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Maïs grain 2026 : des surfaces en forte baisse surtout dans le Sud-Ouest

Les premières estimations font état d’une baisse de 10 à 15 % des surfaces de maïs grain au niveau national pour 2026. Un recul multifactoriel lié aux mauvais résultats de la campagne 2025 et à la hausse des charges amplifiée par le conflit au Moyen-Orient.

<em class="placeholder">Paysages avec des parcelles venant d&#039;être semées.</em>
Les conditions de semis du maïs sont satisfaisantes dans la plupart des régions.
© MC. Bidault

L’AGPM (association générale des producteurs de maïs) tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué daté du 17 avril, le syndicat des maïsiculteurs parle d’une « alerte majeure pour la filière ». Les premières estimations font état d’une chute significative des surfaces de maïs grain pour 2026. « Nous nous attendons à une baisse forte aux environs de 1,33 million d’ha, soit 10 à 15 % de moins comparé à 2025, indique Aude Carrera, animatrice filière maïs chez Arvalis, qui précise, cela reste toutefois une prévision, tous les arbitrages n’étant pas encore faits dans les exploitations. »

Les surfaces de maïs fourrage (1,20 Mha) et de maïs semences (63 000 ha) resteraient, elles, globalement stables. En revanche, le maïs doux poursuit, lui, son recul. Les prévisions font état d’une nouvelle baisse de 4 % par rapport à 2025, soit un recul cumulé de 40 % depuis 2023.

Des résultats 2025 qui pèsent lourd dans les arbitrages

La campagne précédente a laissé des traces. « Très tôt nous avons compris que nous allions vers une année 2026 difficile, car la campagne 2025 a été compliquée dans les régions de production que sont le Sud-Ouest, la façade Ouest de l’Aquitaine aux Pays de la Loire, Rhône-Alpes, le Centre et dans les zones intermédiaires », souligne Aude Carrera. Les rendements ont été très décevants en conduite pluviale, et même l’irrigué n’a pas été épargné, selon les stratégies et les disponibilités en eau de chaque exploitation. « Lorsque les résultats sont mauvais sur une culture une année, il y a souvent des remises en question l’année suivante. »

Cette analyse est confirmée par Anne-Claire Richard, directrice de l’activité agrofourniture au sein du groupe Euralis : « Nous avons constaté une baisse des assolements prévus en maïs dès le mois de janvier car les producteurs, en grande majorité, ne s’y sont pas retrouvés économiquement en 2025. »

La baisse n’est toutefois pas uniforme sur le territoire. Dans les régions où les résultats 2025 ont été mauvais, notamment en zone méridionale, le recul du maïs est estimé important et bien plus que prévu en début d’année. Grégory Moulis, directeur des productions végétales chez Maïsadour annonce une baisse de 18 % sur le territoire de la coopérative, « du jamais vu », tandis qu’Anne-Claire Richard parle de « 15 à 20 % de maïs en moins » sur celui d’Euralis, dans un triangle Bordeaux, Bayonne, Toulouse. Néanmoins, les disparités seront importantes selon la présence ou non d’irrigation sur l’exploitation, et selon le niveau des rendements 2025. 

Par contre, en zone septentrionale, les surfaces s’annoncent plutôt stables. L’Alsace ne perd pas d’hectares. « Nous n'observons aucun changement » indique la coopérative agricole de céréales CAC 68. Et dans le nord de la France, le recul des surfaces en pommes de terre et betterave devrait aider le maïs à se maintenir, estime Aude Carrera.

Un contexte économique qui décourage

Conséquence ou non de la mauvaise campagne 2025 en maïs, les emblavements en colza sont en hausse de 9 % et ceux en céréales d’hiver de 3,2 %, selon Agreste. Ces 300 000 ha supplémentaires laissent donc mécaniquement moins de place aux cultures de printemps. 

Mais au-delà des résultats techniques, c’est un faisceau de facteurs économiques qui pèse sur les décisions de semis de maïs. « C’est une culture aux charges élevées qui se raisonnent dès l’implantation. Avec des prix bas, c’est aujourd’hui compliqué d’avoir une culture de maïs rentable », résume Aude Carrera, qui rappelle que les résultats des exploitations de grandes cultures sont dégradés depuis trois ans, avec des trésoreries sous tension. L’AGPM parle même d’une « asphyxie économique des producteurs de grandes cultures. »

Ces charges élevées sont aujourd’hui amplifiées par les effets de la guerre au Moyen-Orient. Flambées du prix de l’azote, du gaz, du GNR… « Toutes ces hausses ont renforcé la décision d’implanter des cultures moins gourmandes en intrants », note la responsable filière maïs d’Arvalis. Et d’ajouter : « Certains agriculteurs ont sans doute changé d’avis au dernier moment quant à leur assolement de printemps, ce qui a entraîné une perte d’hectares supplémentaire en maïs. » Grégory Moulis confirme en évoquant des retours de doses de maïs, tout comme Anne-Claire Richard qui parle de changements d’assolement de dernière minute observés chez des maïsiculteurs irrigants face à la hausse des coûts de l’énergie.

La CAC 68 indique de son côté que l’azote appliqué cette année par ses adhérents a été acheté en 2025. « Il n’y a donc pas eu d’impact sur l’assolement 2026. Cependant la réflexion se portera pour les assolements 2027. »

L’AGPM pointe également « les restrictions cumulées et successives des moyens de production tels que les solutions phytosanitaires, les outils d’innovation variétale, l’accès à l’eau. »

Des reports vers le tournesol et le soja

« Les arbitrages iront vers le tournesol, voire le soja, car ce sont des cultures aux charges opérationnelles plus faibles, et le prix du tournesol reste très attractif encore aujourd’hui », analyse Aude Carrera. Chez Euralis, Anne-Claire Richard parle de 30 % de tournesol en plus sur certains secteurs et de 10 à 15 % de soja supplémentaire, mais évoque aussi des hectares laissés en jachère dans certaines exploitations « par choix économique. » 

Grégory Moulis détaille le report des 18 % de maïs non semés chez Maïsadour : « 25 % en tournesol, 15 % en soja et 60 % en non-culture », confirmant ainsi une des craintes de l’AGPM : « pour de trop nombreux producteurs, l’alternative au maïs sera peut-être ne pas semer du tout ! »

Des conditions de semis 2026 très favorables

La situation actuelle est « d’autant plus alarmante » pour l’AGPM qu’elle intervient alors que les conditions de semis sont « plutôt propices et satisfaisantes. » Les pluies régulières de l’hiver ont permis une bonne recharge hydrique des sols, et les nappes et réservoirs sont quasiment pleins. 

Le mois d’avril se déroule avec des températures « adaptées » sur l’ensemble du territoire. « Les semis ont démarré dès la fin mars et depuis il y a eu de nombreux créneaux très satisfaisants », confirme Aude Carrera, tout en appelant à la vigilance : « Attention cependant aux horizons de surface qui se dessèchent parfois en attendant la pluie. »

Les ingénieurs régionaux d’Arvalis font remonter un avancement variable selon les régions. Le Poitou-Charentes et les Pays de la Loire avaient pris une longueur d’avance dès début avril, notamment dans les sols de marais. En Aquitaine, 30 % des surfaces sont semées à la mi-avril, avec de fortes disparités : 60 % en Lot-et-Garonne, mais un démarrage plus lent dans les vallées du sud. Chez Maïsadour, Grégory Moulis indique que 65 à 68 % des maïs sont semés au 20 avril, précisant que tout sera fini au 1er mai : « Cela nous réconforte un peu. » 

Dans le Centre, les deux tiers sont réalisés ; en Rhône-Alpes, environ 40 %. En Alsace, la CAC 68 indique qu'en plaine (nord de Mulhouse), deux tiers des semis ont été réalisés, tandis que dans le Sundgau (sud de Mulhouse), 75% des maïs sont semés. Plus au nord, les chantiers progressent plus lentement en raison de températures encore fraîches. « Mais globalement les conditions actuelles sont très favorables aux semis », conclut Aude Carrera.

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