Le prix du gaz naturel, matière première des engrais azotés, a presque triplé depuis le début du conflit armé au Moyen-Orient. Le renchérissement du gaz naturel devrait perdurer dans les mois à venir, selon les experts.
Le gaz naturel, matière première de l’ammoniac lui-même essentiel dans la fabrication des engrais azotés, représente 60 % à 80 % du coût de production de ces fertilisants, selon Jérémy Denieulle, directeur des études d’Agriculture Stratégies et auteur de "Géopolitique et géoéconomie des engrais azotés. Tensions et recompositions récentes autour du nexus des engrais", paru le 11 juin 2026. Et de poursuivre : « L’Union européenne fait partie des premiers importateurs mondiaux d’engrais azotés de synthèse : elle consomme chaque année environ 10 Mt, dont près de la moitié est importée et l’autre moitié produite à base d’intrants eux-mêmes importés (ammoniac ou gaz naturel). La France y est le plus grand importateur d’azote, avec 20 % des importations de l’UE en 2023. »
Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’évolution du prix du gaz naturel impacte autant les cours des engrais azotés vendus en France.
Le prix du gaz naturel est passé de 30 €/MWh à 80 €/MWh en sept mois
Le prix du gaz naturel (TTF Gaz Pays-Bas, ICE Endex) a été multiplié par 2,5 depuis le début de la guerre en Iran, qui a débuté le 28 février 2026 (cf. graphique ci-dessus). En cause ? Le blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite « environ un quart des exportations mondiales d’urée, et près de 35 % du commerce mondial de cet engrais » et qui est également « le point de départ d’exportations de gaz naturel liquéfié utilisé notamment pour la production d’urée », explique Jérémy Denieulle.
L’offre de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Moyen-Orient a ainsi diminué d’environ 60 milliards de mètres cubes (bcm) entre mars et septembre 2026, selon un rapport de la banque UBS, publié le 5 octobre 2026. D’après le bulletin économique de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) paru le 24 septembre 2026, « les exportations mondiales GNL par voie maritime ont chuté de 40 % [depuis février], les cargaisons du Moyen-Orient ayant largement cessé ».
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Malgré d’importantes perturbations des exportations de GNL en provenance du Moyen-Orient, les prix du gaz naturel européen sont restés relativement contenus. Selon les analystes d’UBS, cette résilience s’explique par des volumes supplémentaires importés d’autres pays fournisseurs (près de 40 bcm, dont 17 bcm provenant des États-Unis) ainsi que par une demande plus faible.
Le prix du gaz naturel devrait continuer de progresser dans les prochains mois
L’Europe, qui possède des stocks de GNL européens « environ 15 % en dessous des moyennes saisonnières », pourrait avoir besoin « d’environ 27 bcm de GNL supplémentaires pendant l’hiver par rapport aux mois d’été de cette année », estiment les experts d’UBS. D’après la BERD, « le stockage de gaz dans l’Union européenne n’était qu’à 65 % de saturation en août 2026, son niveau le plus bas pour ce mois-là depuis quinze ans et il est peu probable qu’elle atteigne l’objectif de 90 % avant la recharge hivernale au taux d’injection actuel ».
Dans ce contexte, UBS a relevé sa prévision de prix du gaz TTF néerlandais pour le quatrième trimestre de l’année 2026 « à 75 €/MWh, contre 62 €/MWh précédemment ». Et ce, tout en précisant que « les prix du TTF au quatrième trimestre [pourraient atteindre] en moyenne 90 €/MWh, avec des pics potentiels proches de 120 €/MWh […] dans un scénario de perturbation prolongée accompagnée d’un temps plus froid ».
La Banque centrale européenne (BCE) a pour sa part précisé, dans son bulletin économique publié le 21 septembre, que « les prix de détail [du gaz] réagiront plus vite ». La libéralisation des marchés du gaz en Europe, depuis que la guerre de la Russie contre l’Ukraine en 2022 a restreint l’approvisionnement, a induit « une tarification plus flexible et des contrats à durée déterminée plus courts », explique la BCE.