Bertrand Jacquemart, à Fagnon, dans les Ardennes, a beaucoup autoconstruit sa nurserie de 40 places. Au début très ouverte, il a ajouté par la suite des protections contre le vent et la pluie, là où c’était nécessaire.
La nouvelle nurserie de l’EARL Jacquemart est entrée en service pour l’hiver 2024. Avec 60 vêlages étalés dans l’année, auxquels s’ajoutent une vingtaine de veaux achetés à 15 jours pour en faire des bœufs, Bertrand Jacquemart a construit un bâtiment abritant 40 places, dont cinq niches individuelles.
« J’avais deux objectifs : l’amélioration du confort et de l’organisation du travail pour mon salarié et moi, tout en veillant au bien-être des veaux. Avant 2024, mon système de logement fonctionnait plutôt bien avec peu de problèmes sanitaires et de bonnes croissances. » Les veaux nourrissons étaient en niches individuelles en plein air sans aucun abri. Après huit jours, ils déménageaient « dans un ancien bâtiment, trop loin des vaches ».
Allier bien-être des veaux et confort de travail
Pour ce nouveau bâtiment, l’éleveur a voulu « trouver un compromis entre du plein air qui est bon pour les veaux, et un bâtiment pour de bonnes conditions de travail ». Il positionne donc sa nouvelle nurserie à proximité de la stabulation des vaches laitières où se trouve le robot de traite, qui trie le lait des fraîches vêlées et l’envoie dans un bidon. Le box de vêlage est également à proximité.
Ouverte sur trois côtés
Avec Maxime Tamine, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture, il conçoit au départ une nurserie très ouverte : seul le pignon exposé au Nord est complètement fermé, et l’éleveur avait installé des panneaux noirs de contreplaqué marine entre les igloos pour éviter l’entrée du vent d’ouest directement à hauteur des veaux. Toujours façade Ouest, le débord de toit au-dessus des igloos évite que la pluie ou le soleil n’entre dans la nurserie.
Un toit isolé avec des panneaux sandwich
Mettre des panneaux sandwich pour limiter le rayonnement et les amplitudes de températures dans la nurserie, au lieu de mettre du fibrociment, « a engendré un surcoût de 8800 euros (+30 €/m2), mais je ne regrette pas du tout. Je sens la différence de température quand je suis sur la passerelle de paillage située sous le toit de la nurserie, comparé à quand je suis sous le toit de la stabulation des vaches qui est en fibrociment ! ».
Une passerelle pour la paille
La passerelle pour la paille permet de faciliter le paillage manuel et le remplissage des râteliers. Cela limite les risques de poussières et offre une ambiance chaleureuse aux veaux, pointe Maxime Tamine. En effet, la hauteur sous le toit est à cet endroit de plus de 4 mètres, qui correspond à la hauteur maximale du bâtiment.
Refermer avec du brise-vent là où c’est nécessaire
« Au début j’avais laissé la façade exposée au Sud ouverte, mais la pluie entrait jusqu’à la moitié du bâtiment », expose Bertrand Jacquemart. Il décide donc d'ajouter un filet brise-vent de coefficient d'efficacité de 50 %, monté sur rail qui offre également un ombrage en été.
Si c’était à refaire, « je prendrai un filet brise-vent différent. Cela a beau être un vent du Sud, l’hiver il est froid pour les veaux. L’idéal serait un filet avec une partie pleine (sans trous) en bas sur environ 1,5 mètre de haut pour éviter les courants d’air sur les veaux, et une partie en mailles sur la partie haute. »
Suite au premier hiver de fonctionnement, Bertrand Jacquemart a également ajouté un filet brise-vent au-dessus des igloos pour éviter le courant d’air entrant par l’Ouest et qui descendait sur les veaux. Les mailles sont suffisamment grosses pour permettre une bonne aération de la nurserie.
Des portillons et barrières pour faciliter le travail
Pour curer avec un téléscopique, l’éleveur tire le rideau monté sur rail et ouvre les barrières (en deux parties, elles se joignent au milieu pour fermer la case) de façon à ce que les veaux restent au cornadis et dans les igloos.
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Deux cases sont équipées d’un portillon pour que l’éleveur puisse entrer soigner les veaux. « C’est un gain de temps appréciable et c’est mieux par rapport au microbisme ; cela permet de ne pas traverser la case d’une autre classe d’âge. Les deux autres cases n’ont pas de portillon car j’ai réutilisé des cornadis du vieux bâtiment. Ce serait une évolution à prévoir. »
De vieilles niches améliorées
Les niches individuelles datent de l’installation de Bertrand Jacquemart, en 2010. Aujourd’hui, il y en a cinq, mais il reste de la place pour deux autres si besoin.
« J’ai récupéré des caillebotis pour y installer les niches pour que la litière reste bien sèche. C’est plus durable que des caillebotis en bois, mais l’inconvénient est que c’est lourd. J’ai dû monter une fourche adaptée sur le télescopique. »
L’éleveur a aussi installé un râtelier à paille et un support pour les seaux d’eau et de granulés. Cela permet de laisser les veaux plus longtemps dans les niches individuelles (15 jours). « Quand les niches étaient dehors, je ne pouvais laisser le granulé et la paille sans protection contre la pluie. C’est un vrai plus pour les veaux. »
Un abreuvoir pour deux lots de veaux
Le bâtiment compte un abreuvoir, à niveau constant pour faciliter l'apprentissage des veaux, pour deux lots (12 veaux maximum). Une arrivée d'eau facilite l'abreuvement en niches individuelles, et le nettoyage des niches.
Il reste encore à améliorer la qualité de l’eau. « Les veaux ont souvent de la diarrhée autour de 8 jours jusqu’à 2 mois, sans que ce soit pénalisant par la suite (IA à 12-15 mois). Je pense que cela vient de l’eau de source dont je me sers pour l’abreuvement des animaux, explique Bertrand Jacquemart. Si cela ne gène pas les vaches, les veaux doivent être plus sensibles. Je pense leur amener l’eau du réseau. »
Le coût de la nurserie : environ 1600 euros par place
Coût total : environ 64 000 euros, soit 1600 €/place, hors subvention
• Le terrassement à réaliser l’a été par l’éleveur : 0 euro sans compter le carburant et le temps de travail
• Le bâtiment livré et monté : 30 000 euros
• Le reste a été autoconstruit : maçonnerie (6500 €) ; bardage fabriqué à façon avec le bois de l’EARL + translucides (2000 €), 4 niches collectives achetées (5500 €) le reste des niches étant déjà sur la ferme ; tubulaire (4800 €) car une partie a été récupérée de l'ancienne nurserie ; abreuvoirs (1500 €) ; taxi lait (7600 €) ; plomberie et électricité (2000 €) ; filets brise-vent supplémentaires (3000 €) ; permis de construire (700 €)
• L’EARL a pu bénéficier d’une subvention de la région Grand-Est : 12 000 euros
La charpente a été montée en août 2024 et les aménagements ont été réalisés par l’éleveur jusqu’à novembre.