Élevage : « S’installer autrement » avec des aubracs et des chevaux, en Ille-et-Vilaine

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Pauline Joulaud a fait le choix d’un système autonome et économe. Crédits : © V. Bargain
Les chevaux sont élevés sur des parcours et font aussi du pâturage tournant (concept « équi-piste »). Crédits : © V. Bargain
Bien que les terres soient assez séchantes, l’éleveuse parvient à alimenter ses bovins et ses chevaux uniquement à partir des fourrages de l’exploitation. Crédits : © V. Bargain
De la viande est commercialisée tous les deux mois. Crédits : © V. Bargain

Après avoir eu un projet en caprin, Pauline Joulaud s’est finalement installée en bovins viande et équins. La complémentarité des ateliers, la vente directe et un système tout herbe ont convaincu les banques.

« A priori, les vaches, ce n’était pas mon truc », lâche Pauline Joulaud, éleveuse de bovins viande et chevaux à Guichen, en Ille-et-Vilaine. Titulaire d’un BTS agricole spécialisation équins, Pauline Joulaud a travaillé pendant dix ans dans le domaine du cheval, aux États-Unis durant deux ans, puis en France, où elle s’était installée en pension équine et débourrage de chevaux. « Mais les chevaux étaient toujours en paddocks. J’ai voulu revenir à la terre et aux animaux. »

En 2019, après avoir été salariée agricole quelques années, Pauline monte donc un projet de ferme caprine à deux associés avec transformation en glace. Elle démarre son parcours à l’installation par un plan de professionnalisation personnalisé. « Nous avons chiffré le projet et visité des fermes. J’ai découvert les vaches et la race aubrac, une race de petit gabarit, rustique et qui produit une viande de qualité. Cela m’a plu. » Les banques s’étant déclarées défavorables au projet initial, Pauline redéfinit donc son projet : s’installer seule avec des vaches aubracs, un système tout herbe, de la vente directe et une pension équine.

Elle trouve une exploitation à reprendre à Guichen, près de Rennes, et y réalise un stage de parrainage de six mois. « La complémentarité bovins-équins, la vente directe d’une viande de qualité et un système limitant les charges ont convaincu les banques. J’ai pu m’installer en avril 2023. » L’investissement s’est élevé à 300 000 euros sur lesquels Pauline a apporté 60 000 euros tirés de la vente de leur maison. « Mais je n’ai pas eu la DJA [Dotation jeune agriculteur] au départ, car je m’étais déjà installée en équins, même si les équins ne donnaient pas droit à la DJA. Puis la réglementation a évolué. J’ai pu demander la DJA, que j’ai finalement obtenue en 2025 ! »

Les chevaux apportent un quart à un tiers du revenu

Pauline élève donc aujourd’hui 23 mères aubracs, achetées au cédant après un tri, sur 50 hectares tout en herbe, auxquelles s’ajoutent dix chevaux en pension et cinq chevaux à elle. « La pension équine apporte actuellement un quart à un tiers de mon revenu, souligne-t-elle. Les chevaux repassent aussi derrière les vaches pour manger les refus et nettoyer les prairies. Et je me sers de mes chevaux pour déplacer les vaches. »

Son objectif est d’être le plus autonome possible, d’avoir un système cohérent et de pratiquer une agriculture régénératrice des sols, de l’air, de l’eau et de la biodiversité. L’exploitation est ainsi en cours de conversion à l’agriculture biologique. Et un objectif important est de ne nourrir le troupeau qu’à l’herbe. Pour cela, l’éleveuse a investi 230 euros par hectare dès son installation dans l’aménagement parcellaire, pour tirer le meilleur parti de l’herbe par le pâturage tournant et pouvoir faire pâturer une partie du troupeau en hiver. Trois mille euros ont été investis dans les clôtures, 5 000 euros dans le réseau d’eau conçu pour pouvoir déplacer les abreuvoirs pour le pâturage tournant et 3 800 euros pour l’implantation de 10,6 hectares de prairies. L’éleveuse n’achète ainsi aucun concentré, uniquement des pierres à sel et 20 tonnes de paille pour la litière.

Viande locale de qualité produite à l’herbe

Les vêlages sont répartis sur septembre-octobre et de février à avril, pour fournir la vente directe toute l’année. L’essentiel des génisses est gardé pour la reproduction, avec la recherche de vaches compactes, bonnes laitières et calmes. « Je veux pouvoir travailler seule et boucler les veaux moi-même, indique l’éleveuse. Mon objectif est donc de me stabiliser à 25 mères et d’avoir des animaux calmes. Je tire parti de mon expérience en équin pour éduquer les génisses au licol. »

En plus de quelques broutards, Pauline commercialise en colis des veaux rosés de six mois (4 veaux de 222 kg en 2025), des génisses finies (7 génisses de 364 kgC en 2025) et des vaches de réforme (3 vaches de 276 kgC en 2025). La viande des adultes est vendue de 17 à 21 euros le kilo selon les colis, celle de veau de 21,50 à 24 euros le kilo. « Mon prédécesseur faisait un peu de vente directe, précise-t-elle. Je l’ai développée auprès de particuliers et de restaurants intéressés par une viande locale de qualité et produite 100 % à l’herbe. »

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Les colis sont remis aux clients six fois par an dans le local d’un producteur de champignons voisin qui lui met ses frigos à disposition. L’éleveuse dispose par ailleurs depuis 2025 d’un hangar photovoltaïque créé par un investisseur. « J’ai pu ainsi avoir un bâtiment pour les chevaux et le stockage du foin et de la paille, sans avoir à réinvestir », apprécie-t-elle.

Continuer à se diversifier avec des arbres fruitiers

Alors qu’elle est encore en phase d’installation, Pauline arrive ainsi à avoir des résultats proches de ceux des fermes de référence en système naisseur-engraisseur, grâce à l’économie de charges, la vente directe et la pension équine. Et elle veut encore les améliorer, en abaissant l’âge au premier vêlage, par la vente de bœufs, en augmentant un peu ses prix de vente et peut-être en se diversifiant, notamment par les arbres fruitiers qu’elle a plantés.

« Je dois rester vigilante et avoir plusieurs activités, pour limiter les risques liés aux aléas, comme la FCO par exemple », estime-t-elle. Et elle veut encore développer son autonomie, avec l’acquisition de deux hectares supplémentaires – le chargement atteignant désormais 1 UGB/ha, une réflexion sur l’utilisation pour la litière des animaux de bois plaquette issu des haies qu’elle a plantées et la récupération d’eau de pluie.

Pâturage tournant et bale grazing

Les prairies, à base de fétuque, ray-grass, fléole et trèfles, sont exploitées en pâturage tournant. Les parcelles sont divisées en paddocks pâturés au fil avant et fil arrière, avec trois jours maximum sur une parcelle. Le temps de retour sur une prairie est de 30 à 60 jours selon la saison. Les vaches sans veau passent l’hiver dehors, sur des paddocks qu’elles continuent à pâturer en pâturage tournant. La pousse de l’herbe étant alors insuffisante, l’alimentation tirée du pâturage est complétée par des balles de foin qui sont disposées dès le départ sur chaque paddock, selon la technique du bale grazing. « Je laisse ainsi vingt vaches sur cinq hectares pendant trois mois, précise Pauline. Je coupe les ficelles, mais je ne déroule pas les balles. Ainsi, les vaches continuent à valoriser le pâturage, je n’ai pas à sortir le tracteur à tout moment pour alimenter les vaches, il n’y a pas d’ornières et cela représente moins de travail. »

Une très faible empreinte carbone

Le système mis en place par Pauline assure à la ferme une très faible empreinte carbone. En 2025, ses émissions de gaz à effet de serre ont été de 16,5 kg eq. CO2/kg viande vive, contre 19,6 kg en moyenne dans son système, et le stockage de carbone de 11,1 kg eq. CO2/kg viande vive, contre 6,4 kg en moyenne.

Son empreinte carbone n’est ainsi que de 5,4 kg eq. CO2/kg viande vive, contre 12,8 kg en moyenne. Des leviers d’amélioration ont toutefois été identifiés pour passer à 5,0 kg eq. CO2/kg viande vive : diminuer l’âge au premier vêlage à 31 mois au lieu de 34 mois actuellement, augmenter la productivité de 20 kg viande vive/UGB et implanter 450 m de haies.

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