Herbe : « Nos vaches produisent 5 500 litres en bio sans complémentation », dans le Finistère
Le Gaec de Kergoat dans le Finistère mise sur un système tout herbe bio relativement productif alliant pâturage et stocks de qualité. Le tout avec des charges opérationnelles très réduites et un EBE sur produits de 65 %.
Le Gaec de Kergoat dans le Finistère mise sur un système tout herbe bio relativement productif alliant pâturage et stocks de qualité. Le tout avec des charges opérationnelles très réduites et un EBE sur produits de 65 %.
Le pâturage occupe une place prépondérante sur le Gaec de Kergoat, à Spézet, à 245 mètres d’altitude dans les montagnes noires du Finistère, une petite région froide avec des sols à faible potentiel, c’est-à-dire des sols superficiels, avec des cailloux dans certaines parcelles et un rendement moyen en herbe autour de 8 tonnes de matière sèche à l'hectare.
En système bio tout herbe avec des vêlages étalés, les 95 vaches laitières (87 vaches traites toute l’année) bénéficient de 68 hectares accessibles, soit près de 80 ares par vache. Le pâturage représente en moyenne 70 % de leur ration annuelle. Et les génisses disposent de 27 hectares de pâturage à 800 mètres du site principal.
Pas de complémentation pour les vaches
Mais pour faire vivre 4 UTH en 2025, le système vise un certain volume de lait, avec des taux (44,05 et 33,48 de TB-TP) et une certaine productivité animale : plus de 5 500 litres par vache et par an en 2025. Les vaches croisées trois voies Procross (pie rouge holsteinisée x rouge scandinave x montbéliarde) produisent ainsi 575 000 litres sur une année.
Du rendement laitier certes, mais sans complémentation pour rester économe. Pour y parvenir, l’herbe enrubannée tient une place importante dans leur système. « Nous voulons, par sécurité, avoir entre 300 et 400 roundballers d’avance, soit près de la moitié d’une année de récolte d’herbe, quand la saison de pâturage démarre », indique Joël Quéré, qui vient de prendre sa retraite du Gaec.
La qualité de l’herbe est aussi un pilier de la stratégie, qu’elle soit pâturée ou récoltée en enrubannage, à un coût maîtrisé. De mars à novembre, les vaches pâturent jour et nuit. Elles sortent le plus tôt possible, en général à partir du 15 mars. Avec une conduite au fil avant et au fil arrière, pour faire pâturer une herbe jeune en évitant surpâturage et refus.
Des petites coupes fréquentes pour assurer la qualité
Sur les parcelles pâturées, « nous fauchons au moins une fois dans l’année, voire deux, quand la pousse de l’herbe est forte. Nous fauchons au stade auquel nous aurions fait pâturer, pour aller chercher de la qualité. L’avantage est que cela nettoie la parcelle », indique Joël Quéré.
Des analyses réalisées en décembre 2024 sur des premières coupes de mai 2024 ont donné en moyenne 0,9 UFL, plus de 70 % de DMO, plus de 69 % de digestibilité, plus de 162 grammes par kilo de matière sèche de MAT, plus de 433 de NDF.
« Nous allons faucher même s’il n’y a qu’une tonne par hectare. Par exemple, nous fauchons 2 ou 3 hectares un jour, puis 3 autres trois jours plus tard, etc., au lieu de faucher 10 hectares en un seul chantier. Cela permet de faucher toujours au bon stade et de conserver un décalage dans les stades, pour pâturer ensuite au bon stade, développe l’éleveur. Autre avantage : les petites quantités fauchées sèchent plus vite au sol : en deux jours maximum, le chantier est réalisé. Une petite fenêtre météo suffit à assurer la qualité de récolte. »
Si les éleveurs se font déborder et que l’herbe est trop haute (plus de 13-15 cm), ils font du topping « qui permet de valoriser ce stock sur pied mieux que s’il avait été récolté ».
Le Gaec dispose d’environ 25 hectares de prairies de fauche, à 6 kilomètres du site principal. La recherche de la qualité est ici aussi de mise. « Nous réalisons cinq fauches par an », avec là aussi peu de volume à ramasser en un chantier, car « nous y revenons tous les 35 jours quand la pousse est bonne ».
Du matériel en propre pour des interventions efficaces
Pour assurer cette qualité, il faut pouvoir être réactif pour intervenir dès que possible et réaliser les chantiers vite et bien. Pour cela, le Gaec de Kergoat dispose de suffisamment de main-d’œuvre et de son matériel en propre pour faucher (groupe de fauche avec 3,20 m de fauche frontale et 3,60 m de fauche arrière) et faner (6 toupies) à la suite dans la même journée. 24 à 48 heures après, « nous passons avec notre andaineuse latérale (6,80 m) ». Cet équipement permet de réaliser des andains tous les 15 à 18 mètres. « C’est un gain de temps quand nous passons le roundballer (48 000 € en 2020), par rapport à une andaineuse à andainement central. » Ainsi, l’herbe sèche plus vite et les chantiers sont rapides. L’enrubanneuse (17 000 € en 2020) appartient aussi au Gaec.
Mais les achats de matériel sont souvent autofinancés, ce qui ne pèse pas sur le revenu disponible les années suivant un renouvellement.
Fiche élevage
4 UTH
95 vaches laitières
120 ha de SAU en prairies, dont 68 ha accessibles pour les vaches traites, 27 ha de pâturage pour les génisses et 25 ha de prairies de fauche.
7 €/1 000 l de coût de la SFP
0 € de coût des aliments achetés pour les vaches
Moins d’1 €/1000 l de sel acheté
65 % d’EBE/produits
Des charges opérationnelles minimalistes
Le Gaec de Kergoat cherche à contenir le plus possible ses charges opérationnelles, tout en assurant la maîtrise technique.
« Sur cet élevage, tout est toujours parfait : l’herbe est toujours exploitée au bon stade, sans surpâturage. Le salissement est maîtrisé », résume Isabelle Pailler, conseillère à la chambre d’agriculture de Bretagne.
Le coût des fourrages était de 7,10 euros pour 1000 litres en 2025 (essentiellement le coût du plastique pour enrubanner), très faible grâce à plusieurs facteurs :
• Très peu, voire pas de semences achetées certaines années. En effet, les prairies - à la base semées de ray-grass anglais et trèfle blanc - ont été maintenues en prairies permanentes, sur quasiment toutes les surfaces du Gaec.
• Zéro fertilisation minérale et amendement, grâce au pâturage et à l’épandage des effluents d’élevage. Le fumier de plus de six mois est épandu sur les prairies de fauche. Le lisier de l’aire d’exercice est dédié aux parcelles pâturées.
• Zéro produit phytosanitaire en bio. Le salissement est géré par une exploitation de l’herbe rigoureuse.
• La qualité du fourrage permet une bonne productivité des vaches qui dilue le coût des fourrages.
• Zéro récolte par ETA, « qui, s’il y en avait eu, aurait coûté 26,10 euros pour 1000 litres en 2025 », estime Isabelle Pailler. Ceci grâce au matériel et à la main-d’œuvre du Gaec. A contrario, il y a des charges de mécanisation, des achats de carburant, des frais d’entretien, du temps de travail et des amortissements. Mais les annuités restent contenues, car le Gaec autofinance une partie du parc matériel. « Au final, le revenu disponible par UTH est excellent », assure Isabelle Pailler.
Au total, les charges opérationnelles (74,70 €/1000 l en 2025) sont faibles, grâce à la maîtrise des autres postes : zéro complémentation pour les vaches et 14,60 euros pour 1000 litres pour les génisses. Les minéraux revenaient à 0,20 euro pour 1000 litres en 2025, 6,20 euros pour les frais vétérinaires, 19,40 euros pour les frais d’élevage et 27,20 euros pour 1000 litres de paille, diverses charges et retenues.