Face à la flambée du prix des engrais, Dimitri Lupfer, agriculteur dans le Haut-Rhin, multiplie les leviers pour préserver la rentabilité de son exploitation alsacienne : adaptation de l’assolement, développement des légumineuses, pilotage fin de la fertilisation et optimisation des achats.
Agriculteur à Heimsbrunn (Haut-Rhin), Dimitri Lupfer est salarié-gérant d’une structure de 300 ha, dont 50 ha en agriculture biologique en zone de captage. Face à l’envolée du coût des intrants, il actionne différents leviers pour contenir les charges de ses cultures conventionnelles. « J’achète habituellement trois quarts de mon engrais entre mai et juillet, car c’est la période où les prix sont généralement les plus bas, mais il faut avoir de la trésorerie. Cette année, j’ai dû faire autrement », témoigne-t-il. Il a ainsi sécurisé la moitié de ses besoins en engrais azotés en juillet, à l’annonce de l’aide gouvernementale. Depuis, le prix de l’ammonitrate a progressé de plus de 50 €/t. Il temporise pour l’instant le reste de ses achats. « Je ne recours plus à des formes d’azote peu efficientes, comme l’urée, précise-t-il. Au prix actuel de l’azote, je ne peux pas me permettre de perdre jusqu’à un quart des apports par volatilisation. C’est pourquoi j’achète uniquement de l’ammonitrate simple ou soufré. »
Pour faire des économies d’azote, il compte jouer sur l’assolement en introduisant 20 hectares de soja en remplacement d’une partie des surfaces d’orge et de maïs. Il cultive de l’épeautre, culture peu exigeante en intrants, qui bénéficie d’un paiement pour services environnementaux (avec Mulhouse Alsace Agglomération). Il prévoit également davantage de luzerne en prairie temporaire pour profiter de sa capacité à fixer l’azote.
Il mise aussi sur les couverts végétaux et le pilotage de la fertilisation à la parcelle. « Avant les cultures de printemps, un couvert riche en légumineuses est systématiquement implanté », rapporte-t-il. Il réalise des reliquats azotés au moment des semis de maïs. « Grâce à un pilotage précis de la fertilisation du maïs, nous maintenons notre potentiel de rendement (130-135 q/ha en irrigué et 110-120 q/ha en sec) avec 110 à 160 unités d’azote par hectare (u N/ha). » Des reliquats azotés sont également réalisés en sortie d’hiver dans les parcelles de blé. L'agriculteur apporte entre 150 et 180 u N/ha en fonction du potentiel des terres (entre 80 et 100 q/ha).
Une facture d’engrais azotés en hausse de 15 000 €
Sa facture d’engrais azotés pourrait atteindre 60 000 euros pour la campagne 2027, soit une augmentation de 30 % par rapport à l’an dernier. Il estime que sans les différents leviers mobilisés, ses apports d’azote seraient de 15 à 20 % supérieurs.
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Il cherche aussi à réduire le coût de sa fertilisation de fond. Auparavant, un compost de déchets verts était apporté sur toutes les cultures. Désormais, seuls les colzas en reçoivent systématiquement au semis. Pour les autres cultures, les apports sont désormais réalisés une fois tous les quatre ans. Il complète la fertilisation de fond en apportant 30 unités/ha de phosphore sur blé sous forme de Super 45 avec un apport de 20 kg de soufre élémentaire par hectare en complément pour rendre le phosphore plus mobile.
En 2026, le coût moyen de la fertilisation a atteint 220 €/ha toutes cultures confondues (230 €/ha pour le blé tendre). Il effectue ses achats d’engrais auprès de son négoce Gustave Muller.
Un groupement d’achat pour les phytos
Concernant les produits phyto, Dimitri Lupfer fait partie d’un groupement d’achats (15 exploitations) qui réalise des appels d’offres pour s’approvisionner. En blé tendre, le poste phytosanitaire s’élève à 60 €/ha. Grâce à cette solution, combinée à des pratiques de pulvérisation bas volumes, il estime économiser 60 000 euros par an par rapport à une stratégie d’achat individuelle classique.
Trois SARL (statut de salarié gérant), détenues par la holding familiale Tuilerie Oscar Lesage, deux en conventionnel (250 ha) et une en bio (50). Assolement conventionnel : 56 ha de maïs grain, 19 ha de soja, 15 ha de maïs semence, 27 ha de betterave sucrière, 40 ha de colza, 53 ha de blé tendre, 11 ha d’orge d’hiver, 24 ha de prairie temporaire et luzerne, 4 ha d’épeautre. Activités de travaux agricoles et de commerce de paille. Un salarié et un apprenti (2,5 UTH sur l’année).