Blé tendre 2027 : vers une hausse des charges de 100 euros par hectare en 2027

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Graphique - Historique des charges d'intrants en polyculture'" entre 2021 et 2026 dans l'AubeTotal des charges d'intrants(2) Crédits : © Source : Cerfrance Champagne Nord Est Île-de-France
Alors que les rendements moyens des grandes cultures se dégradent, les coûts de fertilisation ont été multipliés par deux en quinze ans, contrairement aux prix de vente qui n’ont pas suivi la même dynamique. Crédits : © Réussir SA

La flambée des prix de l’énergie continue de renchérir les coûts de production agricoles, en particulier pour les engrais azotés et les carburants. Les premières estimations pour 2027 tablent sur une hausse d’environ 100 €/ha en blé tendre, obligeant les producteurs à revoir leurs stratégies.

La hausse des coûts de production des exploitations agricoles va se poursuivre en 2027. D’après les chiffres publiés par Agreste (ministère de l’Agriculture) le 9 octobre, la hausse du prix des intrants agricoles (engrais, semences, produits phytos et carburant) s’élève déjà à 10 % entre août 2025 et août 2026. En cause, la hausse des prix de l’énergie (pétrole et gaz), causée par la guerre Iran-États-Unis au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz.

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Dans le détail, les prix des engrais azotés ont progressé de près de 20 % en un an. Les acteurs du secteur anticipent une poursuite de cette hausse, dans le sillage de la flambée du prix du gaz naturel, matière première indispensable à la fabrication d’engrais azotés. L’augmentation pourrait atteindre 30 % pour la campagne 2027. Cette situation va lourdement peser sur les charges opérationnelles des exploitations, qui sont composées pour moitié d’engrais azotés dans les systèmes céréaliers.

Des marges sous pression dans les exploitations céréalières

Selon les estimations de Piloter sa ferme, le coût de production du blé tendre passerait de 1 520 euros par hectare (€/ha) en 2026 à 1 630 €/ha en 2027 (ferme de 160 ha, hypothèse d’un rendement moyen de 7,1 t/ha). Cela correspond au chiffre d’affaires nécessaire pour couvrir les dépenses de l’exploitation (charges opérationnelles, charges de structure et annuités) et la rémunération du travail de l’agriculteur, après déduction des aides de la PAC. « On se dirige vers une progression du coût de production de 100 €/ha pour la nouvelle campagne », confirme Sylvain Jessionesse, fondateur de Piloter sa ferme. Le seuil de commercialisation passerait, lui, de 223 €/t pour la campagne 2026 à 230 €/t pour la campagne 2027. « En retenant les rendements moyens de la ferme France, les charges attendues pour la récolte 2027, avec la poursuite de l’inflation, et les conditions actuelles du marché, il manquerait entre 60 et 100 € de chiffre d’affaires par hectare pour couvrir les dépenses et la rémunération », constate-t-il. Ces premières estimations restent toutefois dépendantes de l’évolution des prix du blé tendre et des rendements effectivement obtenus lors de la récolte 2027.

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Dans le Maine-et-Loire, le Cerfrance donne des ordres de grandeur similaires dans ses estimations de coût de revient pour 2027 en blé tendre. Le coût de la fertilisation azotée à l’hectare passerait de 180 € en moyenne en 2026 pour une ferme de 100 ha (rendement moyen à 6 t/ha) à 270 € en 2027. Au global, les charges opérationnelles progresseraient de 100 € pour atteindre 655 €/ha. Dans le même temps, le prix de revient passerait de 210 €/t à 230 €/t. « Notre outil de calcul met en évidence une marge nette à l’hectare (aides PAC comprises) négative de 24,4 € », avance Maxime Emprou, conseiller agronome au Cerfrance Maine-et-Loire.

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Dans l’Aube, le Cerfrance Champagne Nord Est Île-de-France estime que le coût à l’hectare de la fertilisation (NPK) pourrait passer de 321 € en 2026 à 409 € en 2027, soit une progression de 25 %. Dans ce département où les rendements moyens en blé tendre se situent à 8,4 t/ha, le seuil de commercialisation s’établirait autour de 190 €/t.

Une couverture engrais incomplète pour 2027

Concernant les achats d’intrants pour 2027, les observateurs du marché, interrogés par nos confrères de La Dépêche-Le Petit Meunier, notent que les agriculteurs sont relativement bien couverts en ammonitrate, dont la fabrication française par les entreprises Borealis et Yara a permis de maintenir les volumes de production. A contrario, on enregistre un retard de commercialisation en urée et en solution azotée. Bien souvent, les retards pris par les agriculteurs dans leur couverture engrais s’expliquent par les difficultés de trésorerie.

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Du côté des engrais phosphatés, les prix montrent des signes de stabilisation, mais à des niveaux historiquement élevés, après la forte hausse de 16,5 % enregistrée sur un an en août 2026.

Des implantations de cultures moins gourmandes en azote

Les charges de structure vont aussi être impactées par la forte hausse des prix de l’énergie. D’après les chiffres d’Agreste, les prix du gazole non routier (GNR) s’envolent de plus de 80,3 % sur un an, passant de 1,1 €/l en octobre 2026 à 2 €/l en octobre 2027. Le prix du gaz augmente de 12,9 % sur un an, tandis que le prix de l’électricité augmente plus modestement de 1,1 % sur un an.

Notons, parmi les charges de structure, la hausse du coût du fermage en lien avec la progression de 3,32 % de l’indice annoncé en juillet.

Reste à savoir comment vont évoluer les prix du blé qui suivent une tendance haussière depuis le début de l’été. Pour tenter d’absorber une partie de l’augmentation des charges, dans le Cher, les agriculteurs adhérents de la FDGeda, qui suivent leurs coûts de production, ont commencé à positionner du blé tendre de la récolte 2027 autour de 210 €/t.

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S’ajoutent à ce contexte d’incertitude les difficultés d’implantation en colza, culture sur laquelle comptaient bon nombre d’agriculteurs en raison de son prix actuel qui offre une meilleure rentabilité que le blé. Il faudra attendre la sortie d’hiver pour dresser un bilan des surfaces finales de cette culture. Par ailleurs, les producteurs cherchent globalement à implanter des cultures moins gourmandes en azote, notamment de l’orge fourragère, du tournesol ou encore du lin graines dans certains secteurs comme dans le Cher.

La dégradation de la santé financière des exploitations

Le département du Cher illustre bien la situation de crise que traversent les exploitations de grandes cultures, en particulier dans les zones à faible potentiel. Les chiffres mis en avant par le Cerfrance Alliance Centre, montrent que depuis 2023, le repli des résultats économiques des exploitations de grandes cultures du Cher est tel que l’EBE ne suffit plus à financer à la fois les remboursements d’emprunts et les prélèvements privés. Conséquence de cette dégradation des résultats : la part d’entreprises considérées en risque financier élevé à critique, au regard de leur performance et de leur capacité à rembourser leurs annuités, est passée de 22 % en 2023 à 35 % en 2026, note l’organisme.

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