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Canicule : en fruits et légumes, des impacts déjà très importants

Alors qu’une troisième vague de chaleur se profile, les filières arboricoles et maraîchères subissent déjà fortement les conséquences de la canicule du mois de juin.

<em class="placeholder">Un pommier en verger avec des pommes brûlé</em>
En pomme, la deuxième canicule de fin juin « a eu comme conséquence de brûler les fruits mais également de stopper leur grossissement et, là encore, des pertes de récolte sont certaines », selon l'ANPP.
© Association nationale pommes poires (ANPP)

En fruits, la FNP Fruits juge fréquentes les pertes de 10 à 30%, tandis que pour la seule arboriculture le ministère de l’Agriculture chiffre l’impact à « environ 20% ». En légumes, plusieurs cultures sont très touchées. On fait le point à date, par filière.

En pomme, les effets de deux vagues successives

Le verger de pommiers subit les conséquences de deux canicules successives. La vague de chaleur de mi-mai a entraîné « une résurgence des pucerons jusque-là maîtrisés », explique l’Association nationale pommes poires (ANPP) dans un post LinkedIn. Elle recense des destructions de feuilles et de fruits et anticipe une perte de récolte, selon elle inéluctable. La deuxième canicule, fin juin, « a eu comme conséquence de brûler les fruits mais également de stopper leur grossissement et, là encore, des pertes de récolte sont certaines ».

La situation est bien sûr hétérogène, souligne auprès de Réussir Fruits et Légumes Sandrine Gaborieau, responsable communication de l’ANPP.  « Ceux qui ont accès à l’eau plus facilement ont pu arroser et faire baisser la température des vergers pour limiter l’impact, rapporte-t-elle. Pour d’autres, c’est plus compliqué. La plupart ont fait des applications de talc pour protéger des brûlures, mais il y a des impacts en bout de rangs. »

Des questionnaires seront envoyés aux adhérents de l’ANPP pour quantifier l’impact sur la récolte qui sera en tout cas « en nette baisse », selon la même source.  

Le cassis et la groseille très affectés par la canicule

La filière cassis et groseille est particulièrement affectée par la canicule. « Les pertes vont de 30 à 70% de la récolte selon les bassins de production, évalue Rémi Javernaud, chef de projet, pour le compte de l’Association nationale cassis groseille (ANCG). Les territoires les plus touchés sont logiquement ceux qui ont été le plus impactés par la canicule, à savoir les territoires de l’Ouest. » Ainsi en Val de Loire, certains producteurs ont perdu 90% de leur récolte.

Les effets de la canicule en pêche et abricot pas encore chiffrables

En pêche et abricot, « la filière est légèrement touchée par une baisse de calibre et sans doute un impact des attaques de piqueurs-suceurs », précise Raphaël Martinez, directeur de l’AOP Pêches et Abricots de France. Les dégâts sont selon lui « impossibles à chiffrer » à ce stade.

En prune, le potentiel global ne serait pas affecté par la canicule 

Alors que les récoltes de prunes de table sont en cours début juillet, le directeur de l’AOPn Prune André Graglia estime que « le potentiel global de récolte n’est pas affecté ». Selon les configurations des parcelles, il recense en bout de rang des fruits brûlés, en faible pourcentage. « Les sucres sont élevés comme jamais, indique-t-il. Tout au plus, à date, nous aurons sur certaines variétés une rame de calibres moindre. »

Il faut cependant rester vigilant à long terme sur les effets de ce stress sur les vergers et notamment les jeunes arbres. « Il faudra voir leur comportement sur la prochaine campagne, prévient André Graglia. C’est la récurrence de ces épisodes qui posera question à l’avenir. »

Des effets très importants en cerise localement

En cerise, les pertes peuvent aller « jusqu’à -100 % localement, en haute tige -80 % et plus », selon la FNP Fruits.

De nombreuses productions maraîchères en souffrance

Dans un document envoyé au ministère de l’Agriculture, Légumes de France, la FNP Fruits, la Gefel et Felcoop rapportent une germination et une levée dégradées (carotte, navet…), des re-semis sans garantie, des reprises difficiles (poireau), des blocages physiologiques ou encore des montaisons précoces des légumes-feuilles.

Ils pointent en salade des pertes de « -30 à -50 %, jusqu’à -50 % en bassin nantais » et des destructions en saladerie (mâche, jeunes pousses, romaine). En asperge, ils observent « des pertes de jeunes pousses et des incidences en cycle végétatif ». En choux et brocolis, des « pertes et retards des cultures suivantes ». En ail, une récolte anticipée. En carotte et autres légumes racines, il y aurait « -15 à 25 % de pertes totales locales, dont 50 hectares non irrigués, autrement dit 100 000 euros et 12 ha menacés », écrivent-ils.

Ils recensent des coulures des fleurs et des défauts de nouaison (tomate, courgette, aubergine, poivron). Sous abri, la régulation température/humidité est « difficile ».

La filière fruits et légumes alerte le ministère de l’Agriculture sur les effets de la canicule

A la suite de la canicule de juin, la FNP Fruits, Légumes de France, la Gefel et Felcoop alertent, dans un document adressé au ministère de l’Agriculture, quant aux conséquences sur les calibres et les volumes. En fruits et légumes, le stress hydrique est selon eux généralisé, y compris sur les parcelles irriguées ; l'irrigation est en forte hausse et les capacités sont insuffisantes. Ils pointent des « pertes de calibre généralisées, qui amènent une perte de rendement en production, et une perte de valorisation dans le commerce ». S’ajoutent des enjeux de qualité avec « des fruits mous ou déshydratés, des maladies de conservation, du folletage (poirier) ; des poireaux brûlés, des radis déformés », ou encore un taux de sucre variable. Ils relèvent aussi des problématiques de brûlures sur fruits et feuillage, de mortalité de jeunes plants et arbres, un arrêt du grossissement et une maturité accélérée. Il y a « une atteinte de l’induction florale avec un risque sur la récolte de l’année suivante en arboriculture ».

Dans un communiqué, Légumes de France, la FNP Fruits, la Gelfel et Felcoop appellent les distributeurs et les consommateurs à ne pas bouder les légumes et fruits présentant des défauts qui n'ont aucun impact sur le goût. « Un légume taché par le soleil ou un fruit de petit calibre gardent toute leur saveur : soyons solidaires, soyons intelligents, soyons souverains, soutenons les maraîchers et les arboriculteurs », lancent à l'unisson ces quatre représentants de la filière. 

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