Allemagne : « Mon troupeau est protégé à 105 % »

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Felix Körner avec sa compagne Liane, qui travaille dans l'exploitation. Crédits : © F. Lachmann

En Allemagne, au sud de Berlin, Felix Körner a récemment repris les rênes de l’élevage de brebis familial pour le mener vers l’avenir.

Si le soleil de midi ne brillait pas si bas dans le ciel, on aurait du mal à croire que Felix Körner et sa jeune équipe sont au travail en ce début décembre. Malgré l’approche de la fin de l’année, les températures affichent des valeurs à deux chiffres, à tel point que les employés de Körner ont directement retiré leurs lourdes vestes d’hiver pour installer les clôtures. Le troupeau du futur maître berger, composé en grande partie de moutons de race Bentheim (Bentheimer Landschaf) et de suffolks, broute sur l’une des rares prairies encore bien vertes, complétant ainsi ce tableau atypique pour la saison.

« Les Bentheimer sont très robustes et dociles ; elles s’accommodent parfaitement des terrains pauvres. Plus on leur donne d’affection, plus elles nous le rendent », explique le jeune homme de 31 ans pour décrire les atouts de cette race. Il élève également ses suffolks de manière très extensive, ce qui n’est pas forcément typique de la race mais fonctionne très bien chez lui. « De plus, les suffolks sont excellents en croisement, ce qui les rend précieux pour nous. » Felix envisage même un essai de croisement à trois races : croiser d’abord les Bentheimer avec des moutons britanniques Lleyn, puis enrichir la descendance femelle avec une troisième race.

 

 
<em class="placeholder">Brebis Bentheimer pâturant un bois</em>
Des Bentheimer en action. Les moutons font reculer les buissons et les arbres. © F. Lachmann

Changement de génération

Avec ses animaux, il exploite environ 350 hectares de pâturages autour de l’ancien terrain d’entraînement militaire de Jüterbog, au sud de Berlin en Allemagne, devenu aujourd’hui la réserve naturelle « Forst Zinna-Jüterbog-Keilberg ». La majeure partie est constituée de zones de reconversion, c’est-à-dire d’anciens sites militaires réhabilités à des fins civiles, de paysages de landes et de pelouses sèches. Felix Körner évalue la surface fauchable à environ 80 hectares.

Parler de « sa propre » exploitation lui est encore un peu inhabituel. Ce n’est qu’une bonne semaine auparavant, le 1er décembre, que la transmission générationnelle s’est officiellement opérée au sein de la famille. Son père, Jürgen Körner, qui s’est installé comme berger indépendant en 2003 en fondant la Flämingschäferei Körner [la bergerie Körner du Fläming], reste actif dans l’entreprise. Sur le plan purement formel, le duo père-fils gère désormais une GbR (société de droit civil), dont Felix Körner est le gérant associé.

Le site de l’exploitation, loué à l’État par les Brandebourgeois, sort lui aussi de l’ordinaire. Quiconque souhaite visiter l’élevage doit prendre rendez-vous devant un grand portail métallique et attendre qu’on lui ouvre. Ce vaste terrain a en effet servi de caserne à une garnison prussienne, puis, de 1945 à 1993, d’antenne à une escadrille d’aviation soviétique. Un hangar d’aviation historique, reconverti en bergerie, s’avère particulièrement impressionnant. « Malheureusement, il n’y a ici ni électricité ni eau courante », regrette le jeune entrepreneur.

Début d’année rime avec agnelage

Le site offre suffisamment d’espace pour le cheptel qui a récemment grimpé à environ 1 400 têtes, dont 250 antenaises de l’année précédente. Le début de l’année correspond traditionnellement à la période d’agnelage pour les troupeaux de Körner. « Cette année, environ 600 bêtes vont agneler », rapporte Felix. « En principe, il pourrait y en avoir plus, mais ces dernières années, nous avons parfois manqué de main-d’œuvre. Nous avons donc délibérément réduit le nombre et ne souhaitons l’augmenter qu’à l’avenir. Heureusement, les prix actuels des agneaux le permettent. »

L’agnelage hivernal pose de vrais défis à l’exploitation. « Alors que les besoins énergétiques des animaux sont particulièrement élevés durant cette phase éprouvante, nos pâturages n’offrent que peu de réserves pour un approvisionnement hivernal. Cela signifie que nous devons systématiquement acheter du fourrage pour l’hiver », explique-t-il.

 

 
<em class="placeholder">Felix Körner et un border collie en extérieur</em>
Felix Körner travaille avec un Border collie et trois Working Kelpies © F. Lachmann

Chez les Körner, la reproduction ne sert pas seulement à renouveler le cheptel, mais vise avant tout la sélection génétique. Ainsi, les moutons de pays de Bentheim ainsi que les suffolks sont inscrits au livre généalogique (Herdbuch) depuis la création de l’exploitation. En 2025, près de 180 moutons de Poméranie (Rauhwolliges Pommersches Landschaf) sont venus s’y ajouter, repris d’un berger ami, et sont depuis également inscrits au livre généalogique.

Un parcours qui n’était pas tracé d’avance

Rien n’indiquait au départ que Felix Körner reprendrait un jour le flambeau paternel. Agriculteur de formation et non berger, son intérêt initial se portait exclusivement sur les grandes cultures. Néanmoins, il aidait occasionnellement son père, le plus souvent en tant que spécialiste de la mécanique. C’est à cette période que le déclic s’est produit. « Comme ce n’était pas prévisible il y a encore quelques années, je suis d’autant plus ravi que les choses se soient passées ainsi », confie Jürgen Körner au sujet de cette transmission réussie. Les nouvelles perspectives de planification le rassurent, sachant qu’il lui reste lui-même dix ans avant la retraite.

Mais qu’est-ce qui a fait changer d’avis le fils ? « Au départ, je voulais juste un border collie pour faire ce pour quoi il est fait : travailler avec des moutons », dit-il dans un sourire. « Et maintenant, je me retrouve d’un coup avec plus de 1 000 brebis. » Jürgen Körner s’appuyait déjà largement sur les chiens, mais pas sur des chiens de conduite, plutôt sur des chiens de protection. Face à la forte pression des loups dans le Brandebourg, ces canidés spécialisés sont devenus indispensables dans la région depuis bien longtemps. Les Körner font principalement confiance aux patous. Une trentaine de chiens de protection veillent actuellement sur le bien-être des moutons au pâturage.

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<em class="placeholder">Trois patous en extérieur</em>
En plus d'une bonne clôture, les moutons sont protégés par plusieurs équipes de chiens de protection. © F. Lachmann

Les dangers rôdent en nombre dans les environs. Pas moins de cinq meutes de loups installées sont officiellement confirmées dans le secteur. « C’est pour cette raison que nous appliquons rigoureusement 105 % de protection des troupeaux », explique Felix Körner, faisant référence à cette rigueur absolue qui consiste à tester continuellement les mesures dans les moindres détails. Chaque jour, ils s’assurent que la tension souhaitée est bien présente partout sur les clôtures. « Nous ne croyons pas aveuglément à l’efficacité de nos clôtures de protection et de nos chiens ; nous vérifions chaque jour chaque mètre de clôture pour détecter la moindre faille ! » Et lorsqu’en janvier, pendant une tempête de neige, il a découvert des traces de loup fraîches le long des parcs, il a immédiatement prévenu le responsable du suivi régional des loups.

Une protection plus efficace pour les clôtures

Après des attaques répétées de loups entre 2018 et 2022, l’exploitation a totalement abandonné les filets au profit du système de clôture de la marque Rappa. Körner l’équipe systématiquement de six fils électriques. Pour améliorer encore l’effet protecteur, il a développé avec son équipe un principe « plus-moins » indépendant de la prise de terre. Si un loup tente de sauter à travers la clôture, il touche presque inévitablement deux fils de polarité opposée, fermant ainsi le circuit électrique, ce qui inflige une décharge immédiate à l’animal.

« L’idée vient bel et bien de chez nous. Je l’ai présentée plus tard au fabricant et, depuis, j’anime pour son compte des formations afin d’expliquer sa mise en œuvre exacte à d’autres bergers », explique Felix Körner. Ses clôtures affichent en permanence une tension d’au moins 8 000 volts et une énergie de décharge d’au moins deux joules, ce qui est supérieur aux minimums légaux. « En dessous de 8 000 volts, je ne dors pas tranquille », insiste le futur maître berger.

 

 
<em class="placeholder">Voltmètre utilisé pour contrôler une clôture électrique</em>
Contrôle quotidien (!) de la clôture. La tension ne doit pas descendre en dessous de 8 000 volts. © F. Lachmann

Les efforts portent leurs fruits

Cette stratégie s’avère payante. Depuis 2022, l’exploitation n’a subi aucune attaque, alors que les agressions restent fréquentes dans le voisinage immédiat. Körner croit en un effet d’apprentissage chez les loups. Ce prédateur opportuniste et intelligent sait désormais très bien que ses chances de réussite face à ces troupeaux sont extrêmement faibles, et cherche donc d’autres cibles. « Souvent, les loups cherchent à repérer des failles le long des clôtures, mais chez nous, ils n’en ont pas l’occasion car nos chiens interviennent immédiatement. » Et si le carnivore tente malgré tout un contact avec la clôture, l’expérience est si douloureuse que l’animal renonce de lui-même à toute autre tentative.

 

 
<em class="placeholder">Deux personnes installent des clôtures électriques avec un quad.</em>
Tom, salarié et Kathi, apprentie, lors du montage d'un parc. © F. Lachmann

Un concept aussi lourd ne peut être mis en œuvre qu’avec le personnel adéquat. Felix et Jürgen Körner emploient actuellement trois jeunes salariés, dont la compagne de Felix, Liane, qui passe elle aussi son brevet de maîtrise, ainsi qu’une apprentie. « D’un point de vue purement comptable, nous avons besoin de 2,5 équivalents temps plein uniquement pour la protection du troupeau, c’est-à-dire s’occuper des chiens et monter les clôtures », calcule Felix Körner. Bien que l’exploitation ait droit à des subventions pour ces prestations, leur versement a parfois été bloqué par le passé. Entre-temps, la situation a pu être clarifiée avec les autorités. À l’avenir, le Brandebourgeois souhaite élargir son assise économique pour être mieux armé face à de telles situations. Il voit notamment la vente directe comme une option et étudie actuellement les différentes filières possibles.

Traduit de l’allemand par intelligence artificielle et édité par Daphnée Séailles
Remerciements à la revue "Schafzucht" pour leur aimable collaboration

Portrait

Felix Körner a suivi de 2012 à 2015 une formation agricole avec double qualification, lui permettant d’obtenir simultanément son baccalauréat professionnel. Il a ensuite mis de côté ses projets d’études initiaux pour suivre une formation continue de technicien agricole diplômé d’État. Celle-ci intégrait le certificat d’aptitude à la formation, ce qui l’autorise depuis lors à former des agriculteurs. Depuis 2023, il suit les cours du brevet de maîtrise de berger au domaine expérimental saxon de Köllitsch, dont il est sur le point d’être diplômé. Körner est également membre du conseil d’administration de l’association des éleveurs de moutons de Berlin-Brandebourg (Schafzuchtverband Berlin-Brandenburg) ainsi que porte-parole régional pour l’association fédérale des bergers professionnels (Bundesverband Berufsschäfer).

 

 
<em class="placeholder">Jürgen Körner, éleveur ovin allemand et un de ses chiens</em>
Jürgen Körner s'est installé à son compte en 2003. © F. Lachmann

Chiffres clés

 

  • 1 400 brebis mères et chèvres
  • 350 hectares de pâturages
  • 2 associés, 2 salariés, 1 apprentie
  • 30 chiens de protection, principalement des patous
  • 3 Working Kelpies, 1 border collie
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