« Faire la feuille » pour pallier le manque d’herbe

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En été, la disponibilité en herbe est de plus en plus impactée par le manque de pluie et les fortes chaleurs. Lorsque l’exploitation s’y prête, l’affouragement en feuilles d’arbres et de haies est une alternative, au moins pour une partie du troupeau. Les apports nutritionnels et les essences d’arbres préférables pour l’affouragement ont fait l’objet de récentes études. Ce dossier vous propose le mode d’emploi de cette pratique à la fois ancestrale et toujours d’actualité.

« Faire la feuille », c’est-à-dire affourager les brebis avec les branches des arbres et leurs feuilles restées vertes, est une pratique très ancienne dans les exploitations bocagères du Massif central. En zone limousine, ce sont essentiellement des haies et des arbres isolés qui sont alors coupés. Les essences sont variées.

Sur le territoire auvergnat, il s’agit majoritairement d’alignements d’arbres, essentiellement des frênes spontanés ou plantés depuis cinquante à soixante-dix ans.

« Un complément de la ration estivale des brebis »

<em class="placeholder">Brebis ingérant des feuilles comme fourrage.</em>
Les feuilles d'arbre constituent un fourrage de remplacement de l'herbe en cas de sécheresse estivale. © Ciirpo
« En cas de sécheresse, je coupe les branches des frênes pour mes brebis, témoigne Jacky Bergougnoux à Saint-Bérain en Haute-Loire. Selon moi, c’est intéressant de faire manger la feuille si on peut valoriser le bois derrière avec des plaquettes, du bois de chauffage. Sinon, c’est trop de travail ! »

Nicolas Melin, éleveur à Clugnat en Creuse, a adopté cette pratique depuis cinq ans : « Je coupe quand il fait sec et que je manque d’herbe. Mes prairies sont ainsi au repos et ne sont pas surpâturées. Elles redémarrent plus vite après les pluies. Les années où il y a suffisamment d’herbe, je ne le fais pas. La biomasse continue alors à s’accumuler sur les arbres. C’est une ressource très souple. On ne l’utilise que si on en a besoin. »

Les feuilles mais pas seulement

Alimenter les brebis n’est pas l’unique objectif des éleveurs. Jean-Paul Portal, du Gaec des Myosotis à Chaliers dans le Cantal, indique que « les arbres sont taillés pour l’entretien des paysages, l’esthétique. C’est un élément très important pour nous. Nous élaguons un à deux arbres par jour pour les brebis ».

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Mathieu Serieys, du Gaec Fleuri à Soudaine-Lavinadière en Corrèze, plante des haies d’essences fourragères. « L’objectif est d’avoir de l’ombre dans les prairies et d’améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol. Nous avons prévu de faire manger les feuilles aux brebis pour assurer une sécurité alimentaire. » Des aides à l’implantation des haies sont possibles dans le cadre du Pacte en faveur de la haie.

À partir du 16 août, la coupe de branches d’arbres est autorisée (voir encadré). Les feuilles constituent alors un complément possible de la ration estivale des animaux à besoins faibles et modérés. Même s’il est difficile de quantifier le volume coupé et en conséquence les niveaux de consommation des brebis, les feuilles participent de façon significative à la ration des brebis.

L’un des éleveurs enquêtés estime qu’un « mois de feuilles » économise dix bottes de foin pour 100 brebis. Une récente étude (1) vient d’en quantifier les intérêts et les limites.

(1) Projet Climagrof 2 financé par le FNADT, l’Agence nationale de cohésion des territoires, la région Nouvelle-Aquitaine et piloté par le Ciirpo. Pour en savoir plus : dossier climagrof2 sur www.idele.fr

Une pratique réglementée

Dans le cadre de la politique agricole commune, la taille des haies, arbres et bosquets est interdite entre le 16 mars et le 15 août. Ces dates sont cohérentes avec la physiologie du cycle végétal mais pas forcément corrélées avec le besoin en feuilles lors de sécheresses précoces. En revanche, le prélèvement direct de feuilles et de jeunes tiges par les animaux n’est pas réglementé.

<em class="placeholder">Colza associé à deux trèfles en ACS</em>
Le colza est implanté en direct à 60 gr/m2 vers la mi-août. Le semis a été réalisé au monograine à 50 cm en association avec du trèfle blanc nain à 3 kg/ha et du trèfle d'Alexandrie à 5 kg/ha. L’agriculteur estime que l'entre-rang important du colza a facilité l'implantation du trèfle mais à l’inverse, le trèfle bien développé aurait trop concurrencé le colza. « Je vais finalement semer au Semeato cette année avec semis du trèfle à la herse à paille + Delimbe auparavant »,mentionne Benoit. L’objectif serait également de faire une coupe de trèfle après récolte du colza mais pour le moment, la capacité de stockage du séchoir est trop petite pour absorber cette récolte supplémentaire. Un bâtiment supplémentaire est à l’étude. Crédits : © Benoît Gobin

Benoît Gobin en Val de Saône : Un séchoir au service du semis direct

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