Une sécheresse historique mais un soutien insuffisant
Après un été marqué par une sécheresse et des épisodes de canicule exceptionnels, le gouvernement a présenté un plan d’aide jugé insuffisant par des éleveurs qui s’interrogent sur les fourrages qu’ils vont distribuer cet hiver.
Après un été marqué par une sécheresse et des épisodes de canicule exceptionnels, le gouvernement a présenté un plan d’aide jugé insuffisant par des éleveurs qui s’interrogent sur les fourrages qu’ils vont distribuer cet hiver.
« L’année 2026 est inédite dans le climat actuel, mais elle ne sera sans doute pas inédite dans le futur », avertit Soline Schetelat de l’Institut de l’élevage en relisant l’année climatique. Après un hiver particulièrement doux et humide, avec notamment un mois de février record en termes de pluviométrie, le printemps a rapidement basculé vers le sec. Les températures ont été supérieures de 1,7 °C aux normales et les précipitations déficitaires de 30 % sur l’ensemble du printemps. « On n’a pas vraiment connu de pic de pousse de l’herbe ce printemps sur la majorité des régions françaises », observe Aurélie Madrid du service fourrages et pastoralisme à l’Institut de l’élevage. Les récoltes précoces ont été globalement correctes, mais les volumes des foins plus tardifs ont été limités et leur qualité parfois moyenne à mauvaise.
Des prairies à l’arrêt dès juin
L’été a ensuite amplifié le phénomène. Avec une température moyenne supérieure de 3,6 °C aux normales, 2026 est, selon le bilan de Météo-France, l’été le plus chaud jamais enregistré. Dans le même temps, l’été 2026 a été le deuxième moins arrosé depuis le début des mesures.
Par conséquent, les sols ont atteint de nouveaux records de sécheresse entre début juillet et fin août. « La pousse de l’herbe a complètement été à l’arrêt sur l’ensemble de la France à partir de mi-juin », constate Soline Schetelat. Selon l’indicateur Isop, le déficit de pousse de l’herbe atteint en moyenne 36 % par rapport à la référence, avec de fortes disparités régionales et des déficits dépassant 50 % dans le Limousin.
2026, un été caniculaire et extrêmement sec
Les éleveurs ont donc commencé à distribuer les stocks beaucoup plus tôt, consommant une partie des fourrages destinés à l’hiver. Le retour des pluies fin août a permis un début de reverdissement dans certaines régions, mais « l’automne ne pourra pas compenser le déficit accumulé au printemps et durant l’été », prévient Aurélie Madrid.
Des maïs également pénalisés
Les cultures de maïs ont elles aussi beaucoup souffert. Les fortes chaleurs autour de la floraison, combinées au manque d’eau, ont entraîné une mauvaise fécondation et des épis peu développés. Les rendements des ensilages sont encore à préciser, mais les premières estimations vont d’une chute allant de 15 % à 70 % selon les régions.
Au-delà des fourrages, les animaux et les hommes ont également subi les fortes chaleurs avec des baisses de productions pour les uns et de la pénibilité et de la fatigue pour les autres. En Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres, une enquête réalisée cet été auprès de 1 400 agriculteurs fait apparaître l’ampleur de la crise : 76 % des répondants se déclarent en grande difficulté économique, 91 % expriment une souffrance psychologique et 64 % envisagent d’arrêter leur activité. « Il s’agit autant d’une crise économique que climatique », conclut la Chambre d’agriculture à l’issue de cette étude.
Des fourrages introuvables ou qui vont coûter cher
Pour les caprins, la Fédération des chevriers de Nouvelle-Aquitaine et Vendée alertait alors sur une situation qualifiée de « rupture ». « On tire la sonnette maintenant car quand les chèvres ne seront plus là, ça sera trop tard », alertait Jean-Frédéric Granger, éleveur-fromager dans la Vienne et président de la fédération.
Lire aussi : Les éleveurs caprins de Nouvelle-Aquitaine et Vendée tirent la sonnette d’alarme
Ces chutes de production fourragère prennent une autre dimension à l’approche de l’hiver alors que les stocks fourragers conditionnent directement la survie des troupeaux. Le déficit fourrager pousse certains éleveurs à se tourner vers l’achat de foin, des céréales ou de produits déshydratés. Mais, avec cette sécheresse généralisée, les fourrages disponibles sont aussi rares que coûteux.
Situations alarmantes
Sur les réseaux sociaux, les témoignages recueillis par La Chèvre montrent aussi des situations alarmantes. « Dans un mois et demi, je n’ai plus de fourrage après des rendements misérables au printemps et des animaux au foin tout l’été », témoigne anonymement une éleveuse de la Vienne. « Nous n’avons plus que neuf bottes de foin de luzerne soit environ trois semaines de stock, explique une autre éleveuse du Cher. Impossible d’en trouver surtout que nous sommes en zone AOP Valencay qui subit la sécheresse depuis fin mai et où nous devons respecter la zone de production des fourrages ». Faute de solutions, certains éleveurs se voient dans l’obligation de revoir à la baisse leur production ou leur effectif.
Un milliard d’euros, mais « le compte n’y est pas »
En raison de la baisse de la production agricole, l’Insee et la direction générale du Trésor ont chiffré l’impact économique des canicules et de la sécheresse estivales à une perte de 8 % du PIB agricole et de 0,1 point de croissance du PIB nationale pour l’année 2026. C’est dans ce contexte que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a présenté, le 4 septembre, le plan d’aide climat, adaptation, sécheresse, incendies (Casi) doté d’un budget de plus d’un milliard d’euros pour soutenir les trésoreries et relancer la production.
Mais l’accueil des organisations professionnelles a été particulièrement critique. FNSEA, Coordination rurale, Confédération paysanne, Jeunes Agriculteurs et Modef ont unanimement jugé le dispositif insuffisant. « Le compte n’y est pas », « l’enveloppe annoncée [est] très loin de répondre à l’urgence », ou encore « des rustines pour l’urgence » : les réactions témoignent de l’ampleur du décalage entre les besoins ressentis sur le terrain et les réponses annoncées.
Des aides régionales en construction
La Fnec et les syndicats d’éleveurs de ruminants sont particulièrement remontés contre le système d’évaluation des pertes sur prairies, à savoir l’indice satellitaire de pousse des prairies jugé dysfonctionnel. Or cet indice sert à calculer l’abondement du fonds de solidarité nationale pour indemniser les éleveurs. « Les éleveurs de ruminants demandent que l’herbe puisse bénéficier, comme les autres productions, de façon juste et équitable, du dispositif auquel ils contribuent financièrement ! », expliquent les syndicats d’éleveurs dans un communiqué du 4 septembre en rappelant qu’un total de 300 euros d’aides par UGB est nécessaire pour leur permettre de nourrir leurs animaux et de poursuivre leur activité.
Certaines régions prennent aussi conscience de l’ampleur des dégâts. La région Île-de-France a ainsi annoncé une enveloppe d’urgence de 5 millions d’euros tandis que la région des Pays de la Loire mobilise 12 millions d’euros pour adapter les élevages aux canicules.
Une nécessaire hausse du prix du lait
Pour les éleveurs caprins, l’adaptation climatique ne pourra pas être financée sans amélioration du revenu. Avant même la canicule, la Fédération régionale estimait nécessaire une hausse de 50 euros pour 1 000 litres en conventionnel et de 150 euros en bio. Depuis, les achats supplémentaires de fourrages pourraient représenter environ 80 euros pour 1 000 litres. La Fédération de Nouvelle-Aquitaine et Vendée demande désormais une revalorisation supplémentaire de 130 euros/1 000 litres en conventionnel et de 230 euros/1 000 litres en bio.
« Si on ne voit pas de hausse des prix, les producteurs se découragent », prévient Jean-Frédéric Granger. Car derrière la sécheresse se joue aussi l’avenir de la filière avec les éleveurs les plus fragiles qui pourraient être tentés de réduire leur cheptel, voire de cesser leur activité.
Côté web
Notes agroclimatiques
Les notes agroclimatiques de l’Institut de l’élevage dressent régulièrement un état des lieux des conditions météorologiques et de leurs effets sur les prairies et les fourrages. Elles proposent aussi des conseils et des références adaptés à la saison.