les consommateurs qui menace de faire sérieusement déraper l´inflation pour l´année en cours, seule l´augmentation du prix de la viande finie permettra de répercuter sur l´aval l´augmentation des coûts de production. Si ce n´est pas le cas d´ici peu, il faut s´attendre à enregistrer un début de décapitalisation du cheptel allaitant français.
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